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Actualités
01.07.2008
-  élections
Bienvenue
L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n


La crise ivoirienne










Les ondes de choc régionales
  Ernest Harsch*  
                                                                                         






* Ernest Harsch est journaiste. Article publié dans Afrique Renouveau-ONU.




  La ligne de chemin de fer qui relie la ville portuaire d’Abidjan en Côte d’Ivoire à Ouagadougou, située à plus de 1 200 km de là dans le pays voisin du Burkina Faso, est l’un des symboles les plus anciens et les plus évidents des liens qui existent entre les pays de la région. Pendant des décennies, les trains ont transporté tous les jours dans les deux sens des tonnes de marchandises et des centaines de passagers. Mais peu après que la guerre a éclaté en Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002, les locomotives se sont arrêtées. Tout à coup, les marchés du nord de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Mali, du Niger et d’autres pays ont été privés d’importations essentielles. Les agriculteurs, les éleveurs et les producteurs de la région n’ont plus pu se servir des chemins de fer - ni des routes - qui traversent la Côte d’Ivoire pour acheminer leurs produits vers des marchés éloignés. Des deux côtés de la frontière, plus de 1 800 employés des chemins de fer n’ont plus touché aucun salaire.                                                                    

 En mars 2003, au Burkina Faso, la situation était devenue désespérante pour certains. D’abord à Bobo-Dioulasso et ensuite à Koudougou, des dizaines de femmes d’employés des chemins de fer ont défilé dans les rues en criant « Nous avons faim ! »  et en brandissant des marmites et des sacs de riz vides pour attirer l’attention sur leur triste sort. Des industriels et des commerçants dont les activités avaient pâti de l’interruption des échanges ont demandé à bénéficier d’une aide d’urgence.

 Avec la constitution officielle d’un gouvernement de réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, les responsables des chemins de fer ont commencé à promettre que les liaisons ferroviaires reprendraient dès la fin du mois d’avril. Mais il a fallu attendre le 22 mai avant que le premier train, transportant de l’engrais et du ciment, n’effectue, sous escorte militaire importante, la liaison entre Abidjan et Ferkessedougou, située dans le nord de la Côte d’Ivoire contrôlé par les rebelles. Des groupes de jeunes partisans du président ivoirien Laurent Gbagbo avaient auparavant essayé de bloquer le train en démolissant une petite partie de la voie ferrée, afin d’exprimer leur opposition aux accords de paix.                        

 Aux yeux de nombreux observateurs locaux, les perspectives de rétablissement - et de maintien - de ce système de transport essentiel de l’Afrique de l’Ouest demeurent aussi incertaines que le processus de paix ivoirien lui-même. La situation économique d’une grande partie de la région dépend de la réussite de ce processus. En l’absence de paix en Côte d’Ivoire, s’inquiète le ministre des Finances du Mali Bassari Touré, « il faudra réorienter quasiment toute notre économie».   

 À l’heure où les huit pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), groupe régional de l’Afrique de l’Ouest francophone, resserrent les liens économiques qui les unissent, la crise en Côte d’Ivoire est devenue « source d’instabilité macro-économique pour l’ensemble de l’Union », note M. Charles Konan Banny, Gouverneur de la banque centrale ouest-africaine.  «Les incertitudes que cela suscite risquent de faire dérailler la dynamique d’intégration et  nuire à la viabilité de l’Union. Cette crise ne peut durer  ».

 

Un « moteur de croissance » en panne

 Pendant des décennies, la Côte d’Ivoire a été l’un des pays africains les plus stables sur le plan politique et les plus dynamiques sur le plan économique. Grâce à un secteur agricole très productif, ce pays est le premier exportateur mondial de cacao et le plus grand exportateur africain de café (quatrième ou cinquième à l’échelle mondiale). Par rapport à de nombreux autres pays africains, la Côte d’Ivoire bénéficie également d’un secteur manufacturier relativement diversifié.   

 Grâce à ces atouts économiques et à l’accueil favorable que la Côte d’Ivoire a réservé à l’origine aux migrants d’autres pays africains, le pays a attiré de nombreux travailleurs originaires de l’ensemble de la région. On estime à environ 3 à 4 millions le nombre de non-Ivoiriens, soit un quart de la population totale du pays. Plus de la moitié d’entre eux sont originaires du Burkina Faso ; c’est notamment le cas des descendants des immigrés qui sont arrivés à l’époque du colonialisme français et ont vécu en Côte d’Ivoire toute leur vie. Par leur dur labeur dans les plantations, les ports et les industries du pays, ces immigrés ont contribué pour beaucoup au  « miracle »  économique ivoirien.                                             

 Comme le rappelle M. Banny, cette réussite économique a eu des retombées positives dans la région et a fait de la Côte d’Ivoire un  « pôle de croissance régional ». La région a bénéficié, grâce à la Côte d’Ivoire, des transferts de fonds envoyés par les travailleurs immigrés à leur famille, la production de biens manufacturés, la création de marchés locaux pour les exportations de produits agricoles et d’animaux d’élevage des pays voisins et l’utilisation de ses ports, chemins de fer et routes facilitant les déplacements et les échanges régionaux. Par la seule taille de son économie, la Côte d’Ivoire, tant qu’elle était en bonne santé économique, ne pouvait être qu’un pilier de la stabilité de la région. Elle génère près de 40% du produit national brut cumulé de l’ensemble de l’UEMOA. Elle compte également un quart de la population totale de l’UEMOA, 30% de ses investissements et 40% de ses recettes budgétaires, produit 57% de ses exportations et reçoit 36% de ses importations.                                                

 Mais à la fin des années 1990, l’économie ivoirienne a considérablement pâti de la montée des conflits politiques intérieurs, auxquels est venue s’ajouter la baisse des cours mondiaux du cacao et du café. Son taux de croissance a gravement chuté, et reste nul ou négatif depuis 2000. Alors que son PIB faisait auparavant monter la moyenne de l’ensemble de l’UEMOA, c’est le contraire qui se produit depuis cinq ans environ.                                                                                                

 Depuis le début de la guerre civile, en septembre 2002, la situation est particulièrement critique. En mars 2003, le Fonds Monétaire International (FMI) a estimé que le conflit avait ramené à zéro le taux de croissance du PIB de la Côte d’Ivoire pour l’ensemble de l’année 2002. Mais, citant les estimations de la banque centrale, M. Banny indique que le PIB ivoirien a en fait reculé de 1,3% cette année-là, ce qui a fait chuter le PIB moyen de l’UEMOA à 2,6% (les projections étaient de 4% avant le conflit). Les analystes de l’Economist Intelligence Unit de Londres confirment ces estimations avec même un recul supplémentaire de 1,9% en 2003.                                                                                                   

 Ce recul affecte la croissance des pays voisins qui dépendent le plus de leurs relations économiques avec la Côte d’Ivoire, bien qu’il soit difficile de distinguer l’impact de ces répercussions des autres facteurs qui amoindrissent la croissance. Le Premier ministre du Burkina Faso, Ernest Paramanga Yonli, a annoncé en mars au parlement que la croissance pour l’année 2002 s’élevait à 4,6 %, soit un point de pourcentage de moins que l’année précédente. Ce recul s’explique en partie seulement par les perturbations qu’a causées le conflit ivoirien, la stagnation de la production céréalière jouant également un rôle important. Avant les événements qui se sont produits en septembre 2002 en Côte d’Ivoire, les autorités du Burkina Faso s’attendaient à enregistrer un taux de croissance ambitieux de 7 à 8% pour cette année-là, mais en mars, la Banque mondiale a ramené ces prévisions à seulement 2,6%.

 Le Mali, qui est moins touché que le Burkina Faso, est parvenu à maintenir en 2002 un taux de croissance raisonnable de 4,5% . Le Niger a vu son taux de croissance réduit à 2,9 % en 2002 (contre 5,8 % l’année précédente).


Réfugiés et rapatriés

 Pour de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, le conflit en Côte d’Ivoire, qui vient s’ajouter à ceux du Liberia et de la Sierra Leone, n’a fait qu’accroître des mouvements de population déjà très désordonnés, à mesure que les villageois fuient les troupes rebelles ou gouvernementales ou des agressions perpétrées par d’autres villageois. Certains se sont abrités dans des centres de réfugiés ou de transit. D’autres sont parvenus à rentrer dans leur pays d’origine où ils sont en sécurité. D’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, un demi-million de personnes environ a quitté la Côte d’Ivoire ; on compte également quelque 750. 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays. C’est le Burkina Faso qui, comme dans d’autres domaines, a été le plus durement touché. Avant même les derniers combats en 2002, des dizaines de milliers de Burkinabè étaient déjà rentrés chez eux, fuyant les agressions de groupes ivoiriens déterminés à chasser les étrangers ou à s’approprier les terres cultivées par des immigrés. Depuis septembre, leur nombre à dépassé 200. 000. La moitié d’entre eux environ ont bénéficié de la campagne officielle de rapatriement menée par le gouvernement du Burkina Faso, l’Opération Bayili, et ont ainsi reçu des rations alimentaires pour quelques jours et des soins médicaux d’urgence avant de retourner dans leur village d’origine. Les autres sont rentrés par leurs propres moyens, parcourant parfois à pied de longues distances.                                                      

 « Nous avons dû partir sans nos affaires, sans même un seul franc en poche » , raconte Gilbert Kaboré, un marchand de noix de cola de la ville ivoirienne de Bouaké, qui est rentré au Burkina Faso à pied, en traversant des forêts pour éviter les postes de contrôle armés se trouvant sur les routes. 

 Dans certaines provinces de l’Ouest du Burkina Faso, des milliers d’élèves rapatriés s’entassent dans des salles de classe déjà surpeuplées, ce qui accroît encore la charge de travail des enseignants et nuit à la qualité de l’enseignement. Les travailleurs sont encore plus nombreux à venir grossir les rangs des chômeurs du Burkina Faso. A Nimpouy et dans d’autres régions rurales, les rapatriés ont fondé de nouveaux villages et de nouvelles fermes, empiétant parfois sur des terres agricoles établies et contribuant ainsi à créer des conflits agraires et à accroître les tensions entre groupes ethniques.                                                       

 Au début du mois d’avril 2003, d’après les estimations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires, près de 100.000 personnes avaient quitté la Côte d’Ivoire pour aller en Guinée ; 60.000 d’entre elles étaient des Guinéens, les autres étant Ivoiriens, Libériens et autres... Cela n’a fait qu’accroître l’instabilité le long des frontières méridionales de la Guinée, y compris celle avec le Liberia. Quelque 40.000 réfugiés libériens qui se trouvaient auparavant dans des camps situés en Côte d’Ivoire ont été contraints de rentrer chez eux, tout comme les 38.000 Ivoiriens et des milliers d’autres ressortissants, ce qui a accentué la désorganisation engendrée par la guerre civile faisant rage au Liberia. Déjà 40.000 Maliens qui travaillaient en Côte d’Ivoire étaient rentrés au pays. Le Ghana, dont les ressortissants en Côte d’Ivoire étaient moins nombreux, ne comptait fin février qu’environ 3.000 rapatriés, mais avait accueilli plusieurs milliers d’Ivoiriens et autorisé plus de 55.000 citoyens du Burkina Faso, du Mali et du Niger à traverser le territoire ghanéen pour regagner leur pays d’origine.


Des échanges perturbés

 En plus des frais occasionnés par le rapatriement de leurs ressortissants, le Mali et le Burkina Faso ont souffert de l’interruption des échanges commerciaux avec leur voisin du Sud. En temps normal, 30% des importations du Mali et 20% de celles du Burkina Faso proviennent de la Côte d’Ivoire. Ces deux pays dépendent également des marchés ivoiriens pour leurs exportations : 10% dans le cas du Mali et 12 % dans le cas du Burkina Faso. Ces pourcentages sont beaucoup plus élevés lorsqu’on prend en compte les marchandises des autres pays qui transitent normalement par la Côte d’Ivoire.                                                           

 La fermeture des frontières ivoiriennes et la cessation de tout trafic ferroviaire ont immédiatement réduit à zéro les importations de ces pays. Des matériaux de construction commandés par des entreprises du Burkina Faso sont restés en plan à Abidjan. Une usine de motos qui attendait des pièces détachées ivoiriennes a dû licencier une partie de son personnel et la plus grande minoterie du Burkina Faso a dû cesser toute activité parce qu’elle ne pouvait plus se procurer de céréales. Dans l’Ouest du Burkina Faso, les vivres et autres produits de consommation de base ont tout à coup disparu de la circulation, et les prix ont grimpé en flèche sur les marchés locaux.                    

 Les consommateurs du Mali, dont 80% des importations proviennent en temps normal de Côte d’Ivoire ou transitent par ce pays, ont vu les prix de l’huile alimentaire, du savon et d’autres marchandises augmenter. Au Niger, le secteur du bâtiment a pâti de l’interruption des importations de fer, de bois et de peintures en provenance de Côte d’Ivoire. Même le Bénin, qui dispose de son propre port et dépend en grande partie des importations provenant du Nigéria limitrophe, a été touché par la cessation des importations de biens manufacturés et de pétrole raffiné ivoiriens (11% de ses importations de combustibles provenaient d’Abidjan).                     

 Les perturbations des exportations régionales ont été tout aussi sérieuses. Les éleveurs du Burkina Faso, du Mali et du Niger étaient fortement tributaires des marchés ivoiriens. Le Premier ministre du Burkina Faso signale que le montant total des exportations de bétail et de produits animaux de son pays a chuté de 65% du fait de la crise ivoirienne. Les exportations de bétail du Mali ont été quasiment réduites à zéro. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU indique que cela a considérablement nui aux revenus des Foula, des Touaregs et autres éleveurs du Mali, qui ont tendance à se sentir exclus de la société et ont par le passé mené des rébellions armées contre le gouvernement central.

 Le Mali et le Burkina Faso étaient tous deux fortement tributaires des chemins de fer et du port moderne d’Abidjan pour acheminer leurs exportations de coton. Dès l’interruption de cette voie de transit, ils ont essayé d’emprunter d’autres réseaux routiers pour parvenir aux ports du Ghana, du Togo, du Bénin et du Sénégal. Mais pour un produit aussi volumineux que le coton, le transport routier revient plus cher que le transport ferroviaire, dépense encore accrue par l’allongement des distances. D’après M. Toussaint Houeninvo, analyste économique à Cotonou (Bénin), ces frais de transport supplémentaires ont fait perdre au Burkina Faso près de 7 millions de dollars sur ses exportations de coton transitant par Cotonou.                                 

 De plus, les autres réseaux et capacités de transport sont inadéquats. Certaines routes sont en mauvais état, les poids lourds ne sont pas disponibles en nombre suffisant et les ports ghanéens et togolais sont très encombrés. Le Sénégal a prévu de continuer à moderniser le port de Dakar et à développer l’infrastructure industrielle de la ville, pour faire concurrence à Abidjan à l’échelle régionale. Mais comme le fait remarquer M. Houeninvo, pour que Dakar joue un rôle plus important sur le plan régional,  « il faut des capacités de manutention et d’appui dont le Sénégal ne dispose pas encore  ».


Instabilité financière

 De tout temps, une relative stabilité financière a été l’un des atouts de l’UEMOA, qui dispose d’une devise commune, le franc CFA, géré par la banque centrale de l’Afrique de l’Ouest dont le siège est à Dakar et soutenu par un taux de change fixe avec l’euro. Cela explique les taux relativement faibles d’inflation ainsi que les efforts menés par les Etats membres du groupe en vue d’harmoniser leurs politiques douanières et fiscales. Face à la crise en Côte d’Ivoire, certains organes de presse ont évoqué une hypothétique dévaluation du franc CFA, similaire à celle de 1994, mais M. Banny et d’autres responsables réfutent pour l’instant une telle éventualité.                                                                 

 Néanmoins, les perturbations économiques engendrées par le conflit ivoirien ont affaibli la situation financière des pays les plus directement touchés. M. Banny estime que le Burkina Faso et le Mali ont chacun perdu environ 20 milliards de francs CFA (près de 30 millions de dollars) en recettes publiques  fin 2002 début 2003 : taxes, droits de douane et autres sources de revenus qui n’ont pas été perçus à cause du ralentissement des échanges commerciaux et de l’activité économique. Les deux pays ont été contraints de réviser leurs budgets 2003, de façon à tenir compte de la baisse des recettes intérieures et à prévoir des déficits budgétaires plus importants.                                                                                               

 M. Youba Diallo,  directeur des services de douane du Niger,  estimait, fin mars 2003, que ses services allaient vraisemblablement perdre environ 10 millions de dollars en perceptions douanières du fait de la crise ivoirienne. Le Niger, a-t-il ajouté, ne touchera probablement pas les 7 millions de dollars supplémentaires qu’il était censé recevoir dans le cadre d’un système d’indemnisation de l’UEMOA et qui auraient dû être prélevés sur les recettes douanières élevées que la Côte d’Ivoire touche normalement sur ses échanges commerciaux avec les autres membres de l’UEMOA.                                                                 

 Si de tels manques à gagner pèsent lourdement sur des budgets nationaux restreints, ils s’avèrent absolument désastreux à l’échelle locale. D’après M. Abraham Dramane Soulama, maire de Niangoloko, une ville du Burkina Faso située près de la frontière ivoirienne, la municipalité a perdu la moitié de ses revenus à cause de l’instabilité de la Côte d’Ivoire. « Ce qui nous inquiète vraiment, c’est de payer les salaires des employés municipaux, dit-il. Quant aux investissements, tout est en suspens pour le moment  ».

 Dans les pays dont un grand nombre de ressortissants travaillaient à l’étranger, l’instabilité en Côte d’Ivoire et le retour de nombreux rapatriés a réduit les transferts de fonds envoyés par les travailleurs migrants. Pour le Burkina Faso en particulier, ces transferts de fonds permettaient depuis longtemps de compenser en partie le déficit élevé de la balance des paiements. Mais à la suite du ralentissement de l’économie ivoirienne et de l’exode de nombreux Burkinabè, le montant total de ces transferts de fonds est passé de 110 millions de dollars en 1994 à 41 millions en 2001.                                                 

 Dans une analyse de l’évolution de l’économie de la région de l’UEMOA publiée en mars 2003, le FMI recense deux autres répercussions financières possibles du conflit ivoirien : les craintes que suscite l’instabilité politique dans la région pourraient se traduire par une réduction des flux de capitaux privés, y compris des investissements étrangers, et pourraient inciter certains pays à accroître leurs dépenses militaires.


Obstacles à l’intégration régionale

 Le FMI évoque également dans son rapport, les préoccupations croissantes selon lesquelles la crise ivoirienne pourrait freiner  « la dynamique du processus d’intégration  »  de l’UEMOA. Il rejoint de nombreux analystes qui constatent que la Côte d’Ivoire joue dans ce processus un rôle d’une importance telle que peu de progrès seront vraisemblablement réalisés dans la région tant qu’elle sera en situation d’instabilité.                                                   

 Les dirigeants du Burkina Faso, du Mali, du Niger et des autres pays remettent aujourd’hui sérieusement en question leur dépendance vis-à-vis des marchés et des systèmes de transport ivoiriens, et comprennent la nécessité de diversifier davantage leurs relations économiques. Mais une telle diversification demandera beaucoup de temps et d’efforts, et une collaboration étroite avec une Côte d’Ivoire stable et prospère continuerait à présenter de nombreux avantages.                                                                                                                               

 Le processus plus général de l’intégration en Afrique de l’Ouest dépendra des victoires et des échecs de l’UEMOA. Les huit pays de l’UEMOA sont également tous membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et ils ont convenu avec les sept autres pays membres de la CEDEAO n’ayant pas pour monnaie le franc CFA d’essayer de créer à terme une union. Ces efforts seront d’autant plus difficiles si l’UEMOA est en situation de faiblesse.

 Si de bonnes politiques économiques sont essentielles à la réalisation de l’intégration régionale, il en va de même de la paix, constate M. Banny. « La situation qui règne en Côte d’Ivoire et ses conséquences désastreuses pour l’économie régionale montrent que la stabilité politique est un « bien commun » auquel les Etats membres doivent accorder autant d’attention qu’à l’équilibre macroéconomique ».  Il estime que l’obtention de la paix et de la stabilité politique doit être considérée comme une priorité si l’on veut intégrer les économies de la région. « En outre, dit-il, cet objectif ne peut être atteint par la seule action des gouvernements, et doit être poursuivi par tous les acteurs. C’est en instaurant une "véritable culture de la démocratie" encourageant la bonne gouvernance et la participation du public, que l’on donne à la paix les meilleures chances. Tout comme la paix est essentielle à l’intégration régionale, la constitution à terme d’une union des Etats et des peuples africains sera  « un facteur de paix et de prospérité ».


E.H


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Note :

Depuis la réouverture partielle de la ligne le 22 mai 2004, quelque 150 convois ferroviaires ont circulé entre Abidjan et Ouangolodougou mais n’avaient pu aller plus au nord, la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ayant été fermée aux premiers jours de l’insurrection déclenchée le 19 septembre 2002.