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Actualités
01.07.2008
-  élections
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L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n



Environnement










Eau et développement dans
la Corne de l'Afrique

  Stefan Deconinck*  
                                                                                         






* Stefan deconninck est licencié en histoire et Relations internationales. Il est attaché en qualité de collaborateur scientifique au centre pour le Développement durable (CDO) de l'Université de Gand en Belgique.






  La pression croissante sur les ressources en eau est un phénomène qui touche de nombreuses régions, le Moyen-Orient, l’Asie et l’Afrique, notamment dans la région de la Corne où les graves sécheresses des années 1980 sont encore gravées dans les mémoires. Aujourd’hui encore, des pays tels que l’Ethiopie et le Somaliland souffrent chroniquement du manque d’eau. Pour cette région de la Corne, connue pour ses désastreuses pénuries, les questions de l’eau et du développement sont cruciales.


Eau, pénurie et développement

 L’augmentation de la demande en eau à l’échelle planétaire constitue dans une large mesure la conséquence de la croissance démographique mondiale. Chaque nouvelle naissance entraîne une augmentation de la quantité d’eau nécessaire pour répondre aux besoins vitaux de  l’être humain : manger, boire mais aussi assurer l’hygiène ainsi que d’autres besoins ménagers. La croissance de la population entraîne une augmentation proportionnelle de la quantité d’eau nécessaire à la satisfaction de l’ensemble des besoins essentiels des individus. L’Éthiopie et l’Érythrée sont des pays qui affichent une croissance démographique relativement forte.
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 Le développement économique ne fait qu’aggraver le problème car les besoins premiers ne cessent d’augmenter. La règle est la suivante : plus le revenu national est important, plus il faut d’eau pour satisfaire les besoins de base. Si la plupart des économies des pays de la Corne de l’Afrique sont toujours fortement rurales, la hausse relative de la prospérité a également entraîné une augmentation des besoins en eau, ce qui fait grimper en flèche la demande en eau. C’est notamment le cas dans les villes, où l’évolution du modèle de consommation hydrique a également des conséquences. A ce besoin d’eau  nécessaire à la satisfaction des besoins vitaux est venue se greffer une demande sans cesse croissante d’eau pour le bain et la douche,  le nettoyage de la maison et de la voiture, le jardin ainsi qu’une multitude de consommations ayant aujourd’hui une fonction publique et esthétique - l’entretien de parcs et de jardins publics, terrains de sport…  Ce phénomène est amplifié par le fait que la population urbaine a de plus en plus facilement accès à l’eau, grâce au développement du réseau de distribution.

 Face à cette demande grandissante en eau, l’offre reste cependant limitée pour plusieurs raisons :
        - Les pays situés dans la Corne de l’Afrique comptent parmi les zones climatiques arides ou semi-arides de la planète, où les précipitations n’atteignent pas  500 mm par an. En outre, l’évaporation rapide empêche, dans une large mesure, l’eau de s’infiltrer dans le sol et, a fortiori, de créer des rivières coulant à flots continus. Cela signifie que les populations de ces régions ne peuvent compter que dans une très faible mesure sur des réservoirs d’eau naturels pour leur consommation agricole, industrielle et domestique.  Deux exceptions existent néanmoins : le haut-plateau éthiopien et la région du lac Victoria au Kenya, où les précipitations sont plus abondantes qu’en Europe occidentale. Ces deux zones constituent en réalité les sources du Nil - le fleuve le plus long de notre planète - qui s’étend de l’Afrique centrale et de la Corne jusqu’à la côte égyptienne en bordure de la Méditerranée.

       -La pénurie de l’offre s’explique également par la pollution. La demande en eau de haute qualité augmente en raison de la croissance de la population (eau potable), de l’évolution des besoins (eau de baignade, irrigation) et du développement industriel (eau de processus dans l’industrie), tandis que les réserves d’eau existantes deviennent de plus en plus vulnérables et rares en raison de la pollution et du phénomène de surconsommation.

 Pour satisfaire la demande croissante en eau, les pays de la région pourraient continuer à solliciter leurs réserves existantes mais le problème est que la plupart d’entre eux enregistrent déjà un pourcentage d’utilisation relativement élevé 1. La conséquence est qu’il n’est plus vraiment possible de puiser dans les réserves naturelles. Par ailleurs, la constitution de réserves d’eau alternatives - c’est-à- dire non conventionnelles - par le biais du dessalement ou des transferts inter- bassin ne représente pas une option crédible. Ces solutions ne sont pas toujours techniquement réalisables ou s’avèrent trop coûteuses – aujourd’hui, le dessalement de l’eau coûte toujours environ un euro par m³, malgré les déclarations optimistes des industriels du dessalement selon lesquelles le coût de ce procédé va vite chuter). Enfin, cette eau coûteuse n’est rentable que si elle est utilisée comme eau potable, ce qui ne répond, à ce jour, que partiellement à l’augmentation de la demande.

       - Le troisième élément déterminant dans le phénomène de pénurie actuel est la problématique du partage des réserves d’eau. Les conditions naturelles permettent à certains pays et régions d’être plus « riches » en précipitations et d’avoir un accès souvent plus aisé aux réserves d’eau que dans les régions sèches. Ce qui n’empêche nullement que le processus de décision politique dans le partage de l’eau - ou le partage de la pénurie d’eau - soit un facteur déterminant pour les possibilités de développement de certains secteurs ou groupes de population.


L’agriculture et l’eau

 Le secteur agricole absorbe 70 % de la consommation en eau dans le monde.Dans la Corne de l’Afrique, ce pourcentage est même encore plus élevé. L’agriculture basée sur les précipitations ne constitue qu’un faible pourcentage de la production agricole totale de la région ; les précipitations s’évaporent dans la plupart des zones de la région de la Corne de l’Afrique et dans les pays en aval du Nil avant même avoir pu s’infiltrer dans le sol. C’est pour cette raison que l’immense majorité des terres agricoles en Égypte et à Djibouti, où les précipitations sont très peu abondantes, sont des terres irriguées. En revanche, le faible pourcentage de terres irriguées en Éthiopie est principalement dû au fait que ce pays ne dispose pratiquement pas d’infrastructures d’irrigation. Les autorités éthiopiennes, qui se préparent à résorber ce retard, souhaitent irriguer, dans un avenir proche, une superficie agricole plus importante grâce notamment à l’eau du Nil.

 Le fait que l’agriculture exige de telles quantités d’eau - elle souhaite à l’avenir encore augmenter sa part - crée des problèmes de distribution internes au sein des différentes sociétés dont le développement économique et la modernisation - l’industrie et le secteur tertiaire et aussi les familles -  exigent des quantités d’eau plus importantes. Le point culminant de la consommation d’eau se trouve dans les secteurs du tourisme et des loisirs, en pleine expansion. Les touristes des pays industrialisés importent leurs habitudes de consommation occidentales dans une société qui doit gérer l’ « or bleu » avec beaucoup plus de parcimonie. Il en résulte que la croissance du tourisme - qui n’est pas encore un tourisme de masse, mais les gouvernements voient d’un bon œil le potentiel de croissance de ce secteur, avec l’apport de devises étrangères - dans les régions pauvres en eau entraîne l’apparition d’une concurrence directe entre les infrastructures sportives - terrains et piscines en tête - et les agriculteurs locaux et leurs familles.

 Les problèmes de distribution internes ne surgissent pas uniquement entre secteurs sociaux  mais apparaissent également entre des groupes de population. Le projet du gouvernement éthiopien visant à exploiter au maximum la rivière Awash pour l’agriculture irriguée intensive - qui représenterait alors 75 % de la superficie totale irriguée en Éthiopie - provoque l’apparition de conflits avec les bergers Afar locaux, qui utilisent la vallée Awash comme pâturage pour leurs troupeaux. Un programme de réhabilitation de l’Union européenne n’a d’ailleurs pas réussi à résoudre les problèmes sous-jacents du conflit, à savoir l’accès à des moyens de développement suffisants. 2

 Le fossé existant entre les riches et les pauvres engendre lui aussi un problème de distribution. Dans les villes, les groupes de population plus aisés bénéficient d’un accès à l’eau plus facile et relativement bon marché grâce à leur raccordement aux canalisations d’eau. Les pauvres, par contre, doivent investir plus de temps et fournir davantage d’efforts pour s’approvisionner, ce qui augmente pour eux le coût de l’eau. À Hargeisa, la capitale de la République autoproclamée de Somaliland, chaque habitant dépend de l’entreprise des eaux municipale. Environ 10 % de la population sont raccordés aux canalisations, consomment quelque 50 litres par tête et par jour et paient un demi euro par m³ pour leur consommation. Le reste de la population habite dans des logements non raccordables aux canalisations car il s’agit de taudis ou de huttes ; près d’un demi million d’individus doivent donc aller chercher leur eau dans l’un des 500 « kiosques » prévus à cet effet ou acheter un bidon à un commerçant en charrette tirée par un âne. Au kiosque, l’eau coûte 5 euros le m³ ; chez le commerçant ambulant, son prix peut grimper jusqu’à  15 euros par m³. Pour les tranches plus pauvres de la population de Hargeisa, l’eau coûte par conséquent 10 à 30 fois plus cher. 3


Des contrastes internes grandissants

 Sous la pression de la croissance démographique, certains pays défrichent davantage de terres agricoles afin d’assurer leur sécurité alimentaire. Ils plongent alors dans un scénario malthusien où il faut, pour permettre cet élargissement de la superficie agricole, faire de plus en plus appel à des terres marginales qui, antérieurement, avaient pourtant été considérées comme impropres à la culture. Ces terres ont par nature un rendement moins élevé parce que le sol est de qualité plus médiocre ou trop sec. Pour pouvoir néanmoins cultiver ces terres et atteindre les rendements souhaités, il est fait usage, bien plus qu’ailleurs, d’engrais artificiels et d’infrastructures d’irrigation, avec toutes les conséquences qui en découlent : épuisement du sol et désertification, épuisement et pollution des réserves d’eau en constante raréfaction.

 Les contrastes existant entre ville et campagne en matière d’accès aux réserves d’eau essentielles vont donc s’accroître, mettant les autorités face à un choix épineux: d’un côté, l’industrialisation et le tourisme apportent une importante valeur ajoutée par unité d’eau engagée ; de l’autre, le maintien de l’économie rurale fait office de tampon contre l’exode rural. Au sein même du secteur agricole, on constate un durcissement des contrastes entre la production orientée sur les besoins internes et la production de plantes fibreuses et alimentaires destinées à l’exportation, production qui permet de rapporter des devises mais qui exige un sol de bonne qualité et l’utilisation des maigres réserves d’eau.


Eau et environnement

 La relation entre la consommation d’eau, le degré de pénurie, les conséquences pour le développement et le potentiel de conflit fait partie d’un ensemble extrêmement complexe. La pression suscitée par la pénurie d’eau qui s’accroît met à mal les stratégies traditionnelles. Dans les cas extrêmes, ces sociétés se retrouvent plongées dans une situation de pénurie écologique en raison de la conjonction de problèmes divers : le manque de ressources - l’eau -, les évolutions environnementales négatives – le dessèchement, la pollution - et le partage inégal et la croissance démographique. Cette situation entraîne de funestes conséquences :             
     -   une aggravation de la pauvreté ;
  • une augmentation des efforts fournis au sein même de la société touchée ;
  • une dislocation des structures sociales ;
  • des migrations et des flots de réfugiés ;
  • une instabilité et des conflits ouverts.
  •   
     
Il est difficile de déterminer jusqu’à quel point ces stratégies sont efficaces, mais également de définir le point où la pénurie écologique fait basculer la situation dans un conflit écologique. 4

 Les effets précis qui surgissent dans certaines circonstances dépendent donc en grande partie de la capacité d’une société à gérer les répercussions négatives des pénuries d’eau. Une société possédant un important capital politique et institutionnel dispose de réglementations et d’instruments politiques permettant, par exemple, de mettre en place une gestion efficace de l’eau et poser les jalons d’une politique en faveur de la population. Le capital social comprend la palette de possibilités permettant aux individus de se défendre contre la pauvreté : système de sécurité sociale, soins de santé, enseignement. Le capital technologique englobe quant à lui l’accès à un réservoir de savoir et de science permettant d’imaginer des solutions aux problèmes ; le capital financier, enfin, permet à une société de traduire ces solutions dans la pratique.


La convention de l’eau à l’échelle mondiale toujours en attente

 Le monde compte actuellement 263 bassins fluviaux internationaux c’est à dire divisés entre différents pays. La demande croissante en eau entraîne de plus en plus souvent un problème de partage d’envergure internationale. Lorsque plusieurs pays revendiquent la même eau, ils avancent divers arguments servant à étayer leur « droit ». On peut, dans ce cadre, distinguer deux principes adversatifs :
  
  • Selon le principe de la souveraineté territoriale absolue, chaque pays décide pour lui-même où et comment utiliser l’eau qui coule dans les limites de ses frontières, sans avoir à tenir compte des intérêts et besoins d’autres pays ; ce principe est invoqué principalement par des pays situés en amont d’une rivière ou d’un fleuve - c’est-à-dire près de sa source.
  • Le principe d’intégrité territoriale absolue, par contre, se situe à l’autre extrême : il interdit de toucher à la quantité et à la qualité d’une eau qui coulerait de façon naturelle d’un pays à l’autre. Ce principe joue évidemment en faveur de pays situés en aval de la rivière ou du fleuve.
  •  
 Dans la pratique, on rencontre peu d’exemples de ces deux positions extrêmes. Elles n’apparaissent que là où toute coopération ou toutes relations pacifiques font défaut. Dans la majorité des cas, les pays concernés résolvent leurs problèmes de partage de façon amicale ; dans le monde, environ 700 accords formels ont d’ailleurs été conclus en s’appuyant sur des principes et des positions qui se situent entre ces deux extrêmes. En se basant sur cette pratique internationale et les avis d’éminents juristes, les Nations Unies ont travaillé pendant 27 ans à l’élaboration d’une « Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation » approuvée en avril 1997 par l’Assemblée générale.  6

 La Convention comprend une série de principes généraux acceptables pour les différents pays: raison et équité dans le partage, prévention des dommages, nécessité de protéger l’environnement, échange d’informations en vue d’une gestion de l’eau efficace, mécanismes de résolution pacifique des conflits et directives relatives à la protection des cours d’eau lors de conflits armés. 7 À ce jour, la Convention n’est pas encore entrée en vigueur car un nombre insuffisant de pays l’ont ratifiée, malgré la généralité des termes utilisés et le flou des principes énoncés. Cette situation tend à indiquer que les pays ont du mal à se soumettre à une réglementation internationale lorsqu’il s’agit de souveraineté par rapport à leurs réserves d’eau.

L’eau, source de conflit ?

 Sous l’influence des discours prononcés par des personnages influents comme l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Boutros Boutros Ghali ou le directeur de la Banque mondiale, Ismail Serageldin, un lien direct est souvent établi entre la pénurie d’eau et des guerres futures, dont le Nil constitue un exemple connu. Cependant, on ne dispose pratiquement d’aucune preuve empirique susceptible de démontrer que l’eau jouera effectivement le rôle de casus belli dans telle ou telle situation. En revanche, des recherches menées au niveau des relations internationales dans le cadre du partage de réserves d’eau ont montré que le nombre de cas où les États de la planète ont trouvé une solution pacifique à leurs éventuels litiges relatifs aux réserves d’eau partagées est de très loin supérieur au nombre de cas où l’eau a joué un rôle de casus belli - et encore, dans ces cas, l’eau ne constituait pas la cause directe du conflit. Néanmoins, il est tentant, dans l’exemple du Nil, de rechercher ce lien entre eau et conflit, en raison des foyers de conflit existants et de la pénurie d’eau grandissante.

 Le bassin fluvial du Nil s’étend sur le territoire de 10 États : le Nil Blanc, qui traverse le Burundi, le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda, le Kenya et la République Démocratique du Congo ; le Nil Bleu, qui traverse l’Éthiopie et l’Érythrée ; enfin, le Nil proprement dit qui traverse le Soudan et l’Égypte, en aval.

 Dans le bassin du Nil, l’Égypte et le Soudan, deux États situés en aval du fleuve, sont les antagonistes de l’Éthiopie et des pays d’Afrique Centrale situés en amont. L’Égypte est presque totalement dépendante du Nil pour l’eau potable, l’irrigation et l’industrie. Avec le Soudan, l’Égypte est par ailleurs le principal consommateur de l’eau du Nil. En 1959, ces deux pays ont conclu un accord de partage des eaux du Nil. Cet accord illustre à merveille le principe d’intégrité territoriale absolue : l’Égypte et le Soudan ont établi entre eux que les États en amont du fleuve n’étaient pas autorisés à augmenter leur ancienne part dans la consommation d’eau. Un pays comme l’Éthiopie, principal « fournisseur » du Nil pour plus de 85 % de ses eaux, n’est pas partie du contrat et donc pas impliqué dans l’accord. Malgré cela, l’Égypte pense que l’Éthiopie n’a pas le droit de toucher d’un « iota » au débit du fleuve. Par le passé, l’Égypte a fait savoir à maintes reprises que le pays était même prêt à organiser une intervention militaire dans ce cadre. À ce jour, cette menace n’en est restée qu’aux mots, mais l’Égypte a tout fait pour éviter que l’Éthiopie ne reçoive des fonds des institutions financières internationales. Ces prêts seraient destinés à mettre sur pied des projets d’irrigation et d’énergie hydraulique à grande échelle, que le pays souhaite exploiter pour étendre sa propre industrie et sa production agricole intérieure.

 Depuis le début des années 1990, les pays situés dans le bassin fluvial ont établi des liens de collaboration technique et politique plus étroits afin de tendre à une meilleure gestion du Nil. La « Nile Basin Initiative » est désormais considérée comme un instrument visant à harmoniser les intérêts parfois opposés des États riverains. Les avantages transfrontaliers qui en découlent grâce, en partie, à l’implication - les moyens financiers - de donateurs internationaux pourraient permettre d’éviter les conflits futurs. Malgré tous ces efforts, des tensions réapparaissent de temps à autres comme en janvier 2004 lorsque des pays d’Afrique centrale et orientale ont critiqué ouvertement l’Égypte parce que le pays refusait d’accorder aux autres pays une plus grande part dans la consommation d’eau.


2003, année internationale de l’eau

 Les Nations Unies ont proclamé l’année 2003 « Année internationale de l’eau douce ». L’attention toute particulière qui est accordée au thème de l’eau et à la relation entre eau et développement a été amorcée dans le sillage du Sommet mondial sur l’Environnement et le Développement organisé à Rio de Janeiro en 1992. Quelques années plus tard, la Banque mondiale évoquait également le lien entre la pénurie d’eau grandissante et les éventuels problèmes de développement qui en découlent, jusqu’à provoquer un effet de déstabilisation et des conflits internationaux.

  En décembre 2000, la Déclaration du Millénaire établissait à nouveau un lien évident entre la problématique de la pénurie d’eau douce et les problèmes de développement. L’objectif de toutes ces mesures est de réduire de moitié, à l’horizon 2015, le nombre d’individus n’ayant pas accès à l’eau potable ; par ailleurs, le Sommet mondial pour le Développement durable organisé à Johannesburg en 2002 a désigné un deuxième but à atteindre, également d’ici 2015 : réduire de moitié le nombre d’individus n’ayant pas accès aux installations sanitaires.


 Ces objectifs sont ambitieux et demandant de 10 à 30 milliards d’euros supplémentaires pour respecter le scénario élaboré. Aujourd’hui, on se rend compte que la tache est immense : dans le monde, plus de 220 000 individus par jour doivent recevoir l’accès à l’eau potable et 450 000 l’accès aux installations sanitaires. Pour souligner l’importance des objectifs à atteindre, les Nations Unies souhaitent proclamer la période de 2005 à 2015 « Décennie de l’eau ». En effet, trois ans après la déclaration du Millénaire et le énième engagement de la communauté internationale, aucun renversement de tendance ou progrès concret n’est constaté dans la Corne de l’Afrique.

 Pourtant, le renforcement des capacités et la moindre vulnérabilité des populations sont autant d’éléments essentiels pour protéger des sociétés contre les effets négatifs de la future pénurie en eau. Ce type de mesures permet de réduire le potentiel de conflit et contribue à mettre en place une stabilité indispensable au développement durable. La responsabilité des pays du Nord est pleinement engagée dans la prise en compte des problèmes d’eau vécus quotidiennement par les  pays du Sud.

  S.D.




Notes:


1 Le pourcentage d’utilisation est le rapport entre la consommation d’eau et les réserves d’eau renouvelables.

2 Conclusions de T. Allan et A. Nicoll, citées dans SIWI (2000).

3 Données émanant de la « Hargeisa municipal water authority » ; interview datant d’avril 2003.

4 Au sujet du débat concernant l’environnement, la pénurie écologique et le conflit écologique, cf. les rapports « Environmental Change & Security Project » du Woodrow Wilson International Center for Scholars.

5 Pour évaluer les risques encourus par différents pays et établir des comparaisons entre eux, on utilise des indices qui tiennent compte, non seulement de facteurs directement liés à l’eau - par exemple : quantité, qualité et utilisation -, mais aussi de l’état de développement - revenu moyen par habitant, degré d’alphabétisation, taux de mortalité infantile. Parmi ces indices, citons le Water Poverty Index (indice de pauvreté en eau) ou l’Environmental Sustainability Index (indice de durabilité environnementale). Pour plus de détails, voir UNESCO-World Water Assessment Programme Report Water for people, water for life.

6 103 pays ont voté en faveur de la Convention, 3 pays ont voté contre (Burundi, Chine et Turquie) et 27 pays se sont abstenus dont l’Egypte et l’Ethiopie tous deux antagonistes sur le Nil. Les autres abstentions concernaient les pays suivants : Andorre, Argentine, Azerbaïdjan, Belgique, Bolivie, Bulgarie, Colombie, Cuba, Équateur, France, Ghana, Guatemala, Inde, Israël, Mali, Monaco, Mongolie, Pakistan, Panama, Paraguay, Pérou, Rwanda, Espagne, Tanzanie et Ouzbékistan.

7 Avec les « Helsinki Rules on the uses of the waters of international rivers », l’International Law Association (ILA), Association de droit international, a amorcé en 1966 la codification de principes de droit international liés aux réserves d’eau internationales. Ces directives ont sensiblement influencé le contenu de la Convention des Nations Unies. Actuellement, l’ILA œuvre à une révision des « Helsinki Rules » qui devrait permettre, sur la base de nouvelles conceptions et pratiques, de contribuer à une évolution progressive du droit de l’eau international.