[./index_accueil.html]
[./presentation.html]
[./archive_gal.html]
[./cahier_1.html]
[./cahier_2.html]
[./cahier_3.html]
[./cahier_4.html]
[./cahier_5.html]
[./cahier_6.html]
[./cartes.html]
[./livres.html]
[./livres.html]
[./nouveautes.html]
[./agenda.html]
[./opinion.html]
[./contact.html]
[./liens.html]
[./appel_contribution.html]
[./cahier_2.html]
[./cah2_cessou.html]
[] []
Actualités
01.07.2008
-  élections
Bienvenue
L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n
Le litige










Le Sahara occidental

                                                                               Mamadou Sy-Savané*




* Mamadou Sy-Savané est journaliste.





 Le Sahara occidental, objet de convoitises de la part de ses voisins – Maroc, Algérie - est toujours en quête d’identité. Sur le plan international, entre 1975 et la fin des années 1980, le conflit du Sahara est perçu comme une transposition de l’affrontement est-ouest : le Front Polisario étant soutenu par Alger, haut-lieu du tiers-mondisme où se tient le légendaire sommet des Non-Alignés en 1977 ; tandis que Rabat ne cache pas son ancrage à l’Occident avec une base militaire américaine à Kenitra. Ainsi, l’opposition entre le royaume chérifien et l’Algérie au sujet de cette bande désertique est essentiellement à l’origine de la panne que connait l’Union du Maghreb Arabe (OUA). Sa vocation est l’établissement d’un marché commun en Afrique du Nord - à l’exception de l’Egypte - à l’image de l’Union européenne.

 Le Sahara occidental est riche en ressources naturelles (phosphates, cuivre, fer, poissons) : équivalent en superficie après que la moitié de la France, il est adossé à la Mauritanie (1) avec pour voisins septentrionaux, le Maroc et l’Algérie. C’est aussi le pays de la Confédération tribale des « R’guibat ». Il faudra l’opération Ecouvillon associant troupes coloniales espagnoles et françaises pour venir à bout de ces farouches guerriers maures, en février 11958. Cela, alors que la colonisation du Sahara occidental, lancé par l’Espagne à la fin du siècle dernier, semblait achevée en 1934.

 Au même moment, au cours de l’année 1958, le roi du Maroc, Mohammed V, annonçait « sa volonté de poursuivre son action pour la restitution du Sahara au Maroc » arguant des liens historiques entre son royaume et le Sahara occidental - allégeance séculaire des tribus sahraouies à la dynastie alaouite. Ainsi, fidèle à sa logique, le Maroc rejette l’article trois de la charte de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) créée en 1963, relatif à l’ « intangibilité des frontières coloniales ». (2)

 Mais, le 12 décembre 1972, l’adoption d’une résolution à l’assemblée générale des Nations-unies affirme le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et encourage un groupe de Sahraouis à créer le Front Polisario (Front populaire de libération de la Saguiet al-hamrat et du Rio de Oro) dans le but de parvenir à une vraie décolonisation du pays. À Rabat, c’est la consternation.

 Pire encore, en 1974, c’est la Cour internationale de justice qui conteste la revendication de souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. En réaction, le roi Hassan II, conscient de la fin proche du général Franco, maître de l’Espagne, augure des changements considérables au pays de Cervantès et décide d’agir vite. Le 14 novembre 1974, il signe un accord de partage du Sahara occidental avec la Mauritanie, et en octobre 1975, il organise la « marche verte » qui mobilise 350 000 Marocains qui se dirigent vers la frontière du Sahara, exerçant ainsi une pression sur l’Espagne. En fait, le slogan de la « marocanité » du Sahara va permettre au roi de susciter un dérivatif politique et faire l’union autour du trône. (3)

 Le conflit commence en 1976, lorsque Madrid se retire du Rio de Oro : les troupes marocaines et mauritaniennes pénètrent sur le territoire tandis que le Front Polisario, soutenu par l’Algérie révolutionnariste de Boumédienne et par la Libye (jusqu’en 1984), proclame la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) ; à cet effet, les indépendantistes sahraouis auront pour sanctuaire, Tindouf, dans le sud ouest algérien.

 Au début, le soutien de l’efficace machine diplomatique algérienne et ses succès militaires sur le terrain vont profiter au Front Polisario qui comptait dans ses rangs des combattants aguerris, comme Moustafa Ouali : avec, pour effet, à la suite de la chute du président mauritanien Moktar Ould Daddah, la signature en août 1979, d’un accord de paix entre les nouvelles autorités mauritaniennes et le Front Polisario.

 Afin d’inverser la tendance, le Maroc va adopter une double stratégie :

  • militaire, par la construction de mur de défense de 1980 à 1987. Ouvrages pharaoniques, portant sur sept murs, chacun d’une longueur moyenne de 300 km qui permettront, au royaume chérifien, le contrôle de 80 % de la superficie du territoire face aux raids du Polisario.

  • politique, avec la colonisation du territoire en installant des Marocains.

 Les travaux d’infrastructure sur place sont estimés à près de 5 milliards de dollars ; et, en 1988, un appel du roi Hassan II aux « frères égarés » pour susciter des ralliements à sa cause.

 Conforme à la vieille tradition marocaine, sultanienne, de la clémence du Commandeur des croyants - titres du roi du Maroc - aux séparatistes, la main tendue de Hassan II va se révéler particulièrement payante et provoquer une véritable hémorragie au sein du front Polisario. En fait, la politique du roi sera favorisée par la mort de Boumédienne suivie d’une crise politique et économique en Algérie.
 Toujours est-il, que le 6 septembre 1991, un cessez-le-feu entre les belligérants entre en vigueur, l’ONU crée la Mission des Nations-unies pour l’Organisation d’un Référendum d’Autodétermination au Sahara occidental (MINURSO) et fait accepter aux deux parties, cinq critères d’identification des Sahraouis aptes à voter:

- le recensement espagnol de 1974 évaluant la population à 74 000 personnes ;

- les personnes sur le territoire qui n’avaient pas été recensées ;

- ascendants et descendants des deux premiers groupes ;

- tous ceux qui y ont résidé pendant six années consécutives ou par intermittence pendant une période de 12 ans.

 Ainsi le 15 juillet 1999, 84 251 personnes sont identifiées et habilitées à participer au référendum sur les 147 000 entendus par la commission d’identification. Rabat proteste et multiplie les recours.

 Le Maroc propose une troisième voie qui consiste en une « provincialisation » permettant aux sahraouis de garder leur spécificité. En juin 2001, l’ONU propose un projet d’accord-cadre élaboré par l’ancien secrétaire d’État américain James Baker prévoyant une solution de compromis : un statut spécial pour le Sahara occidental non exclusif de l’exercice du droit à l’autodétermination et à la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur ce territoire. En réalité, la multiplication des ralliements de sahraouis au Maroc et l’affaiblissement de l’Algérie sur la scène internationale, provoquent un doute et de vives inquiétudes sur l’avenir du Front Polisario. Par ailleurs, la lassitude gagne des dirigeants algériens dont le général Khaled Nezzar qui propose un règlement à l’amiable du conflit.

 Surtout, qu’au sein de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), de plus en plus de pays reviennent sur leur reconnaissance de la RASD. Quant aux autorités marocaines, elles sont conscientes que le temps joue en leur faveur. Et par conséquent elles écartent l’idée d’un référendum, n’étant pas certain que le résultat leur soit favorable.

 Les chances d’une République Arabe Sahraouie Démocratique dirigée par son président actuel, Mohammed Abdel Aziz sont incertaines. Cependant, le nouveau plan de paix élaboré par James Baker en mai 2003 pourrait bien relancer le référendum sur l’autodétermination.

M. S.-S.




Notes:

(1)  Sur le plan culturel et historique, la Mauritanie est le pays le plus proche du Sahara occidental; pour preuve, l'ancien président de la Mauritanie, le Lt-Colonel Mohamed Khouna Ould Haidalla est R'guibat.

(2) Ce n'est qu'en 1966 que le Maroc reconnaitra l'indépendance de la Mauritanie qui était une colonie française.

(3) Surtout, après la tentative de coup d'état de Skirat en 1971et, en 1973, la tentative d'abattre le Boeing royal imputée au tout-puissant général Oufkir.