[./index_accueil.html]
[./presentation.html]
[./archive_gal.html]
[./cahier_1.html]
[./cahier_2.html]
[./cahier_3.html]
[./cahier_4.html]
[./cahier_5.html]
[./cahier_6.html]
[./cartes.html]
[./livres.html]
[./livres.html]
[./nouveautes.html]
[./agenda.html]
[./opinion.html]
[./contact.html]
[./liens.html]
[./appel_contribution.html]
[./cahier_2.html]
[./cah2_musil1.html]
[] []
Actualités
01.07.2008
-  élections
Bienvenue
L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n
Editorial








     L'AFRIQUE DANS TOUS SES ETATS !

                                                                                




 


 Force est de constater que le spectacle donné par le continent noir conforterait, s'il en était besoin, les afro-pessimistes. Les Etats se battent entre eux; les peuples se soulèvent contre leurs gouvernements; les peuples se dressent contre d'autres peuples, sans oublier les relans de conflits tribaux...

 L'Afrique donne l'impression de s'enfoncer dans une fatalité du désespoir. Pus que jamais, les pays sont dépendants de l'occident et ce malgré la richesse d'un sous-sol convoité de plus en plus par les rapaces de l'économie mondiale.

 Dans le même temps et dans un paysage désespéré et tout aussi désespérant, force est aussi de constater que les initiatives se multiplient pour sortir de l'impasse: initiatives d'autant plus intéressantes qu'elles insistent toutes sur la nécessité d'être maitresse de son destin et qu'il est temps que les africains se prennent en main sans plus attendre désormais la bonne volonté des européens et des occidentaux.

 En déroute pour les uns ou en renaissance pour les autres, les  regards portés sur le continent noir n’utilise pas nécessairement la même grille de lecture. En fait, le décodage des réalités africaines exprime une multitude de composantes enchevêtrés : politique, ethnique, militaire, économique, sociale, religieuse et culturelle. Cet ensemble hétérogène est difficile à appréhender dans sa globalité. C’est pourquoi les Cahiers de l’Afrique ont choisi dans ce numéro d’explorer quelques-uns des multiples visages de cette Afrique polymorphe.

 La carte des conflits forme aujourd’hui un vaste triangle de la région des Grands Lacs et de la Corne de l’Afrique au grand Ouest ivoirien ; à côté des conflits classiques de type inter- étatique ( Éthiopie, Érythrée, Cameroun, Nigéria, Sénégal, Mauritanie…), les crises internes se sont multipliées sous la forme de rebellions civiles ou militaires, qui dépassent les frontières « nationales » et mettent à mal les fragiles équilibres sous régionaux.

 La région des Grands Lacs porte encore les stigmates de ce que certains ont appelé la première guerre mondiale de l’Afrique impliquant sept pays de la région. Dix ans après le génocide rwandais et ses répercussions dans la guerre du Congo, des pistes de paix se dessinent en RDC  et au Burundi, explique Cyril Abal Musila ; le dialogue inter-congolais, bien que chaotique, a progressé, mais la persistance des massacres interethniques en Ituri (au nord de la RDC) et l’intervention d’une force d’interposition internationale, souligne la dimension régionale d’un processus de paix qui est loin d’être achevé.

 En fait, cette région particulièrement conflictuelle montre qu’aucune crise n’est isolée et ne peut laisser ses voisins indifférents. Le renversement du président centrafricain Félix-Ange Patassé, en mars 2003, a mis en scène aussi bien les rebelles congolais de Jean-Pierre Bemba, soutenu par la Libye que les forces gouvernementales tchadiennes. Et au Congo Brazzaville, il a fallu l’intervention déterminante des forces angolaises pour permettre aux milices de Denis Sassou Nguesso de faire tomber le président Pascal Lissouba.

 La Corne de l’Afrique particulièrement exposée depuis les attentats du 11 septembre, préoccupe à cause de son instabilité chronique à la fois les Etats-Unis et l’Europe. Le Soudan, en donnant quelques signes de bonne volonté contre l’intégrisme musulman, est toujours divisé en deux ; la Somalie, en déliquescence depuis plus d’une décennie, est contrôlé par les seigneurs de la guerre et la paix semble encore introuvable entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Cyril Abal Musila propose sur cette dernière une réflexion nouvelle concernant la question de l’eau, de la religion et de la jeunesse.

 Montrée du doigt par la communauté internationale, le Zimbabwe illustre les différences d’approche entre les occidentaux et les Africains dans la lecture du conflit. Christophe Champin note que, si le chef historique de la lutte antiapartheid dans l’ex- Rhodésie, est considéré comme un paria en Occident à cause de ces dérapages récents, le mythe du vieux héros n’a pas complètement disparu pour une partie de la jeunesse africaine ; ce décalage permet de mieux comprendre la mansuétude à son égard de certains de ses « pairs » africains.

 La brusque explosion du « chaudron ivoirien » a des racines à la fois identitaires, territoriales, politiques et militaires. Aujourd’hui, les zones d’ombre rendent la lisibilité de ce conflit difficile tant sur le plan sous régional qu’intérieur. Témoin de ces événements, Ernest Foi de Saint- Sauveur analyse le rôle joué par la classe politique dans l’écriture de ce scénario de crise. Mamadou Sy-Savané revient sur un autre type de conflit oublié : la question du Sahara occidental, qui réapparaît dans l’actualité avec un nouveau plan de paix.

 En Afrique australe, une nouvelle puissance a vu le jour avec des ambitions à l’échelle continentale. L’Afrique du Sud et son président Thabo Mbeki, l’un des principaux architectes du N. P. D. A et Nelson Mandela, figure historique de la lutte contre l’apartheid, jouent un rôle de premier plan dans le règlement des conflits en RDC et au Burundi. En revanche, sa diplomatie silencieuse au Zimbabwe est critiquée et comme l’explique Sabine Cessou, des voix s’élèvent au sein de la société sud- africaine, durement touchée par la crise économique et la disparité sociale.

 L’extraordinaire violence qui accompagne de nombreux conflits africains (génocide rwandais en 1994, exactions des milices au Congo-Brazzaville, au Nigéria, au Burundi, en Côte d’Ivoire, au Liberia, et dans la Corne de l’Afrique est souvent rattaché à la question de l’ethnicité. C’est un piège qui fausse la compréhension des crises, préviennent Kikie Kikambi Kafuku et Eddie Tambwe Kitengue. La référence identitaire ethnique est rarement le principal catalyseur dans les conflits. C’est d’abord l’État colonial qui a créé un cadre explosif en forçant  différents groupes ethniques à coexister, dans le cadre de frontières artificielles et intangibles. Ensuite, le concept d’ethnie a été exploité par la classe politique pour confisquer le pouvoir ; aujourd’hui encore, les ethnies sont largement instrumentalisées.

 Depuis le sommet de la Baule et les conférences nationales des années 1990, la vague démocratique n’a pas recouvert l’ensemble du continent, mais une lecture plus attentive montre que certains pays ont connu des alternances démocratiques issues des urnes -  le Sénégal, le Bénin, l’Afrique du Sud, le Gabon, le Cameroun, le Mali, le Botswana et le Kenya, le Togo.

 Quel que soit l’état de santé démocratique du continent, Abdou Khadre Lô  s’interroge sur la définition d’une démocratie africaine. En partant du postulat selon lequel la démocratie ne doit pas être considérée comme l’idéal type parce qu’il est un produit de la culture occidentale, l’auteur prône un certain relativisme culturel. Il affirme que l’Afrique doit produire son propre modèle de démocratie.

 Le président Chirac, lors du sommet Afrique-France de Paris en février 2003, a déclaré que « l’Afrique est au cœur des priorités de la France ». Ce message renouvelé trois mois plus tard, lors du G8 d’Evian, confirme son engagement aux côtés de l’Afrique en mobilisant ses partenaires des pays riches.

 Pour comprendre ces liens privilégiés, affectifs dans le contexte de mondialisation, Robert- Émile Perrin  souligne les changements importants intervenus dans les années 1990. Sous l’influence de la fin de la guerre froide, de la dévaluation du franc C. F. A. et de la suppression du ministère français de la Coopération, la France à réformé son dispositif.

 Pour refermer ce dossier, Adrien Akanni- Honvo dresse un tableau de l’état économique de l’Afrique subsaharienne. La situation dans l’ensemble est sombre et le fossé ne cesse de se creuser avec les pays du Nord. Marginalisé commercialement et financièrement, le continent souffre de nombreux handicaps : faible croissance et forte démographie ; recul de l’investissement étranger ; économie rentière et trop peu diversifiée ; instabilité politique ; pauvreté et pandémie du sida. La liste est longue ! Mais le continent ne manque pas d’atouts, ressources naturelles, capital humain… qui, mieux exploités, peuvent permettre un retour à une croissance durable.



Jean-Jacques Mallemanche