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Actualités
01.07.2008
-  élections
Bienvenue
L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
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Espace de dialogue




INICA: INITIATIVE POUR L'AFRIQUE CENTRALE







Au service de la paix
et du développement

                                                                                 Cyril Abal Musila*




* Cyril Abal Musila est chercheur au centre de recherche sur la paix, professeur de géopolitique des conflits africains à l'Institut catholique de Paris et consultant au Club du Sahel de l'OCDE.



  

 

  Dans la conclusion de son livre sur l’histoire générale du Congo, paru en 1998, l’historien congolais  Isidore Ndaywel souhaite l’émergence des Etats-Unis de l’Afrique centrale, comme une des zones africaines à créer au bout d’un processus de regroupement continental. Dans cette perspective, la RDC  présente des caractéristiques qui peuvent lui permette de jouer un rôle fédérateur.


      Historiquement

 La colonisation du Congo-Zaïre s’est réalisée avec le concours des auxiliaires coloniaux d’origines africaines, dont les «Zanzibaristes» (Tanzaniens d’aujourd’hui), les Ouest-Africains, les Angolais, les Congolais, les Rwandais et les Burundais. Depuis lors, la RDC s’est illustrée comme la terre de prédilection des réfugiés de la région : les Angolais, les Rwandais, les Burundais ou les Congolais, même si l’accueil s’est parfois accompagné de heurts violents.

     Géographiquement

  Sa position de carrefour, situé en plein centre du continent, est renforcée par des potentialités humaines et des ressources naturelles importantes.
La diversité humaine de la RDC, faite des peuples bantous, soudanais et nilotiques, constitue l’atout anthropologique et démographique de cette position d’intégrateur. Ces peuples jouent en fait le rôle de courroie de transmission vers leurs « frères » des Etats limitrophes que les frontières actuelles ont séparés, sans d’ailleurs réussir à rompre les liens (commerce transfrontalier, affinités linguistiques et culturelles).

      Juridiquement

  Une lecture des textes constitutionnels congolais post-colonisation montre que l’idée d’une intégration régionale a été toujours présente en RDC. Les constitutions de 1967, 1978 et 1994 reconnaissent chacune à ce pays le droit d’aliéner une partie de sa souveraineté sur une partie du territoire national à la condition que cela se fasse au bénéfice de la construction de l’unité africaine.

  Le contexte actuel de conflit complique ces perspectives. L’état de délabrement de son économie fait de la RDC un « ventre mou » du continent qui appelle à être « durci » à la fois de l’intérieur et avec des « percées » vers ses voisins proches et lointains. Mais les séquelles du conflit sont encore chaudes et les réticences à l’ouverture régionale nombreuses. En effet, lors d’un colloque sur la crise des Grands Lacs organisé par l’Université de Kinshasa en décembre 2000, cette « guerre d’invasion »  a été  présentée comme « la guerre de convoitise » des voisins sur les ressources congolaises. Lorsqu’un exposant courageux a émis l’idée de « revisiter la CEPGL » comme piste de résolution du conflit, la réponse fut claire : « que gagnerait la RDC à ouvrir son espace économique à deux pays (Burundi et Rwanda) qui ne peuvent rien lui offrir en retour comme perspectives et comme débouchés ? ».

  L’autre résistance exprimée à ce colloque concerne l’histoire du peuplement des régions orientales de la RDC, notamment celles du Kivu et du Maniema. Ces régions ont toujours servi de réceptacles démographiques au Burundi et au Rwanda, enclavés et surpeuplés. Les transferts de populations ont exacerbé les pressions foncières et les violences ethniques. Ces réticences constituent un écueil considérable.

   Le point de départ
   du projet régional de l’OCDE
   Les perspectives de reconstruction et d’intégration de la République Démocratique du Congo et des régions transfrontalières posent la question préalable de l’espace à prendre en considération. Au lieu de partir d’un ensemble spatial aux limites préétablies, en ne prenant en considération que la RDC et les pays voisins, la démarche de l’Initiative sur l’Afrique Centrale (INICA) de l’OCDE consiste à réfléchir aux différents types d’espaces pertinents. Les espaces, produits des dynamiques sociales, ne sont en effet ni des entités unidimentionnelles ni des territoires aux limites figées. Ils ne prennent sens qu’en fonction de l’échelle d’observation. A l’ère de la mondialisation, on doit raisonner en termes d’emboîtement d’échelle, depuis le local jusqu’au mondial. Le destin du paysan rwandais produisant du café, et plus encore celui du « creuseur » de coltan du Kivu, se joue à la fois dans les Bourses des pays du Nord, dans les réseaux régionaux de commercialisation, dans les pratiques locales.
   La construction des espaces privilégie aujourd’hui les réseaux. Mais l’espace est autant aréolaire que réticulaire. Les surfaces, les superficies jouent un grand rôle dans l’aménagement des territoires, dans le façonnement des relations des hommes à leur environnement. L’organisation collective et le vécu des Congolais dans l’immensité de leur territoire et ceux des Rwandais dans l’exiguïté des Mille Collines ne peuvent se comparer.
   Dans un continent qui marie Internet à la « daba » (houe), les acteurs paraissent parfois issus de planètes différentes. L’étude considère qu’il faut tous les prendre en compte. La régionalisation, l’intégration, ne sont que coquilles vides si elles émanent uniquement « du haut »  sans associer les dynamiques  « du bas ».
   Le « transfrontalier » ne se résume pas à des contiguïtés. Les flux d’échange empruntent des corridors, se cristallisent autour de pôles. La compréhension des économies nationales nécessite de s’interroger sur le rôle des lieux et des forces extérieures : les centres de décision des pays du Nord, les pôles commerciaux comme Dubaï ou Durban et les diasporas. L’approche multiscalaire ne doit pas conduire à effacer l’échelon décisif de l’Etat dans les processus économique et politique. Les politiques d’intégration n’ont de sens que si les Etats exercent pleinement leurs prérogatives sur leur territoire
Les regroupements institutionnels
    Les regroupements institutionnels qui rassemblent de nombreuses institutions régionales en Afrique centrale forment un écheveau de plus en plus complexe. Les configurations des regroupements sont marquées par l’héritage colonial et les forces politiques contemporaines. Ainsi, la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) s’ancre- t-elle dans l’ex-Afrique Equatoriale Française (AEF) et l’East African Community (EAC) dans l’Afrique orientale britannique. Quant à la Communauté Sud-Africaine de Développement (SADC ), elle exprime la volonté de l’Afrique du Sud de jouer un rôle continental ; le Marché Commun de l’Est et du Sud de l’Afrique (COMESA) n’a-t-il pas été crée pour contrer sa tentation hégémonique ?  Dans ce tableau à géométrie variable, la RDC, en position centrale, a adhéré à la fois à un groupement rassemblant les pays francophones, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) et à la SADC, conformément aux liens économiques qui l’unissent à l’Afrique du Sud, enfin au COMESA qui témoigne de son ouverture vers l’Est.
L’environnement.
     Trois types de milieux naturels exercent une forte influence sur les sociétés.
  • Les milieux forestiers forment un vaste ensemble peu peuplé - l’Afrique du vide -, riche de sa biodiversité, de ses réserves en bois et en terres cultivables. Les modes d’exploitation du milieu par les sociétés (pygmées et bantous) et les organisations sociales et politiques sont les mêmes dans tous les pays de la région. Le capital nature, aujourd’hui survalorisé par les ONG conservationnistes, fait de la deuxième forêt du monde un enjeu planétaire. En témoigne la diversité des organisations régionales consacrées à la gestion et à la préservation des milieux forestiers, notamment la dernière-née, la Conférence des Ministres en Charge des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC). Le domaine forestier fait l’objet de beaucoup d’attention de la part des acteurs du Nord et la réflexion régionale ne peut être séparée de la dimension mondiale.La disposition de la forêt au centre du bassin congolais, et par conséquent au centre du territoire de la RDC, a des conséquences politiques évidentes : le territoire du Congo se construit sur ses marges, à l’écart d’un centre répulsif, largement fermé à la circulation ;
  • Les milieux de savane, milieux ouverts, ont au contraire favorisé la formation d’entités politiques. En RDC, ce sont les «  royaumes des savanes » : Kongo, Luba, Lunda, Zandé… ; tous se situent en position transfrontalière ; une réflexion régionale ne peut ignorer cette dimension historique. Dans la région des Grands Lacs, les royaumes interlacustres ont laissé des héritages essentiels à la compréhension du présent.
 Les hautes terres de la crête Congo-Nil forment l’ensemble le plus névralgique de la région. Victimes des atouts naturels des montagnes tropicales - climat sain autorisant l’élevage bovin, sols volcaniques fertiles - elles se sont transformées en véritable « bombe démographique » avec l’antagonisme hutu-tutsi comme détonateur. Les hautes terres séparant les bassins du Congo et du Nil forment une entité géographique transfrontalière. Les environnements d’Afrique centrale portent la marque de l’eau. Cette richesse, présente au Congo, est convoitée par les pays qui en manquent : la Libye, l’Afrique du Sud. Enjeu géopolitique du XIXe siècle, la question de l’eau intéresse l’ensemble des pays du bassin du Congo, ce qui devrait entraîner un renforcement de la coopération régionale. Mais l’eau touche aussi à l’imaginaire : les représentations du bassin du Congo contribuent à la production de l’identité nationale congolaise.
La population
  Elle se caractérise par une distribution spatiale très contrastée et une croissance uniformément rapide. Avec des indices synthétiques de fécondité compris entre 6 et 7, la population double en une génération. Elle est d’une extrême jeunesse et la crise multiplie le nombre de laissés-pour-compte, d’enfants des rues et d’enfants soldats. Cette démographie explosive constitue peut-être le principal facteur déstabilisant de la région. Si l’on ne veut pas laisser à la guerre et aux famines qu’elle entraîne le soin, avec le sida, de réguler la démographie, il est urgent de soutenir, dans l’ensemble de la région, des politiques de population.
  Les densités très inégales créent à l’échelle régionale de grands déséquilibres. L’abondance de terre dans un cas, la saturation foncière dans l’autre, créent des mouvements de populations des zones de haute pression démographique vers les zones de basse pression. Leur régulation constitue un défi politique majeur dans l’espace interdépendant Afrique centrale-Grands Lacs. Les migrations posent des problèmes d’une extrême complexité concernant les relations entre autochtones et étrangers, le statut de la terre, l’exercice du pouvoir local. Le Kivu, qui a servi depuis des décennies de déversoir démographique au Rwanda, est sans doute l’espace le plus instable de toute la région. Aucun règlement politique durable n’est envisageable sans un éclaircissement du statut des personnes et de la terre. C’est dans l’espace frontalier «  plein » de la crête Congo Nil que s’est nouée la crise politique en RDC. Cette crise, qui multiplie le nombre de réfugiés et de personnes déplacées, n’est pas un problème seulement humanitaire mais également politique. En effet, les réfugiés représentent un potentiel d’instabilité régionale quand ils deviennent des réfugiés-mercenaires, comme c’est le cas depuis la destruction des camps du Kivu en 1996.
  La dimension ethnique et culturelle fait naturellement partie de l’étude, puisqu’elle constitue le substrat des sociétés. La répartition géographique des grands groupes ethniques, linguistiques et religieux, montre des chevauchements, des superpositions, des intersections en disjonction avec le tracé des Etats. Il n’y a cependant pas de contradiction entre les configurations ethniques et l’organisation étatique : ces différents niveaux identitaires doivent être pensés en termes d’emboîtement et non d’opposition. Les identités ethniques ne sauraient être niées. Par exemple, la posture qui consiste à nier les différences entre communautés hutue et tutsie risque fort de conduire à une impasse et à un report des violences. Dans le contexte de crise généralisée de l’Afrique centrale, les religions jouent un rôle décisif dans les processus de socialisation et de coopération transfrontalières grâce à leurs réseaux régionaux.
   L’Afrique centrale n’échappe pas à la révolution urbaine du continent, mais les contrastes sont considérables avec des taux d’urbanisation allant de 75% au Gabon à moins de 10% au Rwanda et au Burundi. La question cruciale est de savoir si la ville peut servir d’exutoire démographique, autrement dit, existe-t-il une solution urbaine au surpeuplement des campagnes rwandaises ?
  L’étude des relations ville-campagne montre l’existence de flux d’approvisionnement dépassant le cadre national  car le marché participe à l’émergence d’espaces transfrontaliers. Les villes sont des lieux de concentration de ressources humaines et ce capital humain représente un atout essentiel pour une reconstruction de l’économie ancrée sur les pôles urbains. Ces derniers sont aussi les lieux d’articulation entre dynamiques du haut et du bas, entre Etat et société civile. Les villes, grâce notamment aux ONG et aux Eglises, s’insèrent dans des réseaux régionaux et internationaux qui sont des facteurs d’ouverture et de rapprochement entre les populations.
L’économie
   Les économies des pays d’Afrique centrale restent dominées par l’exportation de produits primaires à destination des pays industriels, héritage de l’économie coloniale. La priorité accordée à l’exploitation des ressources naturelles s’est faite au détriment d’une valorisation du capital humain. La prolifération de l’informel au rythme de la croissance des villes confirme la réalité d’une double économie.
     L’économie fondée sur l’extraction de ressource minières a de nombreux effets pervers ; elle prédispose à la prédation et à la « kleptocratie » ; elle inculque une mentalité rentière défavorable à l’esprit d’entreprise. En RDC, l’effondrement de la Gécamines a marqué la fin d’une époque. Le «  scandale géologique »  n’est plus d’actualité. Dans un contexte international concurrentiel, la question est de savoir ce que sont les avantages comparatifs du Katanga. L’avenir de l’économie minière dépend de la réhabilitation de la voie angolaise.
     Les productions minières, qui constituent aujourd’hui le cœur de la géopolitique minière de l’Afrique centrale (diamant, or, coltan), sont largement dissociées des problèmes de transport. Le diamant n’a pas besoin de routes pour alimenter les budgets de toutes les parties présentes au conflit en RDC. Comme l’ont souligné les rapports de l’ONU,  l’exploitation minière n’est même plus l’enjeu des conflits, mais la raison de leur perpétuation.
   Sur le flanc ouest de l’Afrique centrale, l’exploitation pétrolière occupe une place centrale dans l’économie et la politique. Le panorama se modifie avec la montée en puissance de la Guinée Equatoriale et l’entrée du Tchad dans le club des producteurs. Les perspectives pétrolières à la frontière de l’Ituri (vallée de la Semliki)  et de l’Ouganda, brouillent un peu plus les cartes.
  D’une manière générale, les recettes tirées des produits du sous-sol ont partout créé l’illusion du développement. Celui-ci ne peut se dispenser de l’ « économie par le bas ». C’est pourquoi il est important de dresser un inventaire des capacités humaines servant de support à cette économie.
Echanges et structuration de l’espace
   Les infrastructures de transport, condition sine qua non du développement, présentent des contrastes considérables entre les pays. La RDC est de loin la plus mal lotie, ce qui fait de la réhabilitation des voies de communication une priorité absolue. Sa reconstruction, tout comme l’intégration régionale, ne peuvent s’envisager sans la restauration de la navigation sur le Congo et sans l’aménagement d’un réseau routier capable de solidariser les régions. La voie ferrée a pour intérêt principal d’être un exutoire de la mine : de ce point de vue, la réhabilitation du chemin de fer angolais de Benguela conditionne la reprise de l’exploitation minière du Katanga.
     L’analyse des flux montre l’existence de trois grands bassins de transport :
  • A l’ouest, le réseau navigable converge depuis Kisangani et Bangui vers Kinshasa et l’embout de l’entonnoir qui conduit à Matadi ;
  • Au sud, le Katanga et les Kasaï sont tournés vers l’Afrique du Sud et le port de Durban ;
  • A l’est, l’ouverture s’effectue en direction de l’Océan Indien. Les Etats enclavés comme le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda peuvent tirer parti de leur situation d’interface entre l’Afrique de l’Est et du Centre.
   Les perspectives de retour à la paix dans une région affectée par les violences depuis une décennie supposent une restauration des capacités de l’Etat. Aucune solution de la crise congolaise n’est sérieusement envisageable sans une pacification durable des relations entre les pays des Grands Lacs. La recherche de solutions qui permettraient de maîtriser l’explosion démographique afin qu’elle cesse de nourrir la violence constitue un impératif absolu pour tenter de relever le défi majeur de la région. Le nœud gordien de la crise des Grands-Lacs et du Congo s’est noué dans ces espaces. Il ne peut être dénoué sans un règlement engageant la totalité des acteurs régionaux.

C.A.M.