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01.07.2008
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Allègement de la dette et
croissance en Afrique
 au sud du Sahara







                                                                              Enjeux et défis

Alexandre Barro Chambrier*





 
* Alexandre Barro Chambrier est Agrégé de Sciences Économiques. Ancien Administrateur au Fonds Monétaire International. Consultant International





  Au cours de la deuxième moitié des années quatre vingt dix, la question de la dette extérieure des pays en voie de développement et particulièrement africains a reçu une attention accrue de la part des responsables de la politique économique, de l’opinion et des institutions financières internationales.

  Il est en effet apparu que le fardeau de la dette constituait un frein au développement de nombreux pays pauvres dans la mesure où, il ne permet pas au pays de consacrer des ressources suffisantes à la croissance et à la réduction de la pauvreté. Il faut rappeler que la plupart de ces pays en développement ont bénéficié de prêts importants au cours des dernières décennies, parfois à des conditions onéreuses et pour des emplois ou projets souvent improductifs. Il en est résulté  que non seulement les pays ne sont pas en mesure de faire face au remboursement de leurs obligations en dépit des rééchelonnements successifs dont ils ont bénéficié mais aussi qu’ils sont fortement handicapés sur le plan de leurs performances économiques. Cet article se concentre sur l’initiative renforcée de la dette des pays pauvres très endettés (IPPTE) ; ce qui ne devrait pas conduire à ignorer l’impact que peut avoir la dette sur certains pays à revenu intermédiaire en Afrique.

  A titre illustratif, la dette de l’Afrique au sud du Sahara est passé de 61 milliards de dollars en 1980 à près de 201 milliards de dollars en 2001 non pas simplement à cause de l’accumulation de nouveaux prêts mais principalement à cause de l’incapacité de nombreux  pays à honorer le service de leur dette face à une performance médiocre de la production et des exportations. En valeur relative, le ratio de la valeur actuelle nette  de la dette par rapport aux exportations pour l’ensemble de l’Afrique au sud du Sahara atteint 292% en 2000 et même 362% 11 Sources : Banque Mondiale, le Financement du développement global 2003, estimations des services au Fonds.  pour les pays éligibles à l’IPPTE 2. C’est dans ce contexte du fossé grandissant entre des pays industrialisés et une bonne partie des pays en voie de développement, notamment africains, que l’opinion publique en général et les organisations non gouvernementales en particulier ont dénoncé le poids de la dette extérieure comme élément d’appauvrissement, voir d’asservissement d’une partie du monde.

 Face à la détérioration économique, financière et sociale sévère de nombreux pays, les principaux créanciers ont été conduits à formuler une nouvelle approche. C’est en effet la première fois, que les institutions multilatérales, les membres du club de Paris et les autres créanciers bilatéraux ont combiné leurs efforts pour envisager l’annulation d’une partie de la dette extérieure des pays les plus pauvres.  La novation vient de ce que le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et les autres institutions multilatérales de développement qui avaient toujours résisté au rééchelonnement ou à la réduction de leurs créances en arguant des contraintes juridiques et de la nature de leurs ressources financières,  ont accepté la démarche de l’allègement de la dette devant le soutien populaire et parlementaire dans certains pays industrialisés. C’est ainsi que l’initiative PPTE a été lancée et que, les ressources nécessaires pour la réduction de la dette ont été dégagées à travers les contributions des pays membres et particulièrement des plus nantis. Dans le cas du FMI, une partie des ressources a été mobilisé grâce à  la revalorisation de la détention du stock d’or. 

  Après une phase initiale en 1996, l’initiative PPTE a été renforcée en 1999 ; les pays endettés ont bénéficiés des termes plus favorables et une liaison plus nette a été instaurée entre l’allègement de la dette et les programmes de réduction de la pauvreté. L’objectif de l’IPPTE est de réduire le montant de la dette de 44 pays exprimée en deçà du ratio des 150%.
Il est certain que les pressions des organisations de la société civile, notamment à travers la campagne du Jubilée 2000, ont conduit le Groupe des sept pays industrialisés à accepter le renforcement de l’initiative PPTE.
Cependant les sceptiques considèrent que l’efficacité de l’initiative est limitée par :
  • les lenteurs dans la mise en œuvre de l’initiative,  notamment du fait de son lien avec les programmes d’ajustement et de réformes économiques.
  • le montant inadéquat de l’annulation de dette (certaines organisations dont Jubilée 2000 appellent même à une annulation totale).
Un troisième type de critiques vient d’une autre direction, elle vise à rappeler que la ²dette est la dette² et qu’elle est le résultat d’obligation contractuelle. Si un problème se pose, il vient toujours de l’utilisation des ressources contractées, donc des solutions macro et micro économiques suivies par les emprunteurs. En d’autres termes : où est passé l’argent  emprunté ? Tous les pays pauvres ne sont pas confrontés nécessairement à des problèmes de dette.

 L’idée défendue dans cet article, est que s’il est souhaitable que des ressources supplémentaires soient mises à la disposition des pays, l’allègement de la dette, voire l’annulation de la dette à elle toute seule ne peut pas résoudre tous les problèmes de la croissance et de la réduction de la pauvreté. Il est en effet indispensable de s’assurer que les ressources supplémentaires libérées par la réduction de la dette  ne soient pas gaspillées et que la question de la soutenabilité de la dette soit résolue une bonne fois pour toute.
Les questions de l’aménagement de l’allocation des ressources, ce que l’on appelle l’ajustement structurel, de l’allègement de la dette et de la réduction de la pauvreté sont donc inextricablement liées.

Les effets de la dette sur l’investissement et la croissance

  La doctrine suggère, qu’à partir d’un certain seuil d’endettement, l’accroissement de la dette se traduit par une baisse de la croissance correspondante. Des études ont montré que la dette peut affecter la croissance du fait de son niveau excessif et du fait de la mauvaise utilisation des ressources empruntées ou de la combinaison des deux. Mais, ceci ne veut pas dire que des niveaux ²raisonnables² d’endettement ne puissent pas avoir un effet positif sur la croissance.

  Les modèles traditionnels illustrent bien le fait que la mobilité du capital ou la capacité d’un pays à emprunter peut contribuer à accroître le niveau de croissance. Autrement dit, l’incitation en faveur de l’emprunt pour les pays confrontés à la rareté du ²capital investissable² est d’autant plus importante que  le produit marginal du capital reste au-dessus des taux d’intérêts réels observables sur le marché. A contrario, dans une situation de surendettement et d’utilisation inefficace de ce capital avec la possibilité que le stock de dette future soit plus élevée que la capacité de remboursements du pays, alors le service de la dette attendue sera une fonction croissante du niveau de production du pays.

  Dans un tel cas de figure, le taux de retour pour investir dans le pays est confronté à un taux marginal d’imposition élevé pour les créanciers extérieurs de telle sorte que l’investissement domestique et extérieur se trouve découragé. Ainsi, le stock élevé de la dette réduit la croissance à travers le canal de la réduction des investissements.
Le surendettement alimente les anticipations d’alourdissement de la fiscalité pour financer le service de la dette ou à défaut, se traduit par une intensification de l’inflation ou, appelle des ²coupes sombres² provoquant  les distorsions que l’on sait dans l’allocation des ressources tout en affectant négativement le niveau des productions. Toutefois, l’allègement de tout ou partie de la dette ne suffit pas pour rétablir l’incitation à investir si les opérateurs économiques ne perçoivent pas à brève échéance la possibilité d’une amélioration dans l’allocation des ressources et une augmentation du taux de ce potentiel productif. Ceci peut provenir du fait de l’existence d’autres distorsions, ou encore d’autres facteurs de nature économique ou politique, qui peuvent contraindre  à leur tour le changement dans ce potentiel.

  Il faut néanmoins souligner que l’allègement de la dette octroyée dans le cadre de l’initiative PPTE peut dans certaines conditions d’environnement et de bonne utilisation des ressources libérées, contribuer à accroître de façon durable le taux de croissance du revenu par tête.
Dans le cadre de l’initiative PPTE, les projections suggèrent toutefois que l’objectif du niveau de dette dans le cadre de l’initiative resterait proche du niveau limite au-delà duquel l’impact de la dette sur la croissance peut être négatif. Il est clair que si l’initiative constitue une nette amélioration sur la situation antérieure, elle n’éloigne pas pour autant le pays en question d’une ²zone de danger² qui pourrait susciter un cas de récidive si des politiques adéquates n’étaient pas poursuivies.

La philosophie sous-jacente à l’initiative PPTE et les défis

     Les objectifs de l’initiative

  Les pays bénéficiaires de l’IPPTE sur la dette devraient s’assurer une croissance durable ; ce qui suppose un niveau de dette soutenable c’est à dire un déséquilibre épargne-investissement et d’un service d’amortissement de la dette qui puisse être couvert par des flux de capitaux officiels et privés spontanés sans risque de détérioration des relations fondamentales de la dette rapportée au PIB et de la valeur actuelle nette sur les exportations ; en d’autres termes un rendement positif en termes de croissance nette.
Il est en effet essentiel de saisir l’opportunité offerte par l’initiative, pour normaliser les relations avec les créanciers et permettre à terme à ces pays
d’accéder aux marchés des capitaux internationaux et sortir ainsi de la sphère de la marginalité. Les éléments de la stratégie sont les suivants :
  • promouvoir la croissance
  • maintenir un environnement économique favorable
  • assurer des apports financiers adéquats sous forme de sources officielles (bilatérales et multilatérales) et des sources privées.

  Dans le cadre du club de Paris, alors que l’exercice consistait jusque là à rééchelonner des maturités courantes du service de la dette eligible  avec des remboursements qui devaient s’étaler sur plusieurs années 33 Il convient de souligner que le club de Paris avait déjà procédé à l’annulation partielle de la dette à la fin des années 80. ; il s’agit à présent de permettre à partir de tels allègements d’aider les pays à restaurer la viabilité de leurs balances des paiements et d’assurer une croissance durable.

  Comme par le passé, le club de Paris lie son intervention d’une part à la formulation d’un programme économique supporté par le Fonds, d’autre part à l’analyse du besoin de financement par cette même institution ; c’est bien en fonction de tous ces paramètres que la définition de l’assiette et les termes de l’allègement sont décidés.

Etat de mise en œuvre et enjeux pour l’avenir

  Un premier bilan de la mise en  œuvre de l’IPPTE traduit des progrès réels. En effet, à fin juillet 2003, 26 pays (soit 2/3 des pays éligibles à l’IPPTE) ont atteint le point de décision de l’initiative PPTE avec des engagements au delà de 40 milliards de dollars en terme d’allègement de dette.
Si l’on inclut les autres formes d’allègement, la dette extérieure a été  réduite d’environ 2/3 de 62 milliards de dollars en valeur actuelle nette à 22 milliards de dollars. Les ressources supplémentaires rendues ainsi disponibles peuvent et doivent être allouées à l’éducation, la santé, la lutte contre le virus du sida, le développement des infrastructures rurales, à l’eau potable, et à la construction de routes…

  Il convient de préciser que cinq pays africains (Burkina Faso, Mauritanie, Mozambique, Tanzanie et Ouganda) ont atteint le point d’achèvement et ont reçu ainsi l’assurance de l’allègement irrévocable de leurs dettes 4. Si l’on considère la totalité de cette renonciation de créances, l’allègement  dans le cadre PPTE représente une réduction du stock de la dette de ces pays de 2/3. Ce qui devrait ramener le service de leur dette globale pour la plupart des PPTE à moins de 10% du total des exportations.

  Il reste une douzaine de pays qui n’ont pas  encore été en mesure d’atteindre le point de décision ; c’est à dire le stade à partir duquel ils commencent à bénéficier de l’allègement de leur dette extérieure. Dans la plupart des cas, cette absence de qualification tient aux situations de conflits qui continuent à sévir dans ces zones ; ces pays qui sont aussi en arriérés auprès des créanciers publiques et multilatéraux officiels, sont confrontés à des besoins importants et urgents de ressources supplémentaires, aussi bien pour lutter contre la pauvreté que pour leur reconstruction. Les pays n’ont pas d’autres alternatives que de tout mettre en œuvre, pour créer des conditions d’une performance économique satisfaisante, seule susceptible de leur ouvrir les voies de l’initiative (PPTE). Dans certains cas, les efforts insuffisants dans le domaine de l’amélioration de la  bonne gouvernance compliquent également la situation. Le défi est de maintenir la bonne performance pour les pays qui ont atteint le point de décision et même ceux qui ont dépassé le point d’achèvement en mettant en œuvre les réformes structurelles et les politiques financières saines en faisant progresser leur stratégie de réduction de la pauvreté et en maintenant un  niveau de croissance suffisamment élevé et durable. Il existe donc bien l’urgence d’un surcroît d’effort, qui doit d’abord venir des pays demandeurs du bénéfice de l’initiative.

  Du côté de la mise en œuvre de l’initiative elle-même, la priorité est de trouver les formes d’assouplissement dans le cadre existant pour réduire effectivement le fardeau de la dette à des niveaux soutenables à un moment où le ralentissement actuel et anticipé pour 2003 de l’économie mondiale et la déprime des prix des matières agricoles posent des défis considérables.  Il est ainsi impératif que les capacités techniques des pays soient renforcés à partir de l’assistance technique et qu’il soit fait preuve de flexibilité notamment en ce qui concerne la période obligatoire d’un an de mise en œuvre du DSRP (Document stratégique de réduction de la pauvreté) avant d’atteindre ²le point d’achèvement².

  Il convient aussi de prendre en compte que même s’ils semblent s’être améliorés pour d’autres, dans 15 cas sur 24, les indicateurs de la dette se sont détériorés en 2001 par rapport aux projections du ²point de décision², essentiellement du fait des conséquences du ralentissement de l’économie mondiale et de la chute des prix des matières premières dans la deuxième partie de 2001 et en 2002. Sur la base des projections actuelles des prix des matières premières, les indicateurs de la dette pour huit pays sur dix pourraient dépasser le seuil maximum de 150% fixé pour les PPTE au moment des points d’achèvements. Pour autant, le cadre opérationnel actuel offre une flexibilité suffisante pour permettre l’annulation de l’excès de dette au point d’achèvement. Dans certains cas il est donc nécessaire, d’envisager la provision de fonds complémentaires ; celle-ci devrait être fondée sur une analyse au cas par cas, qui tienne compte de changements exceptionnels, en fonction des circonstances économiques.

  L’initiative PPTE constitue une bonne base, mais ne prémunit donc pas complètement le pays contre un retour à un niveau de dette jugé insoutenable. Pour éviter de nouveaux dérapages au niveau de la dette, il faudra se baser sur le cadre général de développement de chaque pays qui devrait privilégier des politiques économiques saines et prudentes, la bonne gouvernance, un puissant effort d’assistance technique soutenue et surtout de nouvelles aides financières à des termes très concessionels de la part des donateurs et créanciers.
Il est donc nécessaire de poursuivre des politiques d’endettement prudentes et de tenir compte de la capacité d’absorption limitée de certains pays PPTE. La diversification des exportations et l’accélération de la croissance seront un élément essentiel de la réduction de la vulnérabilité extérieure et de la dépendance vis à vis de quelques produits d’exportation primaire. Il ne s’agit pas uniquement de réduire le numérateur (valeur actuelle nette de la dette) mais de mettre en œuvre des pratiques favorisant la croissance et la diversification des dénominateurs (PNB, exportations). Il est aussi indiqué de prendre en compte des hypothèses de croissance du produit national brut et d’exportations plus réalistes.

  Il est crucial qu’un changement radical d’attitude s’opère de telle sorte que les marchés des pays industrialisés soient davantage ouverts aux exportations des produits africains notamment du textile et de l’agriculture et que se réduisent fortement, les protectionnismes en tout genre qui asphyxient les pays les plus pauvres.
Des efforts déterminés de tous les pays pour réduire les barrières commerciales et étendre l’accès au marché sont une condition incontournable du renforcement des exportations des PPTE et du maintien de la soutenabilité de leur dette dans le temps.
Sur la question de l’aIlègement, il demeure important que tous les créditeurs sans exception participent sur une base équitable à l’initiative et que des dispositions concrètes soient élaborées pour ceux qui n’y sont pas prêts. Il y a lieu aussi de trouver un mécanisme pour traiter la question de l’annulation de la dette intra PPTE (entre pays éligibles à l’initiative)

  Les efforts actuellement en cours en faveur d’une meilleure coordination  et d’un meilleur ciblage de la conditionnalité, qui pour être efficace doit se concentrer sur les points d’impacts réels sur l’économie, vont dans la bonne direction. Il convient  cependant de mieux prendre en compte les difficultés sur le terrain liées aux faiblesses des capacités techniques et institutionnelles et un certain nombre de réalités spécialement contraignantes ; à cet égard dans les pays qui sortent de conflits, les objectifs peuvent parfois sembler trop ambitieux pour certains pays encore mal équipés.
Une des difficultés qui se posent pour les pays récipiendaires de l’initiative, tient à la faible capacité  à utiliser les ressources supplémentaires déjà mises à leur disposition dans le cadre de l’initiative. Ceci renvoie à la question des capacités d’absorption, en raison notamment de l’absence de personnels qualifiés. En effet, la manière dont les fonds des bailleurs sont fournis et les projets formulés peut contribuer à une mise en œuvre inadéquate par le gouvernement de ces politiques de croissance et de réduction de la pauvreté. Il est donc impératif d’identifier et de mettre en oeuvre les moyens d’accroître les capacités d’absorption et d’établir les conditions pour améliorer l’utilisation des ressources au niveau du pays. Ceci requiert en particulier un renforcement des capacités de gestion aux niveaux provincial et régional pour améliorer l’efficacité de la décentralisation des dépenses.

  Pour en venir maintenant aux situations exceptionnelles qui aboutissent à modifier les paramètres fondamentaux d’un pays, causées par des chocs extérieurs, il convient de noter que le cadre de l’initiative permet la mobilisation de ressources d’appoints complémentaires.
Les projections les plus récentes montrent en effet que le ratio de la valeur actuelle nette de la dette aux exportations pourrait se situer au delà de la limite des 150% au point d’achèvement pour huit à dix pays même après la prise en compte de l’allègement bilatéral supplémentaire.
Le coût potentiel de cet appui complémentaire, entre 0,4 et 0,7 milliards de dollars est une fonction du terme plus ou moins rapproché du point d’achèvement. La décision de rendre un pays éligible pour un tel appoint à l’allègement de la dette, ne peut être prise qu’au cas par cas au point d’achèvement, à la lumière d’une analyse actualisée de la soutenabilité de la dette.

Les questions soulevées par l’annulation
totale de la dette

  Des appels de plus en plus pressants de certains groupes de pression notamment certaines organisations de la société civile, visent à une annulation totale de la dette des pays pauvres. Il s’agit là d’une question qui a une dimension à la fois politique et économique. Les pays créanciers peuvent toujours prendre unilatéralement une telle décision si la volonté politique est présente  sauf que, dans un contexte de difficultés sérieuses à mobiliser les ressources déjà nécessaires, il n’est pas clair que  puissent se matérialiser les ressources supplémentaires. L’annulation partielle ou totale de la dette  par ailleurs, ne saurait en aucun cas constituer un panacée au problème de la réduction de la pauvreté. Elle ne peut être qu’une première étape dans un processus en faveur de la reprise économique. C’est bien une stratégie globale d’appui à la croissance qu’il faut mettre en place.           

 D’abord les pays PPTE continueront à avoir besoin de financements en termes concessionnels pendant plusieurs années compte tenu de leurs besoins d’investissements et de l’insuffisance de l’épargne nationale. L’annulation totale, en l’état des ressources à la disposition des créanciers multilatéraux, aurait pour conséquence de supprimer les fonds disponibles pour de futurs prêts en faveur de ces pays et d’autres pays en voie de développement en situation de pauvreté. Il ne faudrait pas rentrer dans un cycle où ²ce qui est octroyé d’une main est retiré de l’autre².

  Ce qui est primordial pour les pays bénéficiaires de l’aide, c’est de s’assurer avec l’appui des institutions internationales et des partenaires bilatéraux, de la qualité dans la conception et la mise en œuvre des programmes et du renforcement des institutions nécessaires à une gouvernance saine et efficace. Il ne faut pas perdre de vue cependant que la responsabilité première incombe aux pays récipiendaires de l’aide, qui doivent  ²remettre de l’ordre dans leurs maisons² et créer les conditions pour attirer les financements nécessaires. Il ne faut pas sous- estimer non plus les risques inhérents à l’aléa moral qui feraient que tout prêteur potentiel serait à l’avance découragé de toute opération de soutien à des pays en voie de développement du fait d’un risque d’annulation possible ou probable dans le futur. Autrement dit, il faut trancher le problème rapidement pour ne pas créer des pays de second rang qui seraient exclus de tout accès aux ressources tant officiels que privés.

  Si dans le cas des expériences précédentes d’annulations partielles de dette, notamment avec le plan Brady pour les pays endettés auprès du marché, des effets bénéfiques ont été obtenus en réduisant principalement l’incertitude, c’est  parce que ces opérations ont été clairement délimitées dans le temps et surtout accompagnées d’une période de réformes économiques déterminées. Le coût de l’éradication  de la pauvreté, est tel que l’IPPTE ne peut être considérée comme une alternative à l’aide au développement. Et l’on ne saurait trop insister sur la nécessité de l’additionalité des ressources à travers une plus grande générosité des bailleurs de fonds au niveau des dons, des prêts concessionnels et des contributions au capital des institutions multilatérales. A cet égard, la tendance au retranchement est en effet préoccupante car même si l’initiative PPTE permet aux pays bénéficiaires de diminuer la charge de leur service et de corriger le surendettement, ceux-ci continueront à avoir besoin de recourir à l’épargne extérieure pour financer leurs besoins d’investissement.

  En dépit des promesses répétées des pays industrialisés de se rapprocher des 0.7% du PNB en  matière d’APD (aide publique au développement) nous sommes très loin et nous nous éloignons même du compte. En effet ces dernières années, la part de l’APD dans les flux nets de capitaux en direction des PED en général n’a cessé de décroître. Une meilleure coordination des créanciers paraît indispensable pour s’assurer que l’annulation de la dette ne soit pas contrebalancée par une baisse des autres flux d’aide. L’allègement de la dette doit s’intégrer dans un cadre macro-économique à moyen terme.
Initialement, l’initiative PPTE devait contribuer à renforcer les autres instruments, notamment les flux d’épargne extérieur, public et privé et des ressources domestiques dans le but de permettre une croissance plus forte et la réduction du poids de la dette.

  Le rôle de l’investissement direct étranger en particulier, était appelé à croître une fois l’hypothèque levée du poids de la dette. Il est donc essentiel d’utiliser les ressources pour adopter des politiques plus transparentes en faveur de la croissance du secteur privé dans un cadre global national pour la réduction de la pauvreté.
Tout ceci suggère des progrès très significatifs en faveur notamment :
  • de la bonne gouvernance, avec un agenda clair pour lutter contre la corruption ;
  • du renforcement de la démocratie et des principes démocratiques ;
  • du renforcement de l’appropriation des programmes ;
  • de l’ajustement de la taille du gouvernement et de l’administration à un niveau supportable par les finances publiques ;
  • de l’élimination des contrôles et blocages économiques de toute nature, et au développement du secteur privé et à la mise en œuvre de l’initiative ;
  • de l’accélération du processus de privatisation des entreprises publiques ;
  • de l’établissement de l’observance des codes et standards de bonne conduite dans les multiples domaines où ces standards internationaux ont été élaborés;
  • de l’amélioration et de la professionalisation de l’efficacité du système judiciaire.


  L’annulation de la dette, à elle seule, n’est pas une panacée pour résoudre les difficultés qui se posent au développement des pays africains. Elle ne peut pas en particulier pallier au grand nombre de carences imputables aux pays concernés. Elle peut néanmoins jouer un rôle crucial si elle s’intègre dans une stratégie en faveur de la croissance et du développement social. Si les pays africains doivent créer les conditions pour réduire leur dépendance de l’aide publique au développement et attirer de plus en plus de flux directs privés, il demeure cependant que, pour le futur immédiat  l’accroissement de ces flux publics est absolument nécessaire. Il existe de nombreuses raisons d’espérer pour les pays qui sont encore affectés par les conflits et qui ont pris le parti d’une forte appropriation pour mettre en œuvre de meilleures orientations de politiques économiques.

  Il est donc utile qu’un meilleur suivi de l’utilisation des ressources d’aide se mette en place. De même, la libéralisation des systèmes politiques devra se poursuivre à travers une meilleure acceptation de la démocratie. En définitive, la réduction de la dette est nécessaire, mais c’est l’adhésion à une gestion saine qui permettra que les bénéfices attendus soient optimisés au delà du court terme ; mais et cela va sans dire à condition que les coûts engendrés par la réduction de la dette ne se traduisent  pas par une réduction  des flux futurs d’aide. La dette est un problème complexe qui nécessite que des solutions de plus en plus élaborées, adaptées et évolutives, soient développées pour tenir compte des circonstances de chaque pays. Il ne saurait y avoir de traitement uniforme de la dette, même si la spécificité des pays pauvres est aujourd’hui largement admise.



A.B.CH.





Notes:

1 Sources : Banque Mondiale, le Financement du développement global 2003, estimations des services au Fonds.

2 Rappelons que dans le cadre de l’IPPTE, les critères de soutenabilité de la dette ont été fixés à 150% pour la valeur actuelle nette de la dette par rapport aux exportations à 250% pour le critère sur le ratio de la VAN par rapport aux recettes budgétaires. 

3 Il convient de souligner que le club de Paris avait déjà procédé à l’annulation partielle de la dette à la fin des années 1980.

4 La République Démocratique du Congo (RDC) et la Côte d’Ivoire avant les événements tragiques récents devaient être considérés pour des discussions préliminaires et l’étape du point de décision.