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Actualités
01.07.2008
-  élections
Bienvenue
L E S   C A H I E R S   D E 
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Afrique du sud










Des ambitions nouvelles:
force et faiblesse

                                                                                          Sabine Cessou*




* Sabine Cessou est journaliste indépendante, correspondante de presse en Afrique du Sud.




  En 1994, l’Afrique du Sud s’ouvrait à peine sur le monde, non sans quelques réticences vis-à- vis de l’Afrique, qu’elle commençait à découvrir à travers ses vagues d’immigrés zaïrois et nigérians, déferlant sur Johannesburg. “L’Afrique du Sud ne peut pas échapper à sa destinée africaine”, écrivait Nelson Mandela en 1993, dans la revue Foreign Affairs. “Si nous ne consacrons pas nos énergies à ce continent, nous aussi pourrions être les victimes des forces qui ont conduit à la ruine dans diverses régions”, expliquait-il alors. S’il donnait alors le ton d’une politique “à venir”, son premier ministre des Affaires étrangères, Alfred Nzo, n’en a pas moins adopté une ligne minimaliste. “L’Afrique du Sud d’abord et l’Afrique australe ensuite”, tel était son credo. Absorbé par son Programme de reconstruction et de développement (RDP), le Congrès national africain (ANC) a voulu commencer par “corriger les inégalités héritées du passé” et tenir ses promesses vis-à-vis de sa base électorale, la majorité noire.

 Après son élection, le 27 avril 1994, Nelson Mandela a sillonné le monde sans relâche. Inlassablement, il a mis sa stature internationale au service de son pays, appelant partout à des investissements plus nombreux dans la nation “arc-en-ciel”. Dans son ombre, c’est Thabo Mbeki, son successeur, qui a véritablement doté le pays d’une politique extérieure. Ancien chef des relations internationales de l’ANC jusqu’en 1994, vice-président du pays entre 1994 et 1999, Thabo Mbeki a participé, pendant un long exil qui l’a mené de Londres à Lusaka (Zambie), à la campagne de pressions internationales contre l’apartheid.

  Elu président en 1999, il est resté à la poursuite d’un idéal. Il défend sans relâche l’idée d’une “renaissance” et d’un “millénaire” africains. Il est le principal architecte d’un vaste programme de développement “par et pour” les Africains : le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Il n’hésite plus à déployer des contingents à l’étranger, en République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi, dans le cadre d’opérations de maintien de la paix.

  Thabo Mbeki a largement contribué, estiment ses concitoyens, à la reintégration de l’Afrique du Sud au sein de la communauté internationale, dans le rang des pays qui comptent. Bien qu’il n’ait pas été choisi pour organiser la prochaine coupe du monde de football, le pays continue de soumettre sa candidature pour cet événement, en 2010, comme pour les Jeux Olympiques de 2012. En attendant, les villes de Durban et Johannesburg ont accueilli avec succès de grandes conférences internationales - sur le Sida en 2000, contre le racisme en 2001 et pour le développement durable en 2002.

  Puissance moyenne à l’échelle du globe, l’Afrique du Sud n’a plus peur de s’assumer comme telle. Membre actif du Mouvement des non-alignés, négociateur coriace pour la cause du Sud au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le pays convoite, comme le Nigeria, un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.
Soigneusement cultivées avec des pays de l’hémisphère Sud tels que la Malaisie et le Brésil, ses relations ne sont mauvaises avec personne, à quelques irritations près avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Londres, ancienne métropole coloniale, a en effet recommandé à ses ressortissants de ne pas se rendre en Afrique du Sud, en décembre 2002, par crainte d’éventuels attentats terroristes. L’appel de la Grande-Bretagne a paru aussi exagéré qu’inopportun. L’Afrique du Sud enregistre en effet, depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001, un boum touristique sans précédent. Critique vis-à-vis de la guerre des Etats-Unis contre l’Irak, Thabo Mbeki s’est inquiété d’une nouvelle forme d’ingérence militaire américaine. Adepte d’une diplomatie “silencieuse” vis-à-vis du Zimbabwe, il n’est pas resté insensible à la colère des Etats- Unis contre la dérive autocratique de Robert Mugabe. “L’Afrique, a-t-il affirmé, pourrait être la prochaine sur la liste”.

Un modèle à exporter

 Contrairement à une idée répandue, l’Afrique du Sud de Thabo Mbeki n’a pas voulu assumer un nouveau leadership en raison de son poids économique. Tout au contraire, Pretoria a pris soin de ne pas effrayer ses voisins de la Communauté de développement de l’Afrique Australe (SADC), pénalisés par des relations commerciales lourdement excédentaires en faveur de l’Afrique du Sud. Sur un continent noir plus marginal que jamais, qui a attiré moins de 1 % des investissements étrangers mondiaux en 2001, l’Afrique du Sud est devenue le principal investisseur étranger. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), le pays a fourni 40 % du total de l’investissement direct étranger enregistré en 2001 (1,3 milliard de dollars) au Sud du Sahara.

 A elle seule, l’économie de la province de Gauteng (Johannesburg et Pretoria) dépasse celle de tout autre pays africain. Une telle hégémonie n’est pas toujours bien vécue par les voisins du géant austral, qui lui reprochent de ne pas s’approvisionner chez eux. Les exportations de l’Afrique du Sud sur le reste du continent sont, il est vrai, 4,5 fois plus importantes que ses importations africaines. Excepté les pays de la Communauté douanière de l’Afrique australe (Sacu, Botswana, Lesotho, Namibie, Swaziland), ces échanges ont porté en 2001 sur 3,7 milliards de dollars d’exportations sud-africaines, contre 856 millions d’importations en provenance du continent.

 La volonté affichée par Pretoria consiste à ne pas devenir un “big brother”. Dans les discours officiels et les documents de l’ANC, il s’agit au contraire de trouver une forme “d’interaction basée sur le bénéfice mutuel et l’interdépendance”. Du Mozambique au Kenya, en passant par la Tanzanie, une partie de l’opinion dénonce toutefois l’expansion des entreprises sud-africaines comme une nouvelle forme de colonisation. Nos entreprises publiques bénéficient peut-être de contacts politiques, mais il n’y a pas d’alignement entre l’ANC et le grand capital blanc, qui était l’ancien ennemi”, explique un directeur noir de De Beers, premier producteur mondial de diamants bruts. “L’Afrique du Sud peut donner l’impression d’être en RDC pour les minerais, ajoute-t-il, en réalité, le personnel de notre ambassade à Kinshasa ne sait strictement rien des opportunités d’affaires dans ce secteur”.

 Isolée du reste du monde et de l’Afrique pendant 40 ans, l’Afrique du Sud est préoccupée par sa sécurité. La signature de contrats d’armement colossaux, en 1998, répondait autant au besoin de moderniser l’armée que de se rassurer, à un moment où le conflit en RDC mettait aux prises une demi-douzaine de pays africains. Pour l’ANC, le développement du continent noir paraît nécessaire, ne serait-ce que pour empêcher des migrations massives vers l’eldorado que représente l’Afrique du Sud, seul marché émergent de l’Afrique.

 La nation “arc-en-ciel” paraît aussi guidée par la volonté d’exporter la recette de son propre “miracle”. Tout comme Frederik de Klerk, le dernier président blanc du pays, Nelson Mandela et Thabo Mbeki jugent non seulement souhaitable, mais aussi possible une approche inclusive de solution négociée, dans tous les pays déchirés par des fractures raciales ou des rivalités ancestrales. C’est dans cette logique que Nelson Mandela avait réuni, en 1997, le maréchal Mobutu et Laurent-Désiré Kabila à bord de l’Outeniqua, un navire de guerre sud-africain. Thabo Mbeki prône pour sa part la “réconciliation nationale” au Zimbabwe, ainsi qu’une paix négociée entre l’Ethiopie et l’Erythrée, mais aussi entre Israël et la Palestine.

 Dix ans après les premières élections multiraciales, les ambitions internationales de l’Afrique du Sud restent controversées. Thabo Mbeki a définitivement sorti l’Afrique du Sud de son isolationnisme initial, certes, mais sans faire l’unanimité chez lui. Comme une partie des militants de l’ANC, nombre d’analystes politiques sud-africains auraient préféré voir le pays régler ses propres problèmes, immenses, avant de résoudre ceux des autres, sur le continent. “Le pays prend le risque de n’être qu’un géant aux pieds d’argile”, affirme Jackie Cilliers, directeur de l’Institut des études stratégiques (ISS) à Pretoria.
 “ Compte tenu de l’instabilité politique et économique de certains pays membre de la SADC, plusieurs “experts” ont suggéré que l’Afrique du Sud se protège du reste de la région en érigeant des barrières ”, a répliqué Aziz Pahad, le ministre délégué des Affaires étrangères, en avril 2002. “ Cela ne pourra jamais être une option politique pour ce gouvernement !, a-t-il poursuivi, contrairement à ce point de vue, notre politique étrangère repose sur l’idée que l’Afrique du Sud ne peut pas être un îlot de prospérité dans un océan de pauvreté, et que le concept de régionalisme devient de plus en plus important pour être compétitif à l’échelle globale ”.

Priorité à l’Afrique

 Dernier Etat africain à s’être libéré du joug colonial, en 1994, l’Afrique du Sud a voulu payer sa dette à l’Afrique, pour la solidarité manifestée pendant les années de lutte contre l’apartheid. Pretoria a ainsi obéi à un principe de loyauté primordial, du moins dans la culture politique de l’ANC. Les autorités se sont par ailleurs senties investies d’une nouvelle “responsabilité” vis-à- vis de l’Afrique, note Roger Pfister, un chercheur du Centre des études internationales de Zürich. La preuve ? Sur les 28 missions que comptait l’ANC en 1985, pendant son exil, 10 étaient situées en Afrique et 12 en Europe. Après 1994, Pretoria a fait passer de 4 à 21 le nombre de ses ambassades en Afrique, tout en conservant les 16 existantes en Europe.
Avant le lancement du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), en septembre 2001, puis de l’Union africaine (UA, ex-OUA), en juillet 2002 à Durban, les deux grandes étapes décisives du leadership sud-africain en Afrique sont passées par le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC).

      Au Burundi:
 Nelson Mandela avait accepté, après la mort du Tanzanien Julius Nyerere, de poursuivre son effort de médiation, c’est désormais Jacob Zuma, le vice-président sud-africain, qui oeuvre pour la paix. Fortes de 900 hommes, des troupes d’interposition sud-africaines sont déployées depuis la fin 2001, sans mandat des Nations unies, pour veiller au bon déroulement d’une période de transition. A Bujumbura, les tensions demeurent et la médiation sud-africaine a été critiquée comme une intervention d’une puissance à laquelle les subtilités de la région des Grands Lacs échappent complètement. Quoi qu’il en soit, l’approche sud-africaine a été couronnée de quelque succès. Comme promis lors d’un accord de paix signé en 2000, le président Pierre Buyoya, un Tutsi, a cédé sa place, le 1er mai 2003, à Domities Ndayizeye, un Hutu, à mi-chemin d’un programme de transition. Seul problème : Nelson Mandela n’est pas parvenu à faire signer son plan de paix au principal groupe armé hutu, les Forces pour la libération nationale (FLN).

     Au Congo:
 Dans le bourbier congolais, en revanche, l’enlisement menace. Thabo Mbeki a certes réussi l’exploit de faire signer, le 30 juillet 2002 à Pretoria, un accord de paix entre Paul Kagamé, le président du Rwanda, et Joseph Kabila, l’homme fort de Kinshasa. Accord suivi d’effet, puisque les troupes rwandaises ont entamé leur retrait de l’Est du Congo-Kinshasa. 
Célébré en grande pompe à Sun City, la fin du dialogue intercongolais ne laisse pas pour autant présager de la nouvelle ère démocratique tant attendue. Les combats se poursuivent sur le terrain, le retrait des troupes rwandaises ayant créé un vide politique vite rempli par les milices locales. Alors que les massacres succèdent aux massacres, Thabo Mbeki, lui, continue de prendre l’initiative. Il a appelé à la formation urgente d’une force d’interposition internationale, pour protéger les civils dans une guerre qui a déjà fait plus de 2 millions de morts, depuis 1998.

 L’Afrique du Sud, qui passera cette année le relais de la présidence de l’Union africaine (UA), mais aussi du Mouvement des Non-alignés (NAM), a quelque difficulté à faire prendre en RDC son propre “miracle”. Contrairement à Sir Ketumile Masire, l’ancien président du Botswana, qui n’a pas caché son impuissance dans son rôle de “facilitateur” du dialogue intercongolais, Thabo Mbeki ne désespère pas. Il consacre une bonne partie de son temps à la politique africaine en général, et à la RDC en particulier. “ Thabo Mbeki a pu être maladroit en Afrique, affirme un diplomate ouest-africain en poste à Pretoria, son style a parfois irrité, par manque de connaissances et par manque de consultation, mais jamais par manque de bonne volonté. Son engagement, rare chez les dirigeants africains contemporains, a permis de repositionner l’Afrique du Sud comme un acteur essentiel au Sud du Sahara ”.

L’entorse zimbabwéenne

 Acteur essentiel, peut-être, mais pas encore leader incontesté. Sur un continent où les régimes démocratiques et les alternances politiques se comptent toujours sur les doigts de la main, l’Afrique du Sud joue son ascendant moral et sa crédibilité sur la question du Zimbabwe. Difficile, en effet, de défendre le développement et le principe de “bonne gouvernance”, d’un côté, tout en s’opposant, de l’autre, à toute mesure de rétorsion contre le régime de Robert Mugabe. Seule la délégation d’observateurs électoraux envoyée par l’Afrique du Sud a trouvé, en mars 2002, la réélection du président zimbabwéen “libre et juste”, après un scrutin entaché de violences politiques et de lourdes irrégularités. Au pouvoir depuis 1980, Robert Mugabe, 79 ans, a eu recours à la réforme agraire, en 2000, pour conserver son fauteuil. Les invasions de fermes détenues par des Blancs ont plongé son pays, dont l’économie repose sur l’agriculture et les exportations de tabac, dans une crise sans précédent. Aujourd’hui, ce paria international n’est reconnu ni par les Etats-Unis, ni par la Grande-Bretagne. L’Afrique du Sud et le Nigeria, de leur côté, s’opposent au renouvellement de la suspension d’un an décidée par le Commonwealth à l’encontre du Zimbabwe.

 La visite de Thabo Mbeki et d’Olusegun Obasanjo à Harare, le 5 mai dernier, a fait les gros titres de la presse sud-africaine. Leur objectif : convaincre Robert Mugabe de passer le relais à un autre leader de son parti, plus jeune, susceptible de former un gouvernement d’unité nationale et d’organiser une nouvelle élection présidentielle. Un mois avant la réunion du G8, à Evian, on peut par ailleurs soupçonner les défenseurs du Nepad d’avoir cherché à se prémunir contre les critiques qui leur sont adressées par les pays industrialisés sur l’épineux dossier du Zimbabwe.
Le plan de sortie de crise préconisé par l’Afrique du Sud et le Nigeria suppose une volonté de dialogue inexistante, entre le pouvoir et l’opposition au Zimbabwe. En butte au refus du Mouvement Démocratique pour le Changement (MDC), le principal parti d’opposition, de considérer le président comme un élu légitime, ce plan achoppe aussi sur la détermination de Robert Mugabe à rester au pouvoir.

 En Afrique du Sud, les espoirs paraissent proportionnels aux craintes qu’inspire le Zimbabwe. L’opposition blanche et métisse du Parti démocratique (DP) n’a de cesse de voir partir Robert Mugabe, qui passe pour un archétype du dirigeant africain autocrate et corrompu. “ Ce qui se passe au Zimbabwe arrive avec 20 ou 30 ans de retard chez nous ”, affirme Ian Rossouw, un grand fermier afrikaner. Ce dernier redoute des invasions de fermes, mais aussi la “zanufication” du Congrès National Africain (ANC). L’ancien mouvement de libération nationale pourrait être un jour tenté, pense-t-il, par les dérives autocratiques de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF) de Mugabe.

 Thabo Mbeki, de son côté, affirme que la question de la terre en Afrique du Sud est “pire” qu’au Zimbabwe. Et pour cause : 50 000 fermiers blancs se partagent encore 80 % des terres arables – contre 4 500 fermiers blancs et 65 % des terres au Zimbabwe, avant la redistribution rapide achevée l’an dernier. Un sondage réalisé en 2001 a montré que la moitié de l’opinion noire, en Afrique du Sud, sympathise avec la “réforme agraire” entreprise par Robert Mugabe. Thoko Didiza, la ministre sud-africaine de l’Agriculture, a emmené du 29 au 31 janvier au Zimbabwe une délégation de fermiers sud-africains, noirs et blancs, pour y étudier la politique de redistribution des terres. Au retour, les avis ont été diamétralement opposés. Les grands exploitants blancs ont parlé d’un “gâchis”, les petits fermiers noirs d’un “succès”…

 Quant à la diplomatie silencieuse adoptée par Thabo Mbeki à l’égard du Zimbabwe, elle est de plus en plus critiquée. Lors du dernier congrès de l’ANC, en décembre, la moitié de la salle est restée de marbre, tandis que l’autre a ovationné Emmerson Mnangagwa, un cacique de la Zanu- PF invité à la tribune... Nkosazana Dlamini-Zuma, la ministre sud-africaine des Affaires étrangères,  a provoqué la colère des Zimbabwéens, en manifestant à plusieurs reprises sa loyauté à l’égard de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), ancien compagnon de route de l’ANC du temps de la lutte contre l’apartheid.

 Si l’ANC a tendance à s’identifier avec la Zanu-PF, plutôt qu’avec la “résistance” opposée par le MDC, c’est que ses dirigeants projettent sur le Zimbabwe leurs propres craintes. Né d’un mouvement syndical en 1999, le MDC a pris en moins de trois ans un essor fulgurant. Lors des élections legislatives de 2000, il s’est révélé majoritaire dans les villes et le sud du pays. En fait, le MDC ressemble un peu trop au parti que pourrait lancer le Congrès des syndicats sud- africains (COSATU), allié historique de l’ANC. L’idée fait d’autant plus peur, à Pretoria, qu’elle est sérieusement envisagée, dans les coulisses de la centrale syndicale sud-africaine. Alors que le succès du MDC fait rêver les syndicalistes noirs, il fait cauchemarder l’ANC. Le parti de Thabo Mbeki n’est assuré de son hégémonie que s’il évite la scission dans ses propres rangs et l’émergence d’une opposition noire et crédible. Un impératif qui fait passer les considérations de politique étrangère à l’arrière plan.

 

S.C.