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Actualités
01.07.2008
-  élections
Bienvenue
L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n


Soudan










L'interminable
recherche de la paix

  Père Hubert Barbier*  
                                                                                         






*Père Hubert Barbier , Missionnaire d'Afrique, Père Blanc, est sécrétaire général de l'association "Vigilence Soudan". Il publie un bulletin mensuel et trimestriel (31, rue Friand 75014 Paris).




  Juste avant la proclamation de l'indépendance le 1er janvier 1956, une mutinerie eut lieu dans le Sud du Soudan – qui représentait le quart de la population totale estimée à 32 millions d’habitants -, marquant le début d'une lutte fratricide entre le Nord – arabe à 40 % - et le Sud –africain à plus de 60 % - qui durera 17 ans et fera environ 800.000 morts jusqu’à la signature de l’accord d’Addis-Abeba. Dès les premières heures de l’indépendance, le slogan qui circulait « une seule langue, une seule religion, un seul pays », exprimait la politique du nouveau gouvernement de Khartoum à l’égard du Sud qui parlait l’anglais, ne comptait que 7% de musulmans et souhaitait une fédération. Pour Khartoum, la langue anglaise et la religion chrétienne constituaient des obstacles à l'unité nationale et surtout au processus d’arabisation et d’islamisation qui se mettait en place et évolua en plusieurs étapes :



Les chrétiens sous contrôle

    La mainmise sur les écoles missionnaires

 Près de 350 écoles catholiques et protestantes, comptant environ 30.000 élèves furent confisquées en avril 1957 et malgré les promesses du ministre de l’Education, les écoles de la province du Haut Nil furent obligées, très rapidement, d’adopter le modèle coranique. A partir de 1961, dans les deux autres provinces du Sud, leur accès fut progressivement interdit aux missionnaires, dans le but de transformer ces écoles en instrument concrets d’islamisation. L’escalade de la guerre anéantit tout système éducatif dans le Sud.

   Le vendredi musulman au lieu du dimanche chrétien
 
 Dès février 1960, le gouvernement de Khartoum décréta que le jour de repos hebdomadaire dans le Sud serait le vendredi au lieu du dimanche. Les chrétiens et les animistes du Sud se rendirent compte, pour la  première fois, que le gouvernement avait réellement l’intention de leur imposer l’Islam, ce qui suscita protestations et répression. En 1964, le dimanche redevint cependant le jour de repos hebdomadaire dans le Sud.

   La loi sur les sociétés religieuses

 Le gouvernement promulgua, en mai 1962, la « loi sur les sociétés religieuses » qui interdisaient aux prêtres, religieuses et religieux, d’exercer leurs activités sans une autorisation qui ne pouvait être accordée que par le Conseil des ministres. L’objectif de la loi  qui était de paralyser les activités des Eglises du Sud, eut un effet inverse dans le Sud : le nombre des fidèles de l’Eglise catholique augmenta comme jamais auparavant. Cette année-là 100.000 habitants de la province de l’Equatoria se firent baptiser.

   Expulsion de tous les membres du clergé étranger

 En 1964, le gouvernement expulsa les missionnaires qui travaillaient dans les provinces du Sud. Au moment de la confiscation des écoles chrétiennes en 1957 et en 1958, il y avait quelques 460 missionnaires - 360 catholiques et 100 protestants. Le gouvernement tenta de justifier leurs expulsions en les accusant d’être de connivence avec les « rebelles ».

    La destruction de biens ecclésiastiques

 A partir de 1965, les bâtiments des missions devinrent la cible privilégiée des opérations militaires. Les lycéens et les séminaristes du Sud furent systématiquement l’objet d’une chasse à l’homme. Aux yeux de la plupart des politiciens du Nord, un homme du Sud instruit était un « facteur de trouble potentiel ».

 Le 25 mai 1969, avec l'aide des communistes, les militaires portèrent le colonel Gaafar Mohamed Nimeiri au pouvoir qui promis dès le 9 juin, l'autonomie générale pour le Sud et le développement intensif de la région sur les plans social, économique et culturel.  Il nomma un ministre des Affaires du Sud et par la suite élimina les communistes - juillet 1971 - qui avaient tenté de le renverser.


L'Accord d'Addis Abeba

 Avec l’aide de la société civile, des différentes Eglises et sous l’égide de l’Empereur d’Ethiopie, Ali Sélasié, le président Nimeiri ramena la paix entre le Nord et le Sud par la signature des accords d'Addis-Abeba en mars 1972 donnant une autonomie régionale au Sud et garantissant une totale liberté culturelle et religieuse - ce qui fut inscrit dans la constitution de 1973. L'Accord d'Addis-Abeba prévoyait :
  
  • un système fédéral pour l'ensemble du Soudan dans lequel le Sud avait une entité, c'est-à-dire une autonomie régionale avec un gouvernement - Conseil exécutif - et des ministres régionaux ;
  • un développement du Sud qui lui permette de parvenir à la parité avec le Nord ;
  • une participation équitable des sudistes au gouvernement central et à ses divers organismes ;
  • une constitution et un droit laïques pour l'ensemble du pays ;
  • la liberté religieuse et la non-discrimination pour des motifs ethniques ou religieux ;
  • la protection des cultures et des langues locales.

 La Constitution de mai 1973 - avec comme base la constitution de 1956 -  dans laquelle l'article 14 rappelait que « la société soudanaise est fondée sur les principes de liberté, d'égalité et de justice », constatait en particulier :
  
  • Les soudanais forment une seule nation.  Ils sont unis par des valeurs religieuses et humaines communes et par des liens de la coexistence, de la solidarité et du patriotisme. Ils sont diversifiés par la multiplicité des appartenances religieuses et culturelles.
  • La majorité des Soudanais sont religieux.  La Constitution protège :

     
                   * la dignité et l'unité des Soudanais ;
                  * le respect et le droit d’expression de la croyance religieuse dans tous les aspects de la vie ;
                   * la liberté de choix de la croyance et de la pratique religieuse ;
                  *  la justice, l’égalité et la paix entre les adeptes des différentes religions.  Aucune contrainte ne sera exercée en matière d'affiliation religieuse. Les non-musulmans ont donc le droit d'exprimer librement les valeurs de leur religion dans leur intégralité.
                  * l'État est le point commun de tous les croyants et de tous les citoyens du Soudan ; il doit donc veiller à la Liberté et à l'Égalité de tous, c’est à dire la liberté de croyance et de culte,  la garantie du caractère privé de chaque homme, la non exclusion de la fonction publique pour raison d'appartenance religieuse, la garantie de liberté de dialogue et la liberté de la presse.
                   * le Soudan est un seul pays lié par une unique appartenance, commune à sa nation et à sa terre mais il est divers quant à ses origines ethniques et à ses coutumes locales ou culturelles. C'est pourquoi la constitution de 1973 respecte l'origine ethnique et tribale et note que l'État, en matière de politique internationale et nationale, prendra en compte l'apport des différentes cultures.

 En juillet 1977, une rencontre secrète entre le président Nimeiri et le chef du Parti Umma, Sadek el-Mahdi, annonce une « réconciliation nationale ». Le Dr. Hassan el Tourabi - Frère musulman - est nommé président d'un comité chargé de réviser la législation, dans un sens islamique. En août 1979, il devient ministre de la Justice.
Après la découverte du pétrole dans le Nord et surtout dans le Sud, le président soudanais tente, en 1980-1981, de modifier les frontières entre le Nord et Sud pour inclure dans le Nord les puits de pétrole du Sud. Les députés s'opposent au projet et Nimeiri est obligé de le retirer mais il casse, de sa propre autorité, en avril 1983, l'Accord d'Addis Abeba, allant contre l'Acte d'Autonomie Régionale du Sud signé en mars 1972 dont l'article 2 stipulait :

« Cet accord ne peut être modifié que par la majorité des trois quart des membres de l'Assemblée Nationale -élue démocratiquement- et par l'approbation de la majorité des deux tiers des citoyens du Sud Soudan par un référendum ».

 Pourquoi cet Accord d'Addis Abeba qui avait mis fin à 17 ans de guerre fratricide et qui avait permis au Soudan d'avoir une ère de paix et de liberté et une première unité du Sud, pendant plus de 11 ans, a-t-il été brisé ?  Pourquoi les combats ont-ils repris à la même époque dans le Sud ?

 Cette nouvelle période, commencée en 1972, devait apporter au Sud reconstruction et développement. En juin 1983, se tenait à Juba (Sud Soudan) la conférence économique sur les problèmes du Sud qui faisait le bilan du plan de développement de six ans (1977-1983).  On s'aperçut que seulement 20 % de la somme déjà modeste de 225 millions de dollars prévue en six ans pour le Sud, avaient effectivement été versés. La plupart des projets commencés après l'accord d'Addis-Abeba n'étaient pas terminés ou bien fonctionnaient à 10 ou 20 % de leur capacité. « Le Sud était resté exactement dans l'état où il était lorsque la guerre s'était terminée dix ans auparavant » (The Economist, 29 mai 1982).
Pendant ce temps, les richesses naturelles du Sud étaient utilisées par le Nord sans compensation. Après avoir échoué dans sa tentative de changer les frontières entre le Nord et le Sud, le Président Nimeiri avait transformé le Sud et ses puits de pétrole en une nouvelle « province de l'Unité », rattachée directement au gouvernement central de Khartoum.

L’application de la chari’a

 Sous la pression des Frères musulmans qui étaient revenus dans le gouvernement à la demande du Président Nimeiri, celui-ci promulgue le 8 septembre 1983 un ensemble de mesures - dont un nouveau code pénal - que l'on résume sous le terme de charia Ces mesures renforcent la dictature et lui donnent un moyen « légal » d'écraser toute opposition. Mais un an plus tard, alors qu’il veut faire voter des amendements à la constitution de 1973 pour la rendre «conforme à la loi islamique», c'est à dire faire du Soudan une République islamique, le Parlement s’y oppose. En avril 1985, un soulèvement populaire renverse le président Nimeiri. Le pays est alors dirigé par un Comité Militaire de Transition qui met en place un gouvernement civil avec la mission de préparer une nouvelle constitution et des élections libres en avril 1986. Ces élections démocratiques (mais 31 circonscriptions du Sud n'ont pas pu voter à cause de la guerre) donnent naissance à un gouvernement civil, dirigé par M. Sadek el- Mahdi, chef du parti UMMA.

 L’accord de novembre 1988 entre le Parti Démocratique Unioniste (PDU) et l’Armée de Libération des Peuples du Soudan (ALPS) de John Garang qui protégeait l'Unité du Soudan, demandait notamment :
  • L'abolition de la Charia (loi islamique) par une résolution du Conseil des ministres qui serait présentée au Parlement pour la transformation en une loi ;
  • L’abrogation du traité Nimeiri de défense avec l'Égypte ;
  • L’abrogation du protocole de défense avec la Libye et de tout autre accord de défense passé avec cet état ;
  • La levée de l'état d'urgence dans tout le pays. Un cessez-le-feu agréé par les deux parties deviendrait effectif après la levée de l'état d'urgence.

 Cet accord, adopté le 26 mars 89 par le gouvernement sous le nom d'accord de paix, est approuvé le 3 avril 1989 par l'Assemblée constituante par 128 voix contre 23. Sous la pression de 150 officiers supérieurs le Premier ministre est obligé de se défaire des ministres du Front National Islamique (FNI).
M. Mohamed Youssef Mohamed (FNI, intégriste), Président de l'Assemblée Constituante donne sa démission.  Les cinquante députés du Front National Islamique (sur le total de 260 députés) décident de boycotter les travaux de l'Assemblée constituante. M. Ali ai-Haj Mohamed, député et membre du bureau politique du FNI, indique que son parti était décidé à poursuivre le boycottage « jusqu'à l'édification d'un État islamique, but pour lequel nous sommes prêts à nous sacrifier ». Le FNI a pris cette décision, dit-il, en signe de protestation contre l'ajournement par l'Assemblée, jusqu'à la réunion d'une Conférence constitutionnelle, de ses débats sur l'application éventuelle de lois islamiques dans le pays.  M. Ali el-Haj Mohamed restera porte-parole de la délégation soudanaise pour les négociations de paix à Abuja I et II et à Nairobi en mai 1994. Le 3 mai 1989, le Dr Hassan el-Tourabi appelle au djihad - guerre sainte - contre les rebelles et affirme dans une déclaration à la presse que « la paix ne peut être obtenue que par la force et la résolution et non par la reddition et la soumission à des conditions qui visent à miner l'identité nationale ».

 Le 13 juin 1989, le premier ministre M. Sadek el-Mahdi déclare qu'il est satisfait du communiqué commun publié à la fin de la réunion du 12 juin tenue à d'Addis-Abeba. « M. el- Mahdi, plein d'espoir, estima qu'il y avait là un premier pas vers la solution des problèmes du Soudan ». De son côté, le colonel John Garang déclare à Londres : « La paix est réellement en vue au Soudan, l’ALPS et le gouvernement de Khartoum sont engagés dans des négociations sérieuses pour mettre un terme à six années de guerre civile ».

Le pouvoir islamique à Khartoum

 Malgré les manifestations islamistes, les efforts se poursuivent pour obtenir  la tenue d’une conférence nationale constitutionnelle le 4 juillet. Mais pour éviter la mise en place de cet accord de paix, et sans doute avec l’aval de Hassan el Tourabi, un groupe de miliaire prend le pouvoir le 30 juin sous la direction du général Omar Béchir qui forme immédiatement un gouvernement à forte tendance islamiste. Dès sa première déclaration, le nouvel homme fort du soudan, qui ne s’est pas présenté immédiatement comme un fondamentaliste, appelle à la paix et indique que le Conseil de Commandement de la Révolution de Salut National (CCRSN) soumettra l'application de la charia (loi islamique) à un référendum. Il termine en appelant les citoyens à revenir à une confiance mutuelle, à un oubli du passé et à bâtir ensemble le pays sur l'unité et la stabilité.

 Le 6 juillet 1989, un premier contact a lieu à Addis Abeba entre la junte au pouvoir et l’ALPS en vue d’une rencontre prochaine à un niveau supérieur, les entretiens devant alors porter sur la mise en application de l'accord d'Addis Abeba de 1972 et la formation d'un Conseil exécutif de haut niveau chargé de l'administration des régions du Sud et dont le siège serait installé à Juba. Le même jour, le conseiller politique du colonel John Garang, musulman et ancien ministre de Nimeiri, M. Mansour Khaled, déclara : « nous attendons de voir ce que le régime compte faire de l'accord intervenu en novembre dernier entre tous les partis (du nord du Soudan), comme nous attendons de voir l'approche que le nouveau régime fera des problèmes non résolus par ses prédécesseurs ». Le président el-Béchir laisse planer un grand nombre d'ambiguïtés quant à la stratégie de paix de la junte.  Il donne alors l'impression de faire table rase du passé et vouloir repartir à zéro. Cependant, l'inquiétude régne dans les milieux intellectuels alors que le pouvoir a dissous les partis et les syndicats et fermé les journaux.

 Le 21 octobre 1989 est constitué à Khartoum l'Alliance Nationale Démocratique (AND), regroupant les forces de 52 syndicats et partis politiques, à l'exception du Front National Islamique (FNI) qui a refusé la charte. Quelques mois plus tard, l'APLS et son mouvement populaire adhérent à la charte et sont suivis par le Commandement Légitime des Forces Armées Soudanaises. L'A.N.D. qui regroupe tous ceux qui ne sont pas d'accord avec la politique menée par le régime du président el-Béchir, représente 80 à 85 % des Soudanais du Nord et du Sud.

Les droits de l’homme sont bafoués

 L’Iran  s’engage alors à financer l’achat à la Chine d’armements pour le Soudan pour une valeur de 2 milliards de francs. Avec ce nouvel équipement la  guerre et en particulier les bombardements contre les populations du Sud, s’intensifie.
En février 1992, est fondé le Comité de vigilance pour la défense des droits de l’homme au Soudan. Son fondateur et secrétaire général intervient, le 16 février 1993 à la Commission des Nations Unies pour les Droits de l’Homme à Genève. Lors de la session, la délégation soudanaise distribua un document dans lequel elle affirmait « qu’il n’y avait plus de détenus politiques au Soudan ».

 Le Secrétaire général de Vigilance Soudan demanda alors à la Commission des Droits de l’homme de nommer un Rapporteur spécial pour aller enquêter au Soudan. Cela a été repris dans la résolution qui condamna le Soudan pour ses violations aux Droits de l’Homme. Depuis 1993 chaque année, le Rapporteur spécial enquête au Soudan, un rapport préliminaire est ensuite soumis à l’Assemblée Générale des Nations, et le rapport définitif  est soumis à la Commission des Nations Unies pour les Droits de l’homme. Chaque année, le Gouvernent du Soudan a été condamné par l’Assemblée générale des Nations-unies et par la Commission des Droits de l’homme. En avril 2003, le mandat du Rapporteur spécial n’a pas été renouvelé.
Lors du Congrès de l'A.N.D. à Nairobi en avril 1993 une déclaration a été publiée rappelant l'attachement des forces de l'AND à une séparation totale entre l'État et la religion.

 Les pourparlers de paix reprennent dans la capitale du Nigeria avec les négociations d'Abuja I en 1992 et Abuja II en1993. Les deux délégations avaient des positions très différentes :
    - celle du gouvernement de Khartoum était basée sur l'Unité d'un grand Soudan tout en conservant la charia.
    - celle de l’ALPS de John Garang insistait sur le maintien de l'accord du 16 novembre 88 approuvé par le gouvernement et le parlement au début de 1989. Les pourparlers de paix échouèrent.

 Au début de 1994, à l'initiative des Présidents de l'Érythrée, de l'Éthiopie, du Kenya et de l'Ouganda, regroupés dans l’Intergovernmental Authority for Development (IGAD), de nouvelles négociations de paix ont lieu entre le gouvernement de Khartoum et les deux factions de l’ALPS et débouchent sur la signature à Nairobi le 23 mars 1994, d’un accord sur l'aide humanitaire aux populations du Sud du Soudan. A la fin de cette réunion le ministre kenyan annonce pour le 16 mai une seconde session qui devrait « discuter des principes constituant le fondement d'un règlement du conflit au Soudan et également des mesures à  prendre par toutes les parties pour permettre l'entrée en vigueur de ces principes ». A la fin de la deuxième session des négociations de Nairobi, dans un mémorandum intitulé « Déclaration de principes », les quatre ministres des Affaires Etrangères du Kenya, de l’Ouganda, de l'Ethiopie et de l'Erythrée considèrent que la solution du problème soudanais réside dans « l'unité du pays dans une démocratie garantie et dans la laïcité de l'Etat ». En cas d’échec, l'autre solution consiste à accorder aux Sudistes le droit à l'autodétermination qui pourrait déboucher sur l'indépendance après référendum. Ce mémorandum, connu sous le nom de « Déclaration de principes de juillet 1994 », que les trois belligérants doivent étudier avant la troisième session des négociations qui doit commencer le 18 juillet à Nairobi, met l'accent sur la nécessité d'une solution pacifique au conflit avec une préférence au maintien l'unité du pays et sur les points suivants:

1) Toute solution définitive du problème soudanais passe par la prise de conscience des différents belligérants qu'une solution militaire n'aboutira jamais à une paix durable. Seule une solution pacifique, politique, équitable doit être leur objectif ;

2) Le peuple du Sud-Soudan doit déterminer son avenir par un référendum ;

3) La priorité doit être donnée à l'unité du Soudan à condition qu'il soit tenu compte des composantes politique, juridique, économique et sociale du pays :
   - Le Soudan est un pays pluri-ethnique, pluri-religieux, et pluri-culturel. Il est nécessaire de prendre en compte toutes ses diversités pour aboutir à leur épanouissement ;
   - L’égalité politique et sociale des citoyens devant la loi doit être garantie ainsi que le droit à l'autonomie fédérale ; il est nécessaire d'établir un Etat laïc et démocratique dans tout le pays, de garantir à tous les citoyens la liberté de croyance et de religion. La séparation de l'Etat et la Religion doit être la référence dans tous les aspects de la vie familiale ;
   - Les ressources naturelles doivent être partagées équitablement entre tous les Soudanais ;
   - La constitution doit inclure les chartes et conventions internationales des Droits de l'Homme ;
   - L'indépendance du pouvoir judiciaire doit être inscrite dans la constitution.

4) En cas de désaccord portant sur les articles pécédents, le peuple du Sud Soudan a le droit de décider par référendum de son sort - autodétermination pouvant aller jusqu'à l'indépendance - ;

5) Les différentes parties décident de la mise en place d'une période transitoire, de sa durée et de ses modalités ;

6) Les parties concernées doivent négocier un cessez-le-feu comme préalable indispensable à la solution du conflit.
Mais dès le 29 juin, le général el Béchir déclarait « nous poursuivrons  notre marche pour lever haut la bannière de l’Islam », et le leader islamiste Hassan el Tourabi affirmait le 2 août que « l’islamisation représente la libération des sociétés qui ont subi la colonisation occidentale et que  l’islamisme balaiera le Nord de l’Afrique ».

L’accusation de terrorisme et l’embargo

 Pour la première fois, en janvier 1996 dans une résolution, adopté à l’unanimité, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a formellement accusé le Soudan de soutenir le terrorisme international. En  avril et août 1996, de nouveau le Soudan à été condamné. Les sanctions ont été levées en septembre 2001.

 Le 20 juillet 2002, le gouvernement soudanais et le Mouvement/Armée de Libération du Peuple Soudanais (M/ALPS) ont signé le protocole de Machakos, traçant les grandes lignes d’un accord concernant deux des points essentiels : le droit à l’autodétermination et la laïcité. L’imagination des négociateurs a permis de débloquer la situation en évitant les mots qui fâchent. Les deux parties souhaitent un pays uni et feront tout ce qui est en leur pouvoir pour que le jour du référendum, l’unité apparaisse aux Sudistes une solution intéressante. Ce discours reflète la position traditionnelle du chef du M/ALPS, John Garang. Depuis, le peuple du Sud dans son immense majorité, considère qu’il a trop souffert aux mains de Khartoum pour lui rester lié et ne rêve que d’indépendance. Un référendum d’autodétermination aura lieu six ans et demi après l’accord de paix, le temps de panser les plaies, de rapatrier et réinstaller les millions de déplacés et réfugiés, de remettre le Sud sur pied, d’y éveiller une société civile et surtout de rendre l’union attrayante aux Sudistes. Pendant cette période intérimaire, le Sud aura une large autonomie au sein d’un Etat fédéral où seront instituées deux assemblées, un sénat avec les représentants des Etats et une chambre directement élue par les citoyens. Le protocole fait état de gouvernance démocratique. La nouvelle constitution, incluant les accords de paix, ne pourra être changée sans une procédure et une majorité contraignantes. Il semblerait donc que cette nouvelle constitution devrait être votée, par les parlementaires élus des nouvelles assemblées. Les modalités sont encore à définir lors de la seconde session de pourparlers.

 Quelles sont les limites géographiques du Sud ? C’est une des nombreuses zones d’ombre du texte. Pour le Président soudanais Béchir, le Sud s’arrête à la frontière nord du Bahr el Ghazal et du Haut-Nil. L’ALPS voulait ajouter à ce Sud stricto sensu, les Monts Nuba, le Nil Bleu Sud et la région d’Abyei peuplée de Dinkas ; depuis Machakos, un groupe de personnalités des Monts Nouba milite en ce sens sur Internet. Ou encore, envisagerait-on, sur la base de la situation militaire actuelle, les régions contrôlées par l’ALPS, c’est à dire la plus grande partie du Sud, une partie des Nouba et du Nil Bleu Sud ? Cette hypothèse soulève une grande difficulté : dans le Sud stricto sensu, Khartoum contrôle plusieurs villes comme Juba, Wau et Malakal, Torit ainsi que les emplacements pétroliers exploités. Si l’existence d’un Sud autonome et a fortiori indépendant, constellé de zones relevant du Nord, paraît difficile, cette éventualité expliquerait l’intense activité militaire actuelle où chaque partie cherche à étendre son territoire.

Etat et religion

 La délicatesse linguistique relevée pour une éventuelle indépendance du Sud se répète à propos de la laïcité : ce mot n’est pas prononcé. Au contraire, les deux parties reconnaissent que la religion est une source de force morale et d’inspiration pour tous les Soudanais. Le long chapitre intitulé Etat et Religion décide toutefois de points importants. La charia ne sera pas la source de droit dans le Sud, ce qui théoriquement n’est pas une nouveauté. La liberté religieuse et la liberté de culte existeront dans tout le Soudan. La liberté de culte est l’un des seuls passages développés de l’accord, redressant point par point les brimades dont se plaignent les chrétiens et la liberté sera la même pour les religions traditionnelles. Mais le gouvernement central sera-t-il basé sur la chari’a ? Les indices s’opposent. Tout citoyen, quel que soit sa religion, pourra accéder à tous les postes, y compris la présidence de la République, ce qui est contraire à la chari’a. L’interdiction soulignée de l’utilisation politique de la religion, semble aller dans le même sens. Par contre, le gouvernement central a le droit d’imposer au seul Nord les lois inspirées de la chari’a, ce qui sous-entend peut-être qu’il n’est pas laïc.
Après le 20 juillet, Béchir et Garang se sont rencontrés. C’était pour se serrer la main, encourager les pourparlers et non pour conduire une négociation parallèle. Selon Béchir « quand la confiance sera restaurée, Garang et moi nous nous unirons en un grand parti ». Garang rapporte avoir dit à Béchir qu’il voulait faire un grand parti dont les membres viendraient du Soudan tout entier. Il se serait engagé à faire campagne pour l’unité au moment du référendum si Béchir tient ses promesses pendant la période intérimaire.

Nouveaux pourparlers en cours

 Les pourparlers ont repris en décembre 2003 et concernent le partage du pouvoir et des richesses, les formes précises de gouvernement, la sécurité, le sort des armées et milices, et un cessez-le-feu général.
  • Le partage du pouvoir se situe d’abord entre le gouvernement central et le gouvernement autonome. L’accord de paix de 1972, n’avait pas donné une véritable autonomie au Sud, puisque la planification et les finances étaient décidées au niveau national et que le Président de la République avait le droit de dissoudre les organismes régionaux et démettre les responsables. Ce nouveau partage de pouvoir devrait se traduire aussi par l’entrée de membres du M/ALPS au niveau fédéral ; on parle de Garang comme premier vice-président, ou même d’une présidence Béchir/Garang en temps partagé pendant la période intérimaire.
  
  • La sécurité : le 25 septembre 2003, à Naivasha (Kenya), le gouvernement soudanais et l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, rébellion) ont signé le texte de l'accord relatif aux questions de sécurité. L'accord, qui s'applique durant une période de 6 ans, conçu comme une phase intérimaire d'après-guerre dans le sud du pays, prévoit notamment le retrait, sous contrôle international, de la plupart des troupes gouvernementales de cette région.
Parallèlement, la majorité des forces de la SPLA actuellement déployées dans les montagnes de Nuba et le sud du Nil bleu seront repositionnées au sud de la frontière nord-sud, établie lors de l'indépendance du pays en 1956. La coordination et le commandement des deux forces seront assumés par un nouveau comité de défense uni, composé d'officiers représentant les deux parties.

 Au cours de la période intérimaire, l'armée gouvernementale et l’APLS  demeureront séparées et seront considérées et traitées comme les Forces Nationales Armées du Soudan (SNAF). Cette armée nationale ne sera pas régie par une loi interne ou un mandat, sauf dans les cas qualifiés constitutionnellement comme des urgences.

 L'accord prévoit également la formation de nouvelles unités militaires composées de forces représentant les deux parties. Ces unités intégrées doivent constituer le noyau de l'armée si naturellement le résultat du référendum - qui doit se tenir à l'expiration de la période intérimaire de six ans - confirme l'unité. Dans le cas contraire, elles seront dissoutes. Elles doivent compter 24.000 hommes de troupes dans le sud, 6.000 dans les montagnes de Nuba, 6.000 autres dans le sud du Nil bleu et enfin 3.000 à Khartoum.
  
  • Le cessez-le-feu
 Les parties sont également tombées d'accord sur un contrôle international du cessez-le-feu, qui doit entrer en vigueur à compter de la signature d'un accord de paix global. Le 25 septembre, le gouvernement soudanais et la rébellion ont prolongé de deux mois le cessez-le-feu qui devait expirer fin septembre.
Un accord de cessez-le-feu avait été signé en octobre 2002 et devait initialement être en vigueur durant six mois. Il a été prolongé de trois mois en mars puis en juin 2003.
  
  • Le partage des ressources
 Le 7 janvier 2004, à Naivasha (Kenya) le gouvernement soudanais et l’APLS ont signé un accord  sur le partage des ressources, étape essentielle vers un accord général de paix après 20 ans de conflit. Le document de vingt quatre pages, dont l'Agence France Presse (AFP) a obtenu une copie, traite de « la gestion du secteur pétrolier, de l'autorité monétaire - la Banque centrale du Soudan - et de la reconstruction du sud et d'autres régions touchées par la guerre » et s’engage sur  les principaux points suivants :
   - les revenus pétroliers provenant des puits du sud, où la plupart des ressources pétrolières se trouvent - qui produit environ 300.000 barils de brut par jour -, seront partagés 50-50 entre le gouvernement national et celui du sud, après avoir donné 2% de revenu à l'Etat où sera produit le pétrole,
   - les communautés où est extrait le brut  auront leur mot à dire dans les contrats d'extraction ;
   - une commission nationale du pétrole, composée de représentants des deux gouvernements ; doit être créée pour décider de la politique pétrolière et négocier les contrats d'exploitation ;
   - la richesse doit être distribuée sans discrimination de race, de sexe, de région ;
   - le développement du sud doit permettre à cette région de rattraper le nord ;
   - la moitié des richesses non issues du pétrole, essentiellement les impôts et taxes, collectées dans le sud par le gouvernement national doivent être allouées au gouvernement autonome du sud, sous supervision d'une commission conjointe ;
   - la libre circulation des biens, des services, du capital et du travail au Soudan est garantie ;
   - un double système bancaire doit être mis en place, avec un système islamique (où il est interdit de percevoir des intérêts) dans le nord et un système conventionnel dans le sud, où sera créée une branche spéciale de la Banque centrale du Soudan ;
   - la Banque centrale doit émettre une nouvelle monnaie avec des dessins reflétant la diversité culturelle du pays ;
   - des fonds spéciaux doivent être débloqués pour financer le développement du sud et les autres régions touchées par la guerre ;
   - une commission nationale foncière indépendante et une commission foncière du sud seront créées pour résoudre les conflits liés à la terre et mettre en place un système de compensation.

 Le partage des ressources est prévu entre Khartoum et l'administration autonome qui doit être mise en place dans le sud pendant une période de six ans en fonction d'un accord conclu en 2002 n'interviendra que lorsque le gouvernement et les rebelles auront conclu un accord global de paix. A l'issue de cette période de six ans, un référendum d'autodétermination doit être organisé dans le sud. Le 22 janvier 2004, les négociations sont suspendues pour un mois car le premier vice-président Ali Uthman Muhammad Taha doit retourner à Khartoum et participer au pèlerinage de la Mecque.

Darfour, obstacle à la paix      
                        
 Après les accords sur le partage des richesses, plusieurs problèmes importants font encore l’objet de négociations : le partage du pouvoir, encore en suspens et le maintien de la charia pour la capitale, réaffirmé par le président el Béchir le 13 janvier. Il est question d’un poste de vice-président pour John Garang. Mais la question des régions centrales subsiste. Les monts Nuba, l’Etat du Nil bleu et la région d’Abiey sont réclamés par le Nord en vertu des « frontières » internes établies à l’indépendance en 1956. Pour la région d’Abiey, riche en pétrole, le pouvoir propose une solution de compromis : elle serait gérée directement par la présidence.

 Dans la province occidentale du Soudan se déroule un drame à huit clos. Près de un million de personnes errent entre des villages attaqués, pillés, incendiés, parfois rasés. Les insurgés ont dénombré plus de 2 300 localités dévastées par les milices « arabes » armées par le pouvoir central. La région du Darfour  qui occupe 16 % du territoire soit environ 400.000 km² est divisée en plusieurs zones ethniques. La rébellion comporte deux groupes principaux : le Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE), soutenu par Hassan el Tourabi, au Sud, et le Mouvement de Libération du Soudan (MLS) au Nord. Ceux ci ont pris les armes pour réclamer un partage du pouvoir et des ressources sur le modèle de l’accord partiellement conclu entre le gouvernement de Khartoum et la rébellion sudiste du colonel John Garang.
La création de milices paramilitaires remonte à 1989, en instituant l’état d’urgence. Avec l’aval de l’Etat, de nombreux nomades se sont constitués en forces de défense populaires paramilitaires. Celles-ci ont été autorisées à arrêter, mettre en détention, torturer et exécuter de façon extrajudiciaire toute personne suspecte, au nom de la sécurité.

Intensification de la Guerre

 Pendant les pourparlers de décembre 2003, le MLS disait avoir tué 353 militaires au combat et le MJE 700 soldats et miliciens « Janjaweed ». Après cet échec gouvernemental, le couvre-feu fut imposé dans les villes du Darfour et Khartoum se prépara au combat. Dans la défense de la ville de Tinné sur la frontière tchadienne, les rebelles auraient tué 1000 soldats et miliciens et abattu 3 hélicoptères mais les forces gouvernementales ont repris Tinné et huit autres localités.

 Pendant ce temps, des réfugiés récemment arrivés au Tchad - 30 000 en plus en décembre 2003 et 18 000 en janvier 2004 - racontent toujours des atrocités. Les miliciens pro- gouvernementaux « janjaweed » souvent soutenus par l’armée soudanaise, attaquent les villages au petit matin, tuent les gens dans la rue avant de piller les maisons et voler les troupeaux. Les femmes et les jeunes filles sont violées et kidnappées. Amnesty International a corroboré ces exactions à très grande échelle dans son rapport de décembre2003.

 Le nombre de personnes déplacées s’élève désormais à 670 000 dont l’immense majorité sont Zaghawa, Masalit et Four - africains. Seuls 15 % d’entre eux peuvent être assistés non par manque de moyens mais faute de sécurité. Ils sont établis près des zones de combat dans des camps et l’Etat n’autorise pas l’aide en dehors de ces camps, observe Médecins Sans Frontières (MSF). De plus,  les autorités ont entrepris de déplacer 10 000 personnes qui étaient dans des camps près de Nyala, ce qui leur permettait d’y avoir de petits boulots et assurait leur sécurité ; ces déplacés se sont enfuis. Les permis pour les travailleurs humanitaires sont très difficiles à obtenir. Les Nations-Unies ont demandé au Soudan et au Tchad, à avoir plus facilement accès aux déplacés et aux réfugiés. Les réfugiés installés au Tchad près de la frontière sont en danger à cause des raids des milices et des attaques transfrontalières d’hélicoptères apparemment acceptés par le Tchad.

Les Nations-Unies s’emploient à les emmener à l’intérieur du pays mais cela sera-t-il suffisant ?

 Le Président Béchir a relancé les accusations soudanaises contre tout ceux qui sont censés soutenir la rébellion, à commencer par Tourabi. « Simple prétexte pour l’arrêter à nouveau » répondit le secrétaire général assistant du MJE qui déclara dans le sermon du vendredi suivant : « Le gouvernement et sa tyrannie sont la cause essentielle de l’instabilité au Darfour ». Curieuse est une des causes de cette accusation : le MJE se montrerait trop intelligent et Khartoum y verrait la patte de Tourabi.

Paix : les « larmes de crocodile » de Béchir

 En décembre 2003, le MJE a refusé de se joindre aux pourparlers de paix qui devaient reprendre le 14 décembre au Tchad , exigeant des pourparlers séparés et la présence d’observateurs internationaux. L’autre rebelle, le MLS était peu optimiste sur les pourparlers, les cessez-le-feu n’ayant pas été respectés. Les tractations ne furent pas longues. Le MLS demandait un gouvernement fédéral sous leur commandement pendant la période transitoire, le commandement des forces militaires et 13% des revenus pétroliers. Khartoum a jugé ces demandes inacceptables.

 Le Président soudanais a versé quelques larmes de crocodile sur les malheureux qui vivaient parfaitement heureux au Darfour et ont été déplacés par les « méchants » rebelles, et déclaré que toutes les ressources du pays seront dirigées vers la suppression de la rébellion. Il a fait engager des procédures contre les rebelles d’après les lois anti-terroristes. L’un d’eux a déjà été condamné à mort. Le MLS a indiqué depuis vouloir reprendre les négociations avec Khartoum sous trois conditions : l’autorisation d’accès aux agences humanitaires en zone rebelle, des investigations sur les abus des droits de l’homme et sur les allégations que les civils avaient été visés dans le conflit.

 Un commentaire de l’International Crisis Group (ICG) allait alimenter de nombreuses discussions. Pour l’ICG, le conflit croissant au Darfour pourrait miner le processus de paix Nord-Sud ; la fin de la guerre du Sud pourrait servir de catalyseur pour un nouveau chapitre sanglant au Darfour. Il conviendrait donc d’élargir au Darfour les négociations avec le M/ALPS. Le Président Béchir s’en émut et déclara que les « escarmouches » au Darfour n’auraient aucune influence sur les négociations Nord-Sud. L’accord du MLS avec le Congrès Béja de l’Est ne faisait qu’enfoncer le clou malgré la faiblesse de ce dernier.
Pour un membre du Département d’Etat américain qui se veut anonyme, «  la vérité est que ce qui est dans l’accord Nord-Sud pourrait aisément être transféré au problème de l’Ouest ». A quoi le Ministre des affaires Etrangères soudanais répondit qu’il n’en était pas question.

 Pour le président du A/MLS, Abdelwahid Mohamed Ahmed Al-Nour, la rébellion est devenue inévitable : « Le Darfour a été marginalisé depuis l’indépendance, parce que les Arabes au pouvoir à Khartoum nous maintiennent dans une vie primitive. Maintenant, nous nous battons pour nos droits. Nous voulons des écoles, des hôpitaux  et notre part des richesses nationales . En face de nous, toutes les tribus arabes sont solidaires. Certains viennent des pays de la région du Centrafrique, du Cameroun, du Niger. On leur a promis nos terres, mais nos paysans, maintenant veulent se battre. Je n’ai pas assez d’armes pour en fournies à toutes les recrues ».


  H.B.