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01.07.2008
-  élections
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L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n
Religion et ethnicité





                                               ETHIOPIE-ERYTHREE






Le poids de
l'orthodoxie
  Joachim Persoon*  
                                                                                         






* Joachim Persoon est titulaire d'un doctorat d'Etudes religieuses " Moines et cadres dans le pays du prêtre Jean. Une étude interdisciplinaire du monachisme éthiopien moderne", School of Oriental and African Studies, Université de Londres, 2003.






  La Corne de l’Afrique a été associée depuis les temps anciens avec les trois grandes religions monothéistes, le Christianisme, le Judaïsme et l’Islam. Alors que de nombreux écrits actuels ne considèrent la religion que comme un élément pittoresque du passé, c’est aussi un aspect dynamique de la vie moderne. D’où l’importance de rendre justice à la façon dont la religion joue un rôle majeur dans la vie quotidienne de la population et a une influence directe sur la politique et d’autres aspects de la vie nationale.

  

L’orthodoxie éthiopienne après la chute du communisme

 L’Eglise orthodoxe éthiopienne survécu remarquablement bien aux dix-sept années de pouvoir communiste. Des mesures drastiques telles que la confiscation des terres appauvrit l’Eglise orthodoxe mais paradoxalement la libéra de ses signes extérieurs féodaux impopulaires, la rendant ainsi plus attachante auprès des masses. La propagande athée provoqua un regain religieux visible d’abord dans la sphère orthodoxe. L’Eglise constituait un des rares espaces alternatifs à la politique où les groupes les individus pouvaient se reconnaître et interagir. Pendant cette période, l’Eglise orthodoxe éthiopienne, accessoire du gouvernement impérial a été capable de se transformer en un mouvement populaire.

 La guerre civile prolongée et le projet de formation d’un état central obligèrent les communistes à accepter un compromis sur un statut privilégié de l’Eglise orthodoxe. Néanmoins, après le changement de régime en 1991, le statut spécial de la communauté orthodoxe était remis en cause, ouvrant la voie à une concurrence étrangère renforcée. Dans certaines régions, les minorités orthodoxes devaient faire face à la persécution et les régions historiques de la patrie orthodoxe étaient économiquement délaissées. Les troubles politiques firent de l’Eglise le noyau symbolique et défendu de l’identité. La vitalité retrouvée était évidente dans les nombreux projets de construction d’églises, visibles dans des centres comme Addis-Abeba et Gondar. Une identité orthodoxe multi- ethnique plus inclusive apparut plus visiblement dans les fêtes orthodoxes. Des monastères au Lac Zwey et à Mehur Yesus se spécialisèrent dans la formation et l’évangélisation sur le terrain des populations du sud.


Entre ouverture et appartenance

 Le nouvel élan des églises protestantes obligea l’orthodoxie à se réorganiser et devenir plus compétitive sur le « marché » religieux. Les écoles du dimanche (inspirées par les pratiques des égyptiens coptes) et les séances de cours du soir devinrent la norme. Une grande variété d’associations liées à l’Eglise ainsi que des assemblées informelles favorisèrent un sentiment d’engagement personnel dans la foi orthodoxe. L’orthodoxie éthiopienne s’est développée comme une forme de religion très segmentée présentant partiellement des traits caractéristiques de l’orthodoxie universelle tels que le fondamentalisme et le nationalisme religieux. Pendant l’ère post-communiste, l’assiduité aux services religieux resta populaire, comme l’a montré la participation massive aux rites de pèlerinage, notamment à Kulubi Gabriel. L’accent mis sur le lien entre la religion et la communauté causa des tensions et occasionnellement de violentes confrontations avec d’autres Eglises locales. Comme en Europe de l’est, c’est aussi dans ces confrontations avec d’autres groupes religieux qui florissaient grâce à leurs contacts internationaux que l’identité orthodoxe a pu se reformuler. La Commission de Développement orthodoxe indiqua que les orthodoxes étaient résolus à établir leur propre réseau international pendant que la diaspora encourageait l’ouverture et l’échange d’idées.


L’Eglise orthodoxe et l’influence de l’élément religieux dans le mouvement pour l’indépendance de l’Erythrée

 L’Erythrée et l’Ethiopie partagent le même héritage orthodoxe chrétien non- Chalcédonien11 L’Eglise éthiopienne, l’Eglise copte et d’autres anciennes Eglises du Moyen-Orient rejettent le Concile de Chalcédoine (451 AD) et la doctrine des deux natures du Christ, en affirmant que le Christ a une nature à la fois humaine et divine. Pour cela, l’Eglise éthiopienne se nomme Tewahedo, c’est-à-dire une nature unie. et sémitique. Cependant, l’islam a progressivement dominé le littoral de la mer rouge, ce processus culminant au 19ème siècle. Les lois répressives des gouvernants ottomans et les activités des fraternités Soufi telles que Khatimiya Tarika renforcèrent l’islam comme la religion dominante des basses terres côtières, pendant que les hauts plateaux restaient majoritairement chrétiens orthodoxes, les deux religions revendiquant l’allégeance de 50 % de la population. Cinquante-six ans de pouvoir italien créèrent effectivement l’Erythrée, mais leur défaite laissa un vide stimulant les allégeances religieuses traditionnelles et ethniques. De 1941 à 1952, l’Erythrée fut gouvernée par les britanniques et par la suite fédérée avec l’Ethiopie avant d’être annexée seulement en 1961.

 Pendant les querelles politiques des années 1940, les érythréens musulmans affichèrent des sentiments pro-arabes. Pourtant, soutenus par l’Eglise orthodoxe, les liens religieux et de parenté devinrent le point de ralliement pour ceux défendant l’union entre l’Erythrée et l’empire. L’alliance des églises érythréennes avec l’empire éthiopien changea l’équilibre en faveur des éléments pro-unionistes, utilisant la chaire pour « convertir » les gens à l’union politique. L’archevêque Marcos, une personnalité nommée par les italiens à la tête de l’Eglise orthodoxe érythréenne, utilisa le fort soutien à la cause unioniste pour renforcer sa position, menaçant les sécessionnistes d’excommunication. L’engagement éthiopien précipita le retour des clivages ethniques, religieux et provinciaux, qui avaient été subordonnés aux sentiments anti-colonialistes et nationalistes plus universels.



Intimité du politique et du religieux

 En 1958, le mécontentement se manifesta par la création d’un Front de Libération de l’Erythrée (FLE) par cinq jeunes musulmans érythréens exilés à Port Soudan.  En 1960, un sentiment général de trahison par les chefs traditionnels étant devenu de plus en plus évident, les activités nationalistes du FLE devinrent plus importantes. Le démantèlement des institutions érythréennes menées d’une main de fer par le pouvoir éthiopien favorisa un sentiment national pan-érythréen. Les premiers coups de feu de la lutte armée furent tirés en 1961. Dès 1965, les dirigeants du Front de Libération du Peuple Erythréen (FLPE) s’imposèrent sur la scène politique. Misant sur les peurs musulmanes face à une fédération Ethiopie-Erythrée, le FLPE utilisa les fidélités traditionnelles pour gagner une redoutable base de pouvoir dans les politiques de patronage, combinée avec un soutien arabe. Le jeu des factions et les frictions endémiques ethno- religieuses se renforcèrent et se multiplièrent.

 Le Gouverneur général de l’Erythrée, Asrate Kassa, utilisa le sentiment anti- musulman et poussa des jeunes érythréens chrétiens à prendre les armes contre le FLE ; ils sont devenus une division anti-guérilla entraînée par Israël, les commandos 101. Il en résulta une discrimination à l’encontre des recrues chrétiennes du FLE, exacerbant les animosités interreligieuses. La guerre civile des années 1970 et du début des années 1980 entre le FLE et le FPLE compliqua la lutte de libération. Ce n’est qu’avec l’émergence d’un FPLE fort, qui coopérait avec le Front de Libération du Peuple Tigréen (FLPT, originaire de la province la plus au nord de l’Ethiopie actuelle), que le régime oppressif du Derg22 Derg, qui signifie comité en amharique, désigne le pouvoir militaire qui gouvernait l’Ethiopie après la révolution (1974), jusqu’à sa chute en 1991.  pouvait être renversé (1991) et l’indépendance obtenue (1993). L’affinité traditionnelle et l’alliance entre les habitants orthodoxes de l’Erythrée et de la région du Tigré contribuèrent ainsi au changement de régime et à la résolution du conflit.

 Après avoir été cooptée par le régime impérial, l’Eglise orthodoxe en Erythrée se sentit obligée de se dissocier de l’Ethiopie. Unilatéralement, elle se déclara Eglise nationale indépendante.  Le patriarche copte Shenouda III ordonna  au Caire, en 1994, cinq évêques pour l’Erythrée. De prime abord, cela fut considéré comme une interférence malvenue par l’Eglise orthodoxe en Ethiopie et causa quelques tensions. Finalement, les éthiopiens se résignèrent à la séparation érythréenne. En avril 1998, Abuna Phillipos, l’évêque d’Asmara et ancien père supérieur de Debre Bizen était ordonné patriarche au Caire. Quand je le rencontrais en janvier 1998, il parla avec chaleur de ses anciens collègues éthiopiens mais insista sur le fait qu’il ne saurait y avoir d’intervention dans les affaires érythréennes et que l’Eglise érythréenne était totalement indépendante.

L’effet du récent conflit frontalier sur la situation religieuse en Ethiopie et en Erythrée

 Le résultat immédiat de la guerre frontalière entre l’Ethiopie et l’Erythrée (qui débuta en 1998) fut la destruction des églises dans la zone des combats et le déplacement des populations. L’Ethiopie étant un pays beaucoup plus grand, la guerre eu moins d’impact sur la scène éthiopienne. Jusqu’en 1998, le gouvernement se méfiait du lien entre Eglise nationale et sentiment patriotique national car il allait à l’encontre de sa politique fédérale. Malgré cela, la guerre rétablit une conscience et un sens de l’identité nationale liés à l’affiliation religieuse. Il y a eu beaucoup de dissensions au sein de l’Eglise orthodoxe éthiopienne, en partie dues à des tensions ethniques et à des tentatives d’introduction d’un système d’administration de l’Eglise autoritaire et plus centralisé. Le soutien pour l’effort de guerre de l’actuel patriarche éthiopien, Abuna Paulos, lui permit facilement d’affermir son contrôle sur l’Eglise, et d’affaiblir les factions internes qui lui étaient opposées. L’Eglise nationale norvégienne invita en 2000 les chefs religieux d’Ethiopie et d’Erythrée à des réunions de réconciliation à Oslo, qui eurent une haute signification symbolique.

 En Erythrée, l’impact de la guerre était plus vivement ressenti, et ses conséquences négatives causèrent des tensions politiques croissantes. La participation de membres clés dans les églises de toutes dénominations diminua alors qu’ils étaient appelés au front et souvent n’en revenaient pas. La sensibilité du gouvernement à la critique augmenta et le rendit plus intolérant. Un assez grand nombre de soldats érythréens furent convertis pendant la guerre avec l’Ethiopie après avoir écouté des émissions radiophoniques protestantes en langue vernaculaire. Ils subirent des punitions sévères, voire la mort à ce qui est parfois prétendu 33 Voir le site internet de Solidarité Chrétienne. Des rapports récents indiquent une continuation de ces tendances, avec des répressions de congrégations protestantes indépendantes, aboutissant à des arrestations à Asmara en septembre 2003.  Cinquante-sept jeunes gens furent arrêtés et sont enfermés depuis août dans des conteneurs métalliques pour avoir eu des bibles sur eux pendant un camp d’entraînement militaire à Sawa, en Erythrée 44 Voir le site internet de Compass Direct.. La tension croissante entre éthiopiens et érythréens se fit sentir même dans la diaspora en Europe, des gens qui avaient l’habitude de célébrer le culte ensemble refusant désormais de le faire (par exemple à Rotterdam, aux Pays-Bas).

 L’Orthodoxie éthiopienne et érythréenne suivent pourtant les mêmes rites et coutumes, malgré quelques différences pratiques dues à la variabilité des circonstances politiques et sociales. Les moines érythréens résident rarement dans les villes comme c’est aujourd’hui la norme en Ethiopie et on les voit peu autour des églises. Les ermites qui se déplacent en prêchant sont aussi moins visibles. Cela rend le sentiment de la connexion entre culture nationale et culture religieuse moins perceptible. Par exemple je remarquais, au magnifique festival de l’Epiphanie (Baptême du Christ) à Asmara en 1998, que seul un faible pourcentage de la population semblait impliqué dans la célébration. En contraste, au même festival à Addis-Abeba, toute la ville s’arrête lors des processions portant les tabots 55 Les Tabots sont des représentations des Tables de la Loi que Dieu a données à Moïse qui consacrent chacune des églises du pays.,  qui vont et viennent des points d’eau qui sont au cœur de cette célébration.

 En Erythrée, un ministère des affaires religieuses contrôle tous les aspects de la vie religieuse alors qu’en Ethiopie une institution similaire fut dissoute après la chute du régime communiste. Il y a eu une certaine controverse à propos des mouvements de jeunesse à tendance protestante dans les deux églises. Cependant, la situation en Ethiopie n’était en rien comparable avec celle de l’Erythrée où des milliers de personnes furent impitoyablement supprimés. En 2001, dans deux églises orthodoxes à Asmara, des jeunes gens furent battus, leurs biens saccagés, et les bibles et autres écrits religieux furent brûlés dans des attaques officiellement consenties. De tels évènements ont eu un impact négatif sur l’adhésion des jeunes à l’Eglise.

 L’utilisation des symboles indique la variabilité des attitudes à l’identification religieuse. Malgré ses associations islamiques, le chameau est devenu symbole national en Erythrée en raison de son rôle au service de l’effort révolutionnaire. Les églises ont disparu des affiches touristiques en Erythrée, alors qu’elles restent bien en évidence en Ethiopie.


L’impact des groupes religieux étrangers basés en Ethiopie fédérale et en Erythrée indépendante

 Le mouvement charismatique était actif dans la plupart des églises protestantes depuis les années 1960 et supportait un modèle religieux adapté au contexte africain, fondé plus sur l’expérience que sur le fondamentalisme. Les pentecôtistes et les évangélistes souffrirent beaucoup sous le régime communiste mais s’organisèrent efficacement dans des opérations clandestines. Après la chute du communisme, les groupes évangéliques en Ethiopie entamèrent un processus de consolidation et de croissance rapide. Le mouvement pentecôtiste diffusa son message sur les vagues de la mondialisation, constituant une réponse à la crise des anciens modèles d’identification. Le pentecôtisme apparut comme une communauté imaginée alternative, se développant face à des tensions ethniques et régionales et des crises politiques. Il s’est associé aux processus d’évolution rurale, de développement urbain et de mobilité sociale.

Les églises pentecôtistes et évangéliques

 L’Eglise Mekane Yesus (luthériens - deux millions de membres) a été en partie impliquée avec des groupes anti-gouvernementaux comme le Front de Libération Oromo (FLO). L’Eglise Kale Heywot a plus de membres mais un profil national moins important en raison de sa précédente direction étrangère [Mission Intérieure du Soudan]. Mulu Wangel, la plus grande et plus ancienne église pentecôtiste en Ethiopie est indépendante mais a des contacts internationaux. L’Eglise charismatique Meserete Christos (à l’origine une mission Ménonite) est l’église qui se développe le plus rapidement, pénétrant même la province conservatrice du Gojjam. La plupart des autres églises protestantes ou pentecôtistes opèrent dans les villes ou dans une région particulière, évitant ainsi les tensions ethniques. En 1960, les Eglises évangéliques comptaient moins de deux cent mille membres, soit à peine 1 % de la population. En 1984, ils en représentaient 7 %, et en 1994, 11 %. En 1997, ils étaient huit millions en Ethiopie soit 14 % de la population.

 Le gouvernement érythréen semble faire de son mieux pour éviter un phénomène similaire dans son pays. Les premiers à faire l’expérience de la répression furent les Témoins de Jéhovah, qui refusèrent de participer au référendum sur l’indépendance. L’animosité initiale des chefs de la guérilla à l’égard des mouvements religieux occidentaux continua. Après avoir gagné la guerre de libération (1991), les gens attendaient la liberté religieuse ; cependant, seuls les orthodoxes, les musulmans, les catholiques et les luthériens furent reconnus. En 1995, une nouvelle loi ordonna à tous les groupes religieux de se faire réenregistrer. L’Eglise Kale Heywot fut déclarée illégale. Au début, les offices du culte continuèrent avec quelques difficultés mais en 2002, ils furent obligés, avec d’autres églises, de fermer les offices du culte. Face aux avertissements des responsables politiques érythréens, l’exercice d’un culte clandestin donna lieu à de nombreuses arrestations et apparemment plusieurs morts.

 En Erythrée, les principaux groupes protestants sont à peu près de la même taille : la Mission de la Foi (méthodistes), Kale Heywot et Mulu Wangel comptent maintenant environ 20 000 membres. Les luthériens comptent 10 à 15 000 personnes et il y aurait environ 10 000 orthodoxes de tendance évangélique. Dans les années 1980, les évangélistes ne représentaient que quelques centaines de personnes, ce qui indique une croissance rapide. Diverses propositions ont été avancées pour expliquer les politiques anti-évangélistes. Elles résulteraient de la volonté de préserver l’équilibre délicat entre les communautés religieuses ou de calmer la colère des orthodoxes à l’égard de groupes qui « voleraient » leurs jeunes gens. Les évangélistes prétendent qu’ils constituent un des rares groupes que le gouvernement ne parvient pas à contrôler et ils profitent du ressentiment général contre le gouvernement pour élargir leurs congrégations. Ils ajoutent qu’il est ironique que les membres de l’Eglise orthodoxe soient tenus pour responsables de l’annexion de l’Erythrée par l’Ethiopie en 1961, alors que les évangélistes étaient les premiers à s’y opposer et pourtant restent aujourd’hui persécutés.

L’église catholique et le rôle des ONG

 Le catholicisme régional a une forte connotation ethnique à cause des politiques précédentes qui encourageaient l’établissement de missions dans des régions périphériques. En Ethiopie l’Eglise catholique de rite oriental compte 200 000 fidèles et existe officiellement depuis 1939. Le catholicisme éthiopien actuel embrasse deux stratégies différentes : une branche nord liée avec la grande tradition sémitique éthiopienne, et une branche sud plus orientée localement.
L’Eglise catholique érythréenne, qui suit le rite Geéz 66 Le rite catholique dans l’ancienne langue éthiopienne, le Geéz., est l’une des rares institutions à ne pas avoir rompu ses liens avec ses homologues éthiopiens et choisit plutôt de participer aux mêmes conférences épiscopales. Les catholiques d’Erythrée appartiennent souvent à des groupes minoritaires tels que les Bilen et Kunama. Ils représenteraient 5 % des 3,5 millions d’habitants du pays, bien que leurs immeubles et institutions dominent le cœur de la capitale. La fonction de l’Eglise catholique comme catalyseur du développement dépasse sa force numérique. Au cours du 20ème siècle, le catholicisme éthiopien et érythréen se métamorphosa d’une institution essentiellement étrangère en institution avec des responsables locaux utilisant un discours moderne pour explorer et développer les traditions indigènes ; un profil politique bas a garanti une certaine tolérance de la part des différents régimes.

 Le secteur des ONG a de plus en plus dominé l’interaction entre la chrétienté internationale et l’Ethiopie, soulignant la présence publique de certains groupes religieux, justifiant la présence de personnel d’église et même contribuant à une croissance confessionnelle. Formées par des groupes de volontaires souvent religieux, engagés dans l’aide d’urgence et l’éradication de la pauvreté, les ONG gagnèrent en influence en raison de leur popularité avec les gouvernements et de leur position médiane entre le monde industrialisé et le monde en voie de développement. Récemment, pour canaliser les financements des ONG internationales, le gouvernement éthiopien a encouragé l’établissement d’ONG locales, tandis qu’en Erythrée presque toutes les ONG ont définitivement fermé. Le gouvernement préfère mobiliser ses nationaux pour les projets de développement.


Les mouvements religieux entre l’état et la population

 Les modèles d’affiliation religieuse en Ethiopie et en Erythrée ne sont pas statiques. L’idée qui vise à faire de l’Ethiopie une entité orthodoxe monolithique a été remise en question. La signification de plus en plus politique de ce qui était considéré autrefois comme la périphérie a donné une plus grande importance à l’islam et aux églises missionnaires protestantes et catholiques. L’Ethiopie est clairement plus affectée par les mouvements internationaux d’idées, y compris les influences religieuses telles que le développement du mouvement pentecôtiste et de l’islam militant. Les derniers vestiges de l’ancienne alliance entre Eglise et état ont été démolis et l’ouverture, nouvelle, fait partie des politiques gouvernementales.
En Erythrée  au contraire, à l’intérieur du parti unique, le contrôle central a été renforcé, et les effets de la récente guerre frontalière ont conduit le gouvernement à davantage d’intolérance. Cela a été vivement ressenti par les chrétiens protestants qui en sont arrivés à être considérés comme des éléments de subversion. Néanmoins, à  long terme, il est probable que les mesures répressives alimentent le mécontentement et galvanisent l’opposition.

 Comme dans d’autres pays qui ont tourné le dos au communisme, l’ethnicité se réaffirme elle-même et les orthodoxes, qui sont écrasés par la concurrence étrangère financée, ont réagit agressivement, bien que l’on note des signes positifs comme les initiatives de paix conjointes concernant la guerre éthio- érythréenne et la coopération dans les programmes de lutte contre le sida. La religion a été traditionnellement un moyen de mobilisation de la population en Ethiopie et en Erythrée pour exprimer la solidarité et travailler ensemble pour le bien commun. Les églises et les monastères ont été des centres d’aide et de confort pour les pauvres et les gens en détresse, et aussi des sources de savoir culturel indigène avec des aspects pratiques utiles comme la médecine à base de plantes et l’agriculture écologique responsable. Les organisations religieuses ont un potentiel unique pour mobiliser les communautés locales, améliorer leur propre sort et développer des initiatives en harmonie avec les conditions et coutumes en usage. Les mouvements religieux sont inestimables dans le développement de la société civile, conceptualisé comme l’espace entre l’état et la communauté ou la famille, et essentiel pour une véritable démocratie. Les organisations religieuses sont capables d’utiliser les sources traditionnelles de référence et de survie dans les cultures éthiopienne et érythréenne, et en agissant ainsi, elles contribuent à un renouvellement national durable.


J. P.




Notes:


1 L’Eglise éthiopienne, l’Eglise copte et d’autres anciennes Eglises du Moyen-Orient rejettent le Concile de Chalcédoine (451 AD) et la doctrine des deux natures du Christ, en affirmant que le Christ a une nature à la fois humaine et divine. Pour cela, l’Eglise éthiopienne se nomme Tewahedo, c’est-à-dire une nature unie.

2 Derg, qui signifie comité en amharique, désigne le pouvoir militaire qui gouvernait l’Ethiopie après la révolution (1974), jusqu’à sa chute en 1991.

3 Voir le site internet de Solidarité Chrétienne

4 Voir le site internet de Compass Direct.

5 Les Tabots sont des représentations des Tables de la Loi que Dieu a données à Moïse qui consacrent chacune des églises du pays.

6 Le rite catholique dans l’ancienne langue éthiopienne, le Geéz.

  J.P.


  J.P.