[./index_accueil.html]
[./presentation.html]
[./archive_gal.html]
[./cahier_1.html]
[./cahier_2.html]
[./cahier_3.html]
[./cahier_4.html]
[./cahier_5.html]
[./cahier_6.html]
[./cartes.html]
[./livres.html]
[./livres.html]
[./nouveautes.html]
[./agenda.html]
[./opinion.html]
[./contact.html]
[./liens.html]
[./appel_contribution.html]
[./cahier_5.html]
[] []
Actualités
01.07.2008
-  élections
Bienvenue
L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n













LES ENJEUX...

                                                                                                                                                  







 Tirant les leçons de plusieurs décennies de conflits politiques et de crises économiques, l’Union Africaine exhorte aujourd’hui ses pays membres à resserrer leurs liens économiques et politiques. Certes, le discours n’est pas nouveau – le commerce intracontinental fonctionne déjà dans le secteur informel - mais aujourd’hui un large consensus se dégage  à la fois sur le continent et dans les pays du nord, sur la nécessité de donner une impulsion forte à l’intégration économique.
 
 Le développement de l’Afrique passe par la constitution de véritables blocs économiques avec des  marchés régionaux ouverts pour stimuler les échanges intra africains et drainer de nouveaux investissements. Cela doit générer suffisamment de croissance - le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) affichent l’objectif ambitieux d’une croissance à 7% - pour éradiquer le fléau numéro un du continent : la pauvreté.
Dans le cadre de la mondialisation - l’Afrique ne représente en 2004 que 1 % des échanges internationaux et 1,9 % du commerce mondial -, l’intégration régionale apparaît comme  un préalable essentiel au développement du continent.

 Cependant, les afro-pessimistes rappellent justement que des expériences d’intégration ont échoué  dans le passé. Les organisations régionales (CEDEAO, UEMOA, COMESA, CEMAC, SADC…), nombreuses et parfois entremêlées les unes aux autres, n’ont pas réussi à stimuler le commerce intra-africain qui ne représente que 10% de l’ensemble du commerce extérieur du continent. En 1980, le  plan de Lagos, et en 1994, le traité d’Abuja, n’ont pas aboutit parce qu’ils étaient rejetés  par les institutions financières internationales, le FMI et la Banque mondiale leur préférant des solutions nationales avec les Plans d’Ajustements Structurels (PAS) dont on a pu mesurer les effets négatifs sur les populations.
Par ailleurs, la paix, condition indispensable aux échanges et à l’investissement, a encore bien du mal à s’imposer, de la Côte d’Ivoire au Soudan et dans l’Afrique des Grands Lacs.

 Le but du NEPAD/NPDA– auquel les Cahiers de l’Afrique ont consacré leur premier numéro – veut apporter une nouvelle vision dans la manière de traiter les problèmes économiques et politiques ; les pères fondateurs (Abdoulaye Wade, Abdelaziz Bouteflika, Thabo Mbecki, Olusegun Obasandjo), ont proposé une stratégie purement africaine, pour et par les africains. Ce plan ambitieux qui pose les bases d’un nouveau partenariat avec les pays du nord, vise à réduire la pauvreté et permettre le décollage économique du continent. Son architecture divise l’Afrique en cinq régions dans le but de fournir un cadre adapté aux projets d’investissements et d’échanges.

 Le grand marché ouest africain est encore une utopie et les obstacles à la libre circulation des marchandises sont nombreux. Les marchés nationaux étant trop petits, seul un marché régional peut offrir de réelles possibilités de développement. Certes, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avait déjà esquissé les contours de l’intégration régionale, sans grand succès ; ce qui est nouveau, note Laurent Brossard, c’est le net regain d’intérêt de l’intégration régionale élevée au rang de modèle stratégique. La mise en œuvre du  concept de « pays-frontière » ouvre un nouveau dialogue de projets de coopération régionale impliquant les populations transfrontalières. C’est une expérience positive, mais, avertit l’auteur, il faut prendre le facteur temps en considération et envisager les évolutions structurelles sur le long terme. 

 Dès son lancement, le NEPAD a affiché des objectifs ambitieux: éradiquer de moitié la pauvreté d’ici 20015 au moyen d’une croissance de 7% et ce, grâce au recours massif à l’investissement privé; mais ce projet africain, critiqué dès son lancement par une frange importante de la société civile, a du mal à démarrer.

 Le NEPAD sera-t-il une réponse à la mondialisation ? s’interroge Marema Touré qui rappelle que si la mondialisation n’est pas un phénomène nouveau, elle accentue cependant aujourd’hui les inégalités, et creuse d’avantage les écarts entre le Nord et le Sud. C’est une célébration de l’idéologie libérale, explique la sociologue et les ressemblances avec les stratégies préconisées dans le passé par les institutions de Bretton Woods n’en sont pas moins inquiétantes. Il faut repenser l’Afrique non comme un terrain d’expérimentation mais l’associer à la définition des règles qui régissent le village planétaire. Pour libérer le potentiel de développement de l’Afrique, la mondialisation doit être rééquilibrée.

 La guerre constitue le premier obstacle à la mise en œuvre du NEPAD et les zones de conflits ou d’insécurité découragent le recours à l’investissement privé. Présentée comme le poumon de l’Afrique de l’ouest, la Côte d’Ivoire a longtemps été synonyme d’intégration réussie avec ses 4 millions d’ « étrangers-voisins » et de locomotive de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) avec 60 % du flux monétaire de la région. Aujourd’hui cette  vitrine du développement a volé en éclats, explique Ernest Foua de Saint Sauveur, car la classe politique est tombée dans le piège de l’ « ivoirité » ; le journaliste ivoirien analyse, au scanner/travers de la crise ivoirienne, l’intégration ouest africaine qui « se dessine encore aujourd’hui en pointillé ».

 L’onde de choc du conflit en Côte d'Ivoire - qui vient s'ajouter à ceux du Libéria, de la Sierra Leone et les violences au Nigeria – s’est propagé dans l’ensemble de la sous région en  affaiblissant des échanges intracommunautaires déjà réduits. Les perturbations des flux de travailleurs migrants et des réseaux de transport – le Mali et le Burkina Faso, enclavés, sont largement tributaires de la Côte d’Ivoire pour leurs exportations et leurs importations – freinent le moteur de la croissance et retarde la création d’un véritable marché régional. Comme le souligne Ernest Harsch, la stabilité politique doit être considérée comme une priorité si l'on veut intégrer les économies de la région.

 Depuis trois décennies, la CEDEAO, a fait quelques avancées en matière de maintien de la paix - au Liberia, en Sierra Leone, en Guinée Bissau ou en Côte d’Ivoire -ou de libre circulation des personnes mais elle reste encore trop déconnectée des nombreuses dynamiques locales. Dans ses travaux consacrés aux évolutions de l’intégration régionale, le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest a relevé des expériences novatrices de coopération transfrontalières ; Marie Trémollières a étudié la zone Mopti-Ouahigouya, des deux côtés de la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, point de départ de la route du poisson; ici la frontière n’est pas considérée comme une barrière mais comme une facteur de rapprochement des acteurs économiques locaux – favorisant les relations sociales transfrontalières et des mariages intercommunautaires.

 Il est un autre exemple où l’espace transfrontalier pourrait devenir un vecteur de l’intégration régionale par le bas, c’est le cas de la Sénégambie méridionale, à cheval sur trois pays frontaliers, le Sénégal, la Gambie et la Guinée Bissau. Cette région essentiellement agricole et forestière est un espace à fort potentiel d’intégration, encore sous utilisé, précisent Eric Hazard et Mohamadou Abdoul ;elle peut être un axe intéressant de développement dans une économie mondialisée.

 Dans les années 1970, la construction européenne a crée un précédent avec la naissance de l’Association des Régions Frontalières Européennes. L’ARFE a déclenché une politique en faveur des régions frontalières en dépit des fractures territoriales, dans le domaine de l’aménagement du territoire par exemple. A la lumière de l’expérience européenne, le domaine du tourisme ou celui des transports  peuvent (à des niveaux différents) représenter des secteurs stratégiques pour l’Afrique de l’Ouest. D’où l’intérêt d’un dialogue euro-africain que présente Karim Dahou dans un entretien avec Jean Gabbe, le secrétaire général de l’ARFE.

 D´un point de vue géopolitique, l´Afrique de l´Ouest est une région « mouvante » en train de se recomposer autour de nouveaux espaces de pouvoir. Dans son étude, Achille Mbembe analyse les logiques de transformations sociales qui accompagnent ces mouvements : les logiques de la discorde et la domestication de la violence,  l’instabilité structurelle, des réseaux régionaux où sont imbriquées les unes dans les autres des sphères commerciales, religieuses et ethniques, la paupérisation des militaires, sans oublier le poids du religieux qui est devenu un vecteur majeur de la trans-nationalisation des sociétés locales. L’auteur démontre que l’espace régional est en train de se recomposer principalement autour d’une civilisation commerciale, urbaine, côtière – bien que des métropoles régionales importantes soient situées dans l’hinterland -, avec de nouvelles dynamiques maritimes dont la ressource-clé la plus importante est le pétrole. Autre trait caractéristique de la société ouest africaine, l'ampleur des activités du secteur informel qui représentent une part importante de l’économie au point de concurrencer le secteur formel. Est-ce un frein ou un facteur de développement ?

 John Igué s’intéresse au secteur du tissu traditionnel, de plus en plus important qui compte une dizaine de filières et qui est le plus grand pourvoyeur d’emploi en Afrique de l’ouest après l’agriculture. L’auteur estime que le textile, dans sa double dimension économique et culturelle, peut devenir une des composantes du décollage économique et de la compétitivité de l’Afrique de l’Ouest.

« Il y a plus de lignes de téléphones à Manhattan que dans tous les pays d'Afrique réunis », Au dela de la caricature, cette affirmation récente à l'Onu du chef d'Etat sénégalais illustre l’ampleur de la fracture numérique entre le Nord et le Sud.

 Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) figurent au programme des priorités du Nepad - l’Afrique représente 2% des lignes téléphoniques mondiales – car le chantier est immense ; Léopold A. Adjakpa dresse un bilan sans concession - faiblesse du parc de lignes, population très inégalement répartie, archaïsme des systèmes…-  et explique que la politique des télécommunications appliquée en Afrique occidentale doit être repensée pour devenir un facteur d’intégration.

 La dimension nationale des économies n’est plus appropriée dans le cadre de la mondialisation des échanges et les stratégies de développement viables reposent désormais sur de grands blocs économiques. Ainsi que le montre l’histoire de la construction européenne, l’intégration régionale ouest africaine, considérée ici dans sa dimension économique, ne peut se faire que sur le long terme, par  étapes et dans un contexte de paix. 

 En octobre 2004, les chefs d’état réunis à Johannesburg ont fait un bilan plutôt mitigé sur ce qu’a fait le NEPAD jusqu’à aujourd’hui; selon le PNUD, au rythme actuel des crises politiques et du retard économique,  l’Afrique subsaharienne ne remplira pas les Objectifs du Millénaire concernant la pauvreté avant 2147. Cependant, la lecture du rapport 2004 de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) de l’ONU apporte un léger vent d’optimisme : «  l’Afrique serait sur la voie de la bonne gouvernance ». Comme le précise le NEPAD, aussi : « c’est une des conditions indispensable au développement du continent ». 


Jean-Jacques Mallemanche