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Actualités
01.07.2008
-  élections
Bienvenue
L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n


Conflit frontalier










Retour à la case départ ?

  Negede Gobezie*  
                                                                                         






* Negede Gobezie est membre du Groupe de Recherche et d'Action pour la Paix en Ethiopie et dans la Corne de l'Afrique (GRAPECA).








  Le tracé de la nouvelle frontière entre l'Ethiopie et l'Erythrée a été communiqué le 13 avril 2002 par la Commission de La Haye et comme ils s'y étaient déjà engagés, les deux gouvernements ont accepté le verdict tout en criant victoire. Les cartographes de l'ONU doivent alors procéder à la démarcation de la frontière qui ne pourra se faire sans une campagne de déminage des deux millions de mines anti-personnelles et d'obus non explosés.

   Le tracé d'une frontière « incontestable » basé sur une exégèse des traités coloniaux était l'objectif majeur de cet accord. Nous exprimons notre scepticisme concernant l'ensemble du processus engagé par l'accord d'Alger car ces frontières continueront à poser problème si l'on les laisse en l'état comme elles seront source de nouveaux conflits si l'on les bouge. C'est pourquoi nous  avons parlé d'une politique de « provocation » de conflit (Une politique inédite de « provocation » de conflits, Avril 2002). La décision du 13 avril, encore plus « provocatrice » que nous le craignions, ne garantira pas la paix et la stabilité dans la région.

L'ambiguïté qui entoure le sort du  « village-symbole » de Bademe.

C'est avec l’occupation par l’Erythrée de Bademe qu'a commencé la guerre entre les deux pays. Alors qu'ils se battaient sur trois fronts le long de leurs 1000 kilomètres de frontière, Bademe était devenu le « village-symbole » de toute la guerre. Dans une phrase devenue célèbre, le Président érythréen, M. Issayas Afeworki déclara que l’Erythrée évacuera ce village « lorsque le soleil se couchera à l'Est ! ». L’offensive de l'armée éthiopienne pour libérer Bademe avait pour nom de code « Opération coucher du soleil ».  En Ethiopie, les gens associaient la restauration de la souveraineté nationale à la « libération » de ce village. Le slogan le plus populaire à l'époque était « ke bademe melse wode Meles » ( Libérons Bademe d'abord, on s'occupera de Meles ensuite !). 

Or, surprise, la Commission du tracé de la frontière n'a pas rendu une décision claire concernant Bademe. Inévitablement, Addis Abeba et Asmara ont affirmé avoir hérité de ce village-symbole de la guerre. Une guerre de communiqués bat déjà son plein. Aux Nations unies, c'est la confusion. « Il y a une marge d'erreurs sur toutes les cartes existantes. Tant qu'une campagne de photos aériennes de la région n'aura pas été faite, personne ne sera en mesure de trancher la question ».

L'assurance qu'affichent les deux gouvernements est telle que lorsque l'heure de vérité approchera, la partie « qui aurait menti à son peuple » pourrait être tentée de déclencher, sous un prétexte ou un autre, une deuxième guerre pour Bademe. On risquerait alors un retour à la case départ.

 Les incohérences dans l'exégèse des traités coloniaux:

Pendant tous les mois d'agitation qui avaient précédé le verdict censé être rendu sur la base des traités coloniaux de 1900, 1902 et 1908, l'argument majeur avancé par l'opposition éthiopienne était de dire que ces traités, signés sous la contrainte, étaient abrogés de façon unilatérale par l'Italie lors de l'invasion de Mussolini en 1935 et par l'accord de paix italo- éthiopien signé en 1947. Ils  étaient donc nuls et non avenus. Or, dans ces attendus, la Commission conforte  cette thèse en déclarant que « Les trois traités ont été abrogés le 11 septembre 1952 par une déclaration solennelle  du gouvernement éthiopien ».
Ce constat n'empêchera pas la Commission de baser sa décision sur ces traités tout en les « rectifiant » à plusieurs reprises pour systématiquement céder à l’Erythrée de larges portions de territoires qui, en vertu de ces mêmes traités, tombent sous souveraineté éthiopienne. Deux exemples parmi les plus significatifs:

- Sur le Front central, la Commission déclare avoir « rectifié le tracé de la frontière »  de façon à accorder à l'Erythrée  « des territoires qui clairement ne lui appartenaient pas en vertu du traité de 1900 ». Le comble c'est que cet  ajustement a été opéré à la suite d'une plaidoirie écrite présentée par le gouvernement éthiopien.
- Sur le Front Est, le traité de 1908 fixait la frontière entre l'Ethiopie et la colonie italienne « parallèlement à la côte (la Mer rouge) et à une distance de 60 kilomètres de celle-ci ». La Commission rectifie  encore une fois le tracé d’une façon qui porte préjudice à l’Ethiopie. La ville de Buré, à 72 kilomètres des côtes (donc 12 kilomètres à l’intérieur de l’Ethiopie) est déclarée ville frontière. La Commission explique cette révision du traité par l’existence d’un accord, dont personne n’avait jamais entendu parler, conclu en 1994 entre les gouvernements de MM. Issayas et Meles.

Dans un contexte politique où beaucoup de responsables du régime à Addis Abeba – y compris le Premier ministre Meles Zenawi – sont accusées d’être plus Erythréens qu’Ethiopiens, une telle incohérence dans l’exégèse des traités coloniaux a déjà provoqué des tensions extrêmement graves dans le Tigrai et surtout au sein de l’armée éthiopienne.

 Déplacements massifs de populations et « crise humanitaire »

 Beaucoup d’experts estiment que la superficie totale des territoires cédés par l’Ethiopie équivaut à celle des Territoires occupés et de la Bande de Gaza ! Quant au nombre de personnes qui seront obligées de changer de nationalité, certains opposants avancent le chiffre d’un million. Nous estimons que ce nombre dépasse en toute hypothèse les 300 000. Comme au temps du partage de l’Afrique, ces populations n’ont jamais été consultées. Tous les journalistes étrangers qui ont visité ces territoires depuis le 13 avril 2002 sont unanimes sur un point : les personnes interrogées déclarent leur attachement à leur identité éthiopienne et ne veulent pas entendre parler de changement de nationalité. Un journaliste du New York Times qui avait visité ces territoires à la fin du mois d’avril, notait :
 « Ces populations n’ont aucune haine envers les Erythréens. Elles envisagent même le retour de ces derniers et une cohabitation harmonieuse. Leur problème c'est le régime érythréen qu’elles considèrent comme leur ennemi. Elles sont effrayées par un possible changement de nationalité et vivent cela comme un profond traumatisme. »
 Et si elles refusent d’accepter le verdict et veulent rester Ethiopiennes ? Les Nations Unies semblent avoir envisagé une telle éventualité en parlant de possibles «déplacements de populations ». Cela veut dire que ceux qui n’acceptent pas d’être Erythréens ou qui considèrent qu’il serait difficile pour eux de vivre sous un  régime « qui nous a fait la guerre, détruit nos maisons, volé notre bétail »  (Le Monde 21/22.04.02) seront  « invités »  à quitter leurs terres, à abandonner leurs maisons et à partir pour s’installer ailleurs en Ethiopie.
On envisage donc un transfert massif de populations avec tout le drame que cela provoquerait. Les services de l’ONU se préparent déjà à faire face à cette « crise humanitaire ! » Dans un communiqué rendu public le 22 avril, le Bureau de l’ONU pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) notait:
       « With the transfer of territory, a large number of people are likely to be in need of relocation assistance…The Ethiopians who are now going to become Eritrean, or vice versa, will be a challenge to the humanitarian community with regard to the allocation of farmland, and basic needs such as food and shelter «                                                     

 Une structure de dialogue éthio-érythréen

L’Accord d’Alger n’aura donc servi à rien. Les problèmes qui se posent sont des problèmes de démocratie, de justice, de paix, de réconciliation et de développement dans chacun de ces deux pays. Ils sont trop importants pour être confié aux deux dictatures. Ils sont à l'évidence trop complexes pour être résolus par  l’approche trop simpliste de la communauté internationale qui persiste à percevoir le conflit éthio-érythréen comme une simple et classique querelle de frontières entre deux Etats voisins.

Au lieu de proposer un plan global de paix, de réconciliation et de démocratisation en Ethiopie et en Erythrée, la Communauté internationale a cru pouvoir résoudre le problème par la « démarcation » et l’encouragement d’un processus de  réconciliation  au sommet entre les deux régimes. Ce verdict échouera car il fait abstraction des aspirations des populations qui seront les plus affectées par les ajustements des frontières. Cette démarche débouchera non seulement sur un autre conflit provoqué justement par ces « ajustements » mais aussi sur une possible guerre civile en Ethiopie et une déstabilisation de l’Erythrée par la révolte de centaines de milliers d’Ethiopiens incorporés de force dans un autre pays.
Face à cette situation dangereuse créée par ce verdict, nous ne pouvons que répéter l’appel que nous avons déjà lancé aux démocrates des deux pays. La solution ne viendra que d'un dialogue fraternel et constructif entre les deux peuples par le biais de régimes démocratiques et représentatifs qu'il faudra instaurer aussi bien en Ethiopie et en Erythrée.
Tous ceux qui de par le monde se soucient de paix et de démocratie doivent soutenir et encourager ce dialogue qui se présente comme la seule voie de salut pour les deux peuples.

                                                                                                               N.G.






  
La Querelle autour de Bademe