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Actualités
01.07.2008
-  élections
Bienvenue
L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n


Mondialisation et développement










Le NEPAD est-il
une réponse adptée ?

  Marèma Touré*  
                                                                                         






*Marèma Touré est sociologue à Dakar, spécialiste des questions de développement.





  Le village planétaire est peuplé de paradoxes. Le constat est unanime et les acteurs conscients de l'ampleur des restructurations en cours. Il convient pourtant de rappeler que les déséquilibres qui caractérisent le monde contemporain sont, entre autres, le résultat d'un processus historique. Le fait que certains citoyens du monde entretiennent des relations assidues avec la planète Mars tandis qu’une bonne partie des africains sont livrés à la famine et aux endémies les plus cruelles n’est pas seulement imputable à la marginalisation actuelle du Continent dans l’économie mondiale.

 Des origines à nos jours, les grands paradigmes ont, toujours, été façonnés par les pôles dominants. Il en est de même pour le développement et la mondialisation (après l’esclavage et la colonisation) dont les théories sous-jacentes sont largement dominées par les visions définies dans les pays du Nord, les organismes internationaux qu'ils contrôlent et les experts formés à leur école.

 Une brève incursion dans la littérature post-coloniale autorise, en effet, une comparaison épistémologique entre l'ethnologie coloniale, le développement et la mondialisation. Ensemble, ils fondent leur autorité sur leur capacité à produire des discours sur des sociétés, des communautés, ou d'autres entités rendues « objet » (objectivées). Le discours du développement a longtemps été le principal avatar de celui de la colonisation. Les théories de la mondialisation sont, aujourd’hui, l’ « ersatz » de celles du développement.

 Considérant les  sociétés non occidentales  comme « simples et non civilisées », les ethnologues de la colonisation avaient fourni, les arguments théoriques pour légitimer la « mission civilisatrice ». De même, les théoriciens du développement ont produit et produisent encore, sur les pays « économiquement arriérés » des discours qui évacuent, à leur tour, l'implicite des populations locales. A l’ère de la mondialisation, les apparences ont changé, car des couches non négligeables des peuples des pays dépendants sont, entre temps, devenues des productrices de théories sur leur propre situation mais, ce sont toujours les mêmes qui donnent le ton du discours.

 A la suite de Michel Foucault (1980), Alvaro Escobar (1990) s'est penché sur la nature, la dynamique du discours, du pouvoir et de la connaissance. Il décrit la situation actuelle comme l'extension, au Tiers Monde, des mesures disciplinaires et normalisatrices occidentales dans une multitude de domaines. Le discours des pays occidentaux sur le Tiers Monde est un moyen d'exercer sur lui leur domination. En dépit de l’abondance des mécanismes visant à garantir l'égalité de droits entre les Etats-Nations au niveau international et celle des groupes de citoyens en présence au niveau local, on s'aperçoit partout du décalage criant entre le principe avancé et la réalité des faits. Derrière l'artillerie juridique et la panoplie des outils, il se cache en général, le postulat implicite de la prépondérance des cadres (souvent fondés sur un égalitarisme désuet) sur les individus. Le rapport des acteurs sociaux, en tant que forces agissantes, avec les institutions et la manière dont ils les perçoivent et s'y positionnent (élément moteur de leur potentiel de transformation) est relégué au plan secondaire.

 La nouveauté c'est qu'au Nord comme au Sud on semble s'accorder, du moins en théorie, sur le caractère explosif des déséquilibres actuels. La grande vivacité du mouvement anti-mondialisation et le dynamisme des pôles de refus qui se développent dans les pays du Sud sont l’illustration d’une nouvelle conscience citoyenne qui s’exprime à l’échelle planétaire. A cet égard, le récent ouvrage de Joseph STIGLITZ, prix Nobel d’économie et ancien conseiller du Président Bill CLINTON, « La Grande désillusion » publié en 2002, aux éditions Fayard, augure de l’élargissement de la base sociale des combattants de l’équité.

 Une autre mondialisation est, en effet, possible ; une mondialisation qui respecte la primauté de la personne humaine sur les richesses ; une mondialisation susceptible de libérer le potentiel de développement des pays du « Tiers- Monde ». Pour bâtir un tel concept d’interdépendance il est, cependant, indispensable de se pencher sur les nouvelles valeurs qui doivent le fonder et sur l'apport potentiel de l'Afrique à leur construction.

 La réflexion stratégique occupait déjà une place centrale dans l’ordonnancement du monde contemporain. Elle revêt maintenant une acuité plus intense pour tous ceux qui, au Nord comme au Sud, ont l’ambition de peser sur le cours irréversible de la mondialisation et créer les conditions favorables au développement de l’Afrique. Compte tenu des inégalités criantes qui entachent la structuration des rapports unissant l'Afrique au reste du monde, toute volonté de renverser de la tendance actuelle devrait reposer sur l'émergence de projets alternatifs de société basés sur une vision plus équitable du devenir de la planète et le partage de valeurs plus justes.

 Les événements du 11 Septembre 2001, qui ont frappé les symboles les plus emblématiques de ce qui est, aujourd’hui, considéré comme le cœur de l’Occident auto-proclamé centre unique du monde unipolaire auront, indubitablement, de graves répercussions sur le vécu des peuples de la périphérie. Ils pourraient bouleverser les paramètres et les postulats de l’épistémologie de la géopolitique.


MARGINALISATION DE L’AFRIQUE ET CRISE DU DEVELOPPEMENT

 Les politiques de développement sont résolument guidées par une volonté d'appliquer dans les pays d’Afrique des moyens qui ont fait leurs preuves ailleurs et d'en espérer les mêmes effets sans tenir compte des dynamiques locales. Les populations des pays pauvres sont les cibles « momifiées », mal écoutées ou mal entendues, d'un arsenal de théories et de stratégies relevant de logiques qui leurs sont extérieures. Stratégies doublées d'une multitude d'initiatives, présentées comme inévitables et dont le « faire » induit, sur elles, des conséquences sociologiques non examinées.

 Les sciences sociales du développement ont, en effet, émergé dans le tournant des années 1960, une époque marquée par la décolonisation et les mouvements d'émancipation dans l'ensemble des pays que l'on commençait à désigner sous le vocable de « Tiers Monde ».
 
 Le développement est intrinsèquement lié à la référence au « Tiers Monde ». Or, cette notion recouvre aujourd'hui des réalités sociales, politiques et économiques tellement hétéroclites que sa pertinence soulève des points de vue divers. Certains chercheurs ont d'ailleurs préconisé qu'il soit abandonné. Utilisée pour la première fois, en 1952, par Alfred Sauvy paraphrasant le propos de l'abbé Sieyès en 1789 sur le « Tiers-État », le terme Tiers-Monde a pourtant gardé toute sa capacité subversive. « Plus qu'une simple métaphore géopolitique (..), il comporte une connotation historique et politique permettant de souligner les multiples oppressions ».

 Le contexte spécifique des années 1960 a donc contraint les théoriciens du social à adapter leurs outils à la lecture d'une nouvelle page de l'humanité marquée par une volonté générale de modernisation et de développement accélérés. L'expérience de la reconstruction de l'Europe dans l'immédiat après- guerre, qui visait à faire converger, en les planifiant les efforts endogènes et l'aide étrangère, inspirèrent largement les leaders du Tiers Monde et les anciennes métropoles qui tentaient de sortir leurs pays du sous-développement.

 Cette volonté de rattrapage des pays développés, des leaders du tiers-monde, aussi divers que Gamal Abd el-Nasser, Ahmed Soekarno, Kwame Nkrumah, Modibo Keita, Zhou Enlai, l'avaient affirmé avec force à la conférence de Bandung (Indonésie) en 1955. Il semble d’ailleurs que ce soit la même volonté qui a été remise, au goût du jour par la nouvelle génération de leaders africains qui ont conçu le NEPAD. A. Wade, O. Obansanjo, T. Mbécki, A. A Boutflika et H. Moubarack n’ont-ils uni leurs voix à celles des autres pour renouveler la réflexion ?. Le postulat optimiste de faire de l'indépendance politique obtenue un outil de libération des dynamismes internes, qu'il fallait conforter et encadrer qui prévalait dans les années 1960 a été estompé par l’impitoyable réalité. L'idéologie développementiste commune, des pionniers, reposait sur deux grand présupposés :
  • la croissance accélérée des forces productives et le rôle majeur de l'État dans la mise en œuvre ;
  • le contrôle du processus de croissance ;

 La confusion qui caractérise le binôme « modernisation et développement » a, d’ailleurs, pris racine dans le contexte des indépendances. Ces deux termes renvoient respectivement à l’industrialisation et la croissance économique.
L’émergence de la notion développement a introduit des transformations qualitatives dans la vision des sociétés émancipées. Elle a permis de contester l'existence de deux sous-systèmes  juxtaposés : primitivité/économie de subsistance face à civilisation/industrialisation. Elle reconnaît, en outre, que les processus nationaux de transition vers l'indépendance se sont accompagnés de vastes ruptures dans les économies et les comportements des individus. Cette nouvelle relativité historique repose cependant sur certaines ambiguïtés.

 Si les anciennes colonies sont désormais considérées comme capables de progrès, les théories de la modernisation, dans leur souci de réduire, de manière accélérée, les différences de niveaux de développement, reconstituent presque toutes, un schéma bipolaire qui oppose les sociétés développées technologiques ou encore urbaines. Leur illustration la plus connue est le schéma de W. W. Rostow, avec un programme de croissance en cinq étapes conçu sur le modèle idéalisé de l'Occident, synonyme de la Civilisation. Il envisage l'histoire comme un continuum évolutionniste linéaire et la « marche des pays vers le progrès » comme une caravane au chemin déjà balisé. Néanmoins, des divergences théoriques au sein de l’école de la modernisation se confondent largement avec la volonté d'occidentaliser des peuples « non civilisés » dont les valeurs intrinsèques et les systèmes socio-culturels sont perçus comme des obstacles au progrès.

 Les théories de la modernisation, dans toutes leurs variantes, ont en commun d'oublier les processus d' « internalisation » (décomposition/reconstitution des logiques traditionnelles) dans le processus d'innovation.
Les théories de la modernisation sont encore à la base des visions sous-jacentes du développement et de la mondialisation. Les organismes internationaux et les pays industrialisés  jouent un rôle prépondérant dans la consolidation de cette conception. Les Institutions de Bretton Woods comme les organisations des Nations Unies et les agences de coopération bilatérales partagent la même conviction : le problème de l’Afrique se résume à un défaut de modernisme qu'il faut combler par son intégration au marché mondial.
Pour y arriver, il faut « ajuster » l’Afrique et les Africains, à la dynamique de la mondialisation. Il s’agit d’appliquer dans les pays d’Afrique, de façon uniforme, la même « thérapie de choc » (politiques d’austérité, privatisation et libéralisation) préconisée par le « consensus de Washington ».

 La problématique du développement est assez complexe et les définitions difficiles à établir. Mais quelle que soit la position adoptée, le développement, au regard de la théorie sociologique, réfère nécessairement à un processus de changement et de transformation sociale.
En Afrique comme ailleurs dans le Tiers Monde, ce processus est actuellement dominé par des crises multiples et multidimensionnelles. Dans beaucoup de pays, les changements s'opèrent sur des « (…) sociétés déchirées, écartelées par une crise qui a atteint des limites extrêmes, des points de rupture, et cela notamment parce que sont également entrés dans une crise apparemment irrémédiable deux modèles de structuration qui, jusqu'ici les aidaient plus ou moins à tenir ensemble : à savoir d'une part le modèle de l'Etat/nation et le modèle de développement qui lui est associé, et d'autre part le modèle des espaces traditionnels de solidarité ».

 Comme, cela apparaît au niveau de l’analyse, des auteurs du Sud ont, à un moment donné, pris une part active dans l'animation du courant Tiers-mondiste dont l'impact sur la perception des questions liées au développement (surtout en France et dans les pays francophones) est incontesté. M. Haubert explique en partie, la vigueur et la radicalisation connues par ce courant dans les années 1960/1970 par « la double crise de la civilisation occidentale (à partir de 1968) et de l'économie capitaliste (à partir de 1973), l'échec flagrant des politiques de développement, le regain du marxisme et la diffusion en Europe des thèses de la théorie de la dépendance » dont les principaux auteurs proviennent des Tiers Mondes.

 Face aux défis qui interpellent le monde, des Africains ont fait des positions qui ont connu des fortunes limitées, bien qu’ils aient réussit parfois à tempérer théorique durable est loin d’être assurée. Le caractère moteur de la pensée issue du Sud a rapidement connu un déclin précipité par les institutions de Bretton- Woods, en particulier en Afrique. Cette tendance se retrouve aujourd’hui, avec la mondialisation libérale, qui est d’ailleurs essentiellement gouvernée par les principaux acteurs qui ont dépossédé l’Afrique de ses maigres atouts. La mondialisation n’est donc pas une problématique nouvelle, ni dans son orientation, ni dans sa configuration actuelle. Elle s’inscrit dans la même historicité que les modes de dominations qui lui sont antérieures et reposent sur les mécanismes qui, depuis des siècles, régissent les rapports sociaux entre les dominants et des dominés à l’échelle mondiale.


LA MONDIALISATION, UN PROCESSUS DE POLARISATION HISTORIQUE ET EVOLUTIVE

 Si la globalisation apparaît comme le nouvel emblème du capitalisme néo-libéral avec son projet de soumission de l’humanité aux exigences du marché «autorégulé» et toujours au service des plus forts, plusieurs auteurs s’accordent à penser que ce phénomène, dans son idéologie et dans ses caractéristiques intrinsèques, est au moins aussi ancien que le capitalisme.

 Le processus de soumission économique des différentes périphéries (pays dominés et classes dominées) par un centre, lui même en prise à ses propres contradictions (les Etats du G8, leurs institutions satellites et les multinationales) a été entamé depuis des temps lointains. La seule nouveauté réside, en effet, dans la sophistication de l’appareil de domination, entre autres, constitué des institutions de Bretton Woods (le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale) et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).
Selon l’économiste égyptien Samir Amin :
 « La mondialisation est aussi vieille que le monde » mais la mondialisation moderne qui s’est développée avec le capitalisme présente des caractéristiques qualitativement différentes des formes antérieures. Comme les modes de production qui l’on sous-tendue, la mondialisation des temps pré-capitalistes s’est surtout développée sur le terrain politique et avec le politique, l’idéologique et le culturel tandis que son ersatz dans la société capitaliste se fonde sur la prééminence de l’économique sur les autres instances de la vie sociale ».
Cette forme de mondialisation permettait toujours le rattrapage des sociétés les moins avancées. Effectivement attardée jusqu’en l’an 1000, l’Europe a ainsi pu (en 4 ou 5 siècles entre 1000 et 1500) rattraper non seulement l’Orient musulman mais aussi la Chine et l’Inde qui pendant très longtemps avaient été plus avancées.
 
 Comparant l’impérialisme triomphant des années 1900 au capitalisme mondialisé d’aujourd’hui, Jean Bantou a noté, au titre des analogies qui unissent ces deux apogées historiques, « les progrès techniques comparables dans les domaines du transport et de la communication (…). Il y a cent ans la généralisation du rail, de la navigation à vapeur, et du télégraphe, aujourd’hui l’essor massif du fret aérien et le développement des autoroutes de l’information et de la communication ».
John Maynar Keynes nous fait remarquer que déjà en 1920, « Un habitant de Londres pouvait (…) commander par téléphone les produits variés de toute la terre (..) risquer son bien dans les ressources naturelles et les nouvelles entreprises de n’importe quelle partie du monde et prendre part, sans effort ni souci, à leur succès et à leurs avantages espérés ».

 Sur le plan financier, Marc Flandreau et Chantal Rivière ont montré, qu’à « la veille de la Première Guerre mondiale, en dépit de l’existence d’une taxe Tobin avant la lettre, l’intégration internationale des flux de capitaux avait atteint un niveau très élevé, qui n’a probablement pas été dépassé depuis ».
« Mise en place à l’époque mercantiliste, pendant 3 siècles (1500 à 1800), à travers des politiques systématiques de destruction des formes anciennes d’interdépendance, pour être au service de ce qui va devenir «l’accumulation capitaliste, la mondialisation capitaliste moderne a inauguré un phénomène nouveau dans l’humanité. Elle a produit un écart grandissant, une polarisation grandissante entre les régions du système mondial ». (Samir Amin, op. cit).
De nombreux auteurs qui se situent dans la perspective du Tiers mondisme (Amin, Bantou, Bairoch, Rogalski..) ont illustré l’accentuation des inégalités et la polarisation gigantesque et évolutive qui caractérisent la mondialisation moderne par des faits et des chiffres incontestés.
 Entre 1890 et 1913, Paul Bairoch a estimé que le PNB des pays développés avait progressé de 1,7% par an contre 0,6% pour les pays en voie de développement ; pour la période 1970 à 1990, les mêmes taux s’élèvent respectivement à 2,2% et 0,9%. Le Nord a, donc, connu une croissance économique supérieure à celle du Sud de 2,8% et 2,4% pendant ces deux périodes.

 La comparaison du rapport entre le PNB réel à parité de pouvoir d’achat par habitant du pays le plus riche, (les Etats Unis) et la moyenne des cinq pays les plus pauvres révèle une différence de 1 à 8,2 en 1900, contre 1 à 49 en 1995. Pour 80% de la population du monde, l’écart entre les régions les moins développées et les plus développées, en terme de productivité moyenne par famille par an était de 1 à 2 ou 3 avant la révolution industrielle, selon Samir Amin, de 1 à 30 en 1945 et de 1 à 60 à l’heure actuelle.
Ajouté aux conséquences désastreuses des politiques néo-libérales, notamment les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) entreprises dans les pays du Tiers monde, J. Bantou n’a pas tort de parler « d’une tendance à la recolonisation de régions entières du monde à laquelle la puissance politique et militaire des puissances impérialistes, notamment des Etats Unis, confère des moyens supplémentaires décisifs».
Les accords de Marrakech de 1995 et la création de l’OMC n’ont donc fait qu’accélérer l’intégration commerciale et financière de la planète. Mais comme le souligne S. Amin, « la polarisation ne s’est pas développée de manière totalement linéaire. Elle a connu des moments de remise en cause ne serait- ce que partielle ».

 L’OMC a consacré la déréglementation comme principale modalité pour régir le marché. Celui-ci dit-on aurait la faculté de s’autoréguler et de corriger les inégalités par une compétition franche et « à chances égales ». Principe fondamental dans la philosophie libérale, la déréglementation n’en pose pas moins un problème réel. « Entre le fort et le faible c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » disait un certain Lacordaire à la fin du 18e siècle.

 Entre un Marché international libéralisé, des Multinationales au dessus des lois et des États obligés de se mettre à la diète pour que leurs économies soient maintenues sous perfusion, l’Afrique a beaucoup de mal à sortir de la trappe du sous-développement. Comme le mirage du développement, les vertus proclamées de la mondialisation ne se sont encore fait remarquées au niveau des populations démunies du Tiers-Monde.

 Avec le triomphe du capitalisme libéral, principal modèle du monde unipolaire, la marginalisation de l’Afrique dans l’Economie mondiale est devenue une réalité patente. L’ensemble du Continent ne représente, à peine, que 1% du PIB mondial et moins de 2% du commerce international pendant que l’Aide publique au développement y est passée de 17 milliards de dollars en 1990 à 12 milliards à la fin de 1999. Avec ses multiples foyers de tensions, ses 25 millions de Sidéens et ses 140 millions de jeunes illettrés l’Afrique regroupe 34 des 49 Pays les Moins Avancés.

 Les assauts idéologiques répétés contre l’État ont abouti à son désengagement. La déconsidération des questions sociales au profit de la sphère économique, et surtout les politiques néo-libérales imposées par la Banque Mondiale ont sensiblement accéléré les décalages déjà existants. La faillite des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) a largement contribué au chaos actuel.


 En 1990, « la pauvreté absolue », mesurée à l'échelon planétaire par la Banque mondiale, sur la base d’un revenu de 370 dollars par personne et par an permettait d’estimer à 1,5 milliard les personnes atteintes dont 1,1 milliard vivant dans les pays en développement particulièrement en Afrique, soit 73% des pauvres. Toutes les estimations montrent que l’Afrique détient une part importante de ce triste record qui ne cesse de s’aggraver. Environ 340 millions de personnes vivaient avec moins d’un dollar par jour, en l’an 2000. Les Institutions de Bretton Woods avouent que cette région sera la seule du Monde où le nombre de pauvres continuera d’augmenter pendant les 15 prochaines années. La Banque mondiale (2000) estime, en effet, que les économies d’Afrique subsaharienne devront croître d’environ 7% par an d’ici l’an 2015 pour vaincre la pauvreté tandis que la croissance annuelle moyenne du Continent, depuis 1990, ne dépasse guère 2,6%.

 Les inégalités sont aussi sexistes. Partout en Afrique, les femmes sont les plus nombreuses parmi les populations « sans pouvoir » en plus d’être les plus démunies des nombreux pauvres. Les disparités de genre sont très significatives dans le domaine de la pauvreté. L'importance de l’écart homme/femme dans la pauvreté avait conduit le PNUD, en 1995, d’y consacrer son Rapport Mondial sur le Développement Humain. Une des conclusions du rapport sur "la dimension féminine dans le développement humain" stipule que «La pauvreté a un visage de femme». Sur 1,5 milliard de personnes vivant dans la pauvreté absolue, 70% sont des femmes.


La mondialisation libérale


 Si le sous-développement du Continent n’est pas exclusivement imputable à la mondialisation libérale, les répercussions de celle-ci dans le vécu des populations les moins nanties en sont les manifestations les plus patentes.
  
  • Intégration des économies ; souveraineté du marché international libéralisé et déréglementé ; extrême mobilité des capitaux, des biens et des marchandises ; délocalisation de la production suivant le principe de «l’avantage comparatif» ; augmentation de la productivité et des gains ; renforcement du pouvoir des pays créanciers, des multinationales, des institutions financières et de certaines élites ; transfert de la souveraineté des Etats/nations à des instances supranationales.. caractérisent un versant de la globalisation.
  
  • Eclatement des familles ; recul de la cohésion sociale ; restrictions drastiques des mouvements transfrontaliers des citoyens des pays pauvres vers les pays industrialisés ; paupérisation galopante des travailleurs ; fragilisation des groupes vulnérables ; citoyenneté à double vitesse ; perte de pouvoir des pays et des populations pauvres asphyxiés par la dette ; reconnaissance de l’impérieuse nécessité de constituer des grands ensembles.. dominent l’autre versant du phénomène évoqué.

 La liste n’est pas exhaustive mais, ces exemples sont relativement pertinents pour donner, une idée sur l’impact du phénomène. La mondialisation libérale se situe résolument dans un paradigme qui place les richesses au dessus des gens. Ses idéologues ont conçu un discours subtile qui présente le Marché comme une panacée et dénie à l’Etat ses fonctions essentielles.

A travers le NEPAD, ils ont décidé de bâtir une proposition collective pour sortir l’Afrique de son état actuel. Mais dans quelle mesure s’inscrit-il ou non dans une perspective de remise en cause des fondements théoriques et idéologiques de la mondialisation libérale ?



Le NEPAD, faut-il toujours y croire ?

 En 1980, frappés par une crise généralisée aggravée par les Programmes d'Ajustement Structurel (PAS) et leur lot de conditionnalités, les pays africains ont tenté de reprendre l'initiative et d'engager le débat sur le développement dans une voie nouvelle. Les Chefs d'Etat d'Afrique, réunis à Lagos pour définir un plan d'action affirmaient, ainsi, que la soumission de leurs économies aux règles du marché mondial définies par les centres était la cause principale de la crise économique.
 
 A travers le Plan d’Action de Lagos (PAL), ils fixaient les orientations pour le Développement et des mesures de restructuration des fondements économiques de l'Afrique. Ces orientations étaient principalement basées sur une approche régionale de grande portée et l'autosuffisance collective du Continent. La réplique des pays occidentaux ne s'est pas fait attendre. Dès l'année suivante (1981), la Banque Mondiale, dans sa publication appelée « Le Développement Accéléré de l'Afrique.. » récusa totalement la thèse des Africains qui, dans leur explication de la crise, avaient privilégié les raisons externes. La Banque affirma, à son tour, que l'origine de la crise est interne. A travers le Rapport Berg, elle déclina un argumentaire qui accuse les Etats africains d'avoir biaisé les règles du jeu.

 Fortes du poids des pays industrialisés, les Institutions de Bretton Woods avaient, ainsi déplacé le centre d'intérêt des élites africaines de la recherche de stratégies prospectives de développement, pour le fixer sur la gestion quotidienne de la crise et de la dette faramineuse dont leurs pays sont tributaires. Elles ont pris le leadership dans la réflexion ou plutôt le pilotage de l'absence d'une réflexion des Africains sur leur devenir. Ces institutions ne détiennent pas seulement des moyens théoriques, elles ont le pouvoir financier qui permet d'imposer des conditionnalités.
Le Plan d’Action de Lagos a été assassiné. Les espoirs légitimes qu’il avait suscités ont été déçus. En dépit des reproches multiples et fondés dont il a fait l’objet, il constituait, pourtant, une vision endogène authentique et autonome sur le devenir du Continent. Cela était tellement clair que les détracteurs de l’Afrique avaient à l’époque mobilisé toutes leurs énergies pour lui opposer une autre «vision».

 L’initiative de Cancun issue de la rencontre des pays du Nord et du Sud en 1981, le Programme Prioritaire de Redressement Economique de l'Afrique adopté par l'OUA en 1985 et exécuté entre 1986 et 1996 ainsi que le Programme des Nations Unies pour le Redressement Economique et le Développement de l'Afrique  n’ont pas, non plus, atteint les objectifs qui leur étaient assignés.

 Les conclusions de diverses réunions au sommet, tenues à Blantyre (Malawi) entre les mois de février et mars 1989 suivies de celles d’Addis-Abeba en mars et avril de la même année ont abouti à la mise en place du Cadre de Références des PAS (CARPAS) qui visait le redressement et la transformation socio- économique des pays sous ajustement. Force est, cependant de constater que les effets des PAS ont été néfastes. Après deux décennies d’ajustement pour atteindre le développement, la communauté internationale a, d’ailleurs, constaté elle-même la catastrophe en décrétant une décennie de lutte contre la pauvreté.


Une « nouvelle initiative africaine »

 La formulation du Plan Omega par le Président Abdoulaye WADE et du Plan d’Action du Millénaire (PAM) conjointement proposé par les Présidents Thabo MBECKI, Olusegun OBASANJO et Abdul Aziz BOUTEFLIKA traduit l’ambition du Nouveau Leadership Africain de renverser la tendance. Au sommet de Syrte, en mars 2000, l’OUA a proposé la fusion des deux plans. Ce fût la naissance de la «Nouvelle Initiative Africaine» (NIA).

 La Nouvelle Initiative africaine (NIA) a été adoptée par l’OUA, en juillet 2001, au Sommet de Lusaka. Réunis à Abuja, en octobre, les Chefs d’Etat membre du Comité de Mise en Œuvre, comprenant les Cinq fondateurs qui constituent le Comité de Pilotage et dix autres représentants des cinq régions d’Afrique (Nord, Ouest, Centre, Sud, Est et Océan indien) ont décidé de rebaptiser l’initiative sous l’appellation de «Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique» (NEPAD).

 Présenté par ses auteurs comme une vision nouvelle, le NEPAD est un plan de partenariat entre l'Afrique et les dirigeants des pays riches. Son but ultime est de combler le retard qui sépare l'Afrique des pays développés dans certains domaines clefs. Posé comme une rupture radicale avec le "binôme infernal" du crédit ou de l'Aide, le NEPAD propose, en sus de la coopération courante, une forte mobilisation de ressources additionnelles, notamment à travers un appel massif au secteur privé, pour financer les secteurs déficitaires.
Outre La Bonne Gouvernance politique et économique qui en sont la trame, les domaines prioritaires retenus par le NEPAD s’articulent autour de huit (8) secteurs : Les Infrastructures ; L’Education ; La Santé ; Les NTIC ; L’Agriculture ; L’Energie ; L’Accès au marchés des pays développés ; et L’Environnement.
Au moment où se formulait le NEPAD, la Banque mondiale (comme pour ne pas rompre avec ses habitudes) mobilisait l’opinion africaine et internationale autour d’une nouvelle publication : « L’Afrique peut-elle revendiquer le 21ème siècle ? ». Ironie du sort ou véritable prémisse d’une nouvelle bataille pour la définition des paramètres et de la substance du programme de développement de l’Afrique ?

 Les réponses sont pour l’instant mitigées. Mais incontestablement, le NEPAD traduit la détermination des leaders africains de réaliser ensemble, à l’échelle régionale et continentale des programmes d’actions. Mais cela suffit-il pour en faire une vision nouvelle et une réponse appropriée à la mondialisation ?
initiative africaine »



Le NEPAD et la mondialisation : rupture ou continuité ?

Au regard des documents officiels et  des déclarations des promoteurs du NEPAD, il apparaît clairement qu’il n’est nullement question de remettre en cause  la mondialisation. Bien au contraire.
Tant par la philosophie du rattrapage qui en est le fondement que par la sublimation du Marché et du Secteur privé, le NEPAD est une célébration de l’idéologie libérale :
«Moins d’Etat»,
«Peu d’Etat»,
«Pas d’Etat»,
«Chacun pour soi »
« Marché pour tous »

 Autant de formulations qui peuvent être considérées comme les slogans clefs du néolibéralisme se lisent entre les lignes du NEPAD. En effet, celui-ci ne  rejette pas l’Etat de façon explicite mais il prône très fortement le Marché pour résoudre les problèmes de l’Afrique.

 En dépit du discours officiel des pays du G7, érigés en modèle, il y existe bel et bien un interventionnisme de l’Etat et un protectionnisme élémentaires. La Protection sociale des travailleurs y est consacrée. La France fournit le Revenu Minimum d’Insertion (RMI)  à l’ensemble de ses chômeurs. Tous les pays du G7 subventionnent leurs agriculteurs (un milliard de dollar par jour pour soutenir les agriculteurs).  Ils font et défont les règles du Marché suivant leurs intérêts et ceux des multinationales tout en imposant aux Africains l’abandon de l’Etat ou sa limitation à «l’Etat–Gendarme», pour reprendre le terme de Pareto.
Les stratégies préconisées, dans le cadre du NEPAD, pour la réduction de la pauvreté soulèvent, également, des inquiétudes légitimes. Le NEPAD ne remet pas en cause les bases des politiques néo-libérales menées en Afrique, notamment les PAS. Il apparaît même que ses concepteurs ont résolument décidé de s’abreuver à la source des Institutions de Bretton Woods. La ressemblance qui existe entre les options du NEPAD et les recettes vulgarisées dans le cadre des Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DRSP) est, à cet égard, très troublante. Les leaders africains sont pourtant bien placés pour savoir que le DSRP, imposé comme une conditionnalité d’accès et à la réduction de la dette dans le cadre de l’initiative Pays Pauvres très endettés (PPTE), n’est qu’une nouvelle tentative de diversion des peuples africains devenus conscients des méfaits des PAS en vue de poursuivre leur logique néfaste, en utilisant de nouveaux labels.

 Avec les DSRP, les «missionnaires nouveaux auto-proclamés du bonheur public» se sont, aussi, investi du devoir de défendre les peuples africains contre leurs Etats. Et cela n’émeut nullement les leaders du Continent. Dans tous les cas, il faut souligner avec force, que la réduction de la pauvreté ne saurait être un horizon pour l’Afrique. Au delà de son éradication souhaitée, les Africains doivent s’atteler à l’instauration d’un développement équitable, humain et durable.

 Un autre point clef sur lequel les concepteurs du NEPAD ont adopté une position franchement minimaliste concerne la dette extérieure de l’Afrique. Pendant que le service de la dette engloutit plus de 60 % des recettes intérieures des pays, le NEPAD s’accommode d’un appel timide pour son rééchelonnement. Pendant ce temps, dans le Nord comme dans le Sud, des segments entiers des populations unissent leurs voix pour remettre en cause les bases de la légalité et de la légitimité de cette dette fatale et pour réclamer l’annulation pure et simple des 200 milliards de dollars réclamés à l’Afrique noire. Il n’est pas concevable que le NEPAD puisse constituer un recul par rapport à la libre expression de cette revendication.

 Par ailleurs, les « pères » du NEPAD devront s’assurer de toutes les garanties pour que ce recours au Secteur privé international ne produise pas un contre effet en creusant les inégalités. Les peuples africains ont un devoir de vigilance par rapport à cette option afin de ne pas livrer le continent  au  capitalisme sauvage.

 Néanmoins, les dirigeants africains avaient déjà marqué leur accord sur la nécessité de mettre sur pied une équipe spéciale sur l’égalité de genre et la réduction de la pauvreté. Un pas substantiel a été réalisé avec l’inscription de la parité au sein des organes chargées de gérer l’Union Africaine et le NEPAD. C’est un acte à saluer et à encourager. Mais il faut veiller à l’application effective de cette décision et surtout à en approfondir la portée car, pour l’instant, elle ne concerne qu’une infime partie de la problématique des inégalités.

 Le NEPAD est une étape importante mais les efforts doivent être poursuivis. Dans sa configuration actuelle, le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) n’est qu’un ajustement interne comme le souligne, à juste titre, Michel Camdessus , ancien directeur du FMI, conseiller du Président français pour le NEPAD). Et cela constitue un vrai problème. En effet, Il ne suffit pas de rompre avec le binôme infernal du crédit et de l’aide. Il faut, effectivement, rompre avec la mentalité d’assisté et bâtir la renaissance africaine sur la force et l’intelligence. Les points de vue des populations « sans pouvoir », notamment les femmes, les pauvres et les exclus doivent être pris en compte par les décideurs du NEPAD.


CONCLUSION

 Face à la logique libérale, offensive et impérialiste qui sous-tend la mondialisation contemporaine, il est impératif de repenser l'Afrique non pas seulement comme un terrain d’expérimentation d’une perspective dictée par l’Occident mais comme une partie prenante dans la re-définition des règles qui régissent le «village planétaire.

 Face a la logique libérale qui sous-tend la mondialisation contemporaine, il est impératif de repenser l’Afrique non pas comme un terrain d’expérimentation défini par l’Occident, mais comme partie prenante dans la redéfinition des règles qui régissent le village planétaire. La réflexion sur le développement a encore du mal à intégrer la dimension sociale et culturelle, propre à tout processus de transformation des sociétés. Les attributs et les besoins spécifiques des femmes, des jeunes et les catégories sociales marginalisées sont souvent occultées dans les énoncés des programmes préconisés, or, le développement s’est d’abord l’affaire des gens !

 La qualité des ressources humaines est devenue déterminante pour le positionnement des nations et de leurs différentes composantes sur l’échiquier mondial. L’accès et la maîtrise des savoirs modernes, des savoir-faire et des savoirs sont indispensables à la domestication des nouvelles technologies, l’informatique, les télécommunications ainsi que les autoroutes de l’information et de la communication. Le défi est global, mais l’impératif d’investir massivement dans l’éducation, la formation et le développement des compétences de l’ensemble des populations du continent, doit se conjuguer avec la correction des inégalités internes.

 Sur le plan économique, la prépondérance progressive de la valeur ajoutée sur les produits bruts a bouleversé les paramètres du marché mondial. Or, l’essentiel des matières premières autour desquels l’Afrique a, jusqu’ici, bâti ses relations d’échange avec l’étranger, sont des produits bruts : phosphates, café, arachide, coton, et avec la détérioration des termes de l’échange, ces formes de richesse sont devenues dérisoires.

 La maîtrise des techniques et technologies modernes est au centre des enjeux du nouveau millénaire. La position du peuple africain face à ces facteurs indispensables à la rentabilité et à la productivité, revêt du même coup un caractère crucial. La citoyenneté se décline communément en termes de participation à la vie politique, d’égalité de chances et d’obligations pour l’État d’assurer le bien-être des citoyens. Or, comme le souligne un récent rapport de l’Institut de Recherche des Nations unies pour le développement social :
« Pour l’instant les chances sont profondément affectées par les décisions prises dans les instances internationales qui ne sont ni représentatives ni responsables devant les peuples et qui laisse les marchés mondiaux réduire à néant les moyens d’existence d’une grande partie de la population mondiale ».

 Pour libérer le potentiel de développement de l’Afrique, la mondialisation doit être équilibrée ; un tel défi peut être relevé à condition d’avoir une volonté réelle et affirmée. Ce n’est qu’avec la clameur populaire, vigoureusement impulsée par les forces sociales que la culture de la résistance, à travers les manifestations et toutes les modalités pertinentes qui expriment le refus de l’ordre actuel, qu’elle prend une importance stratégique. Elle doit être encouragée, protégée et doit bénéficier de toute la signification symbolique qu’elle revendique.



M. T.