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Actualités
01.07.2008
-  élections
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L E S   C A H I E R S   D E 
             L ' A F R I Q U E
            R e v u e   d'é t u d e   e t   d e   r é f l e x i o n   s u r   l e   m o n d e   a f r i c a i n

                                                             Efforts pour la paix   




                   Kivu-Rwanda : 

                un destin partagé

                                                                     Richard Hamani*





* Richard Hamani est journaliste indépendant dans la région des Grands Lacs.





Parmi les trois Etats frontaliers de la RDC sur son flanc est , le Burundi, l'Ouganda et le Rwanda, cest avec ce dernier que les provinces du Nord et du Sud Kivu ont développé et entretenu des relations de voisinage intenses, devenues conflictuelles au milieu des années 1990. En effet, depuis la fin du génocide rwandais de 1994, le gouvernement de Kigali (exercé par les Tutsi) accuse Kinshasa d'héberger les génocidaires (Hutu) alors que la RDC accuse le Rwanda de soutenir et d'entretenir les rébellions tutsi (AFDL, RCD, CNDP) dans le Kivu. Ces accusations et les tensions  qu'elles provoquent entre les deux pays, sont au centre de la guerre qui a repris en octobre 2008 dans le Nord Kivu ; le conflit oppose l'armée congolaise et le CNDP du général déchu Laurent Nkunda qui a renoncé aux accords conclus pendant la conférence de Goma.

Organisée du 6 au 22 Janvier 2008 à Goma, cette "conférence pour la paix, la sécurité et le développement du Kivu", avait pour objectif de mettre fin à la guerre et à l’insécurité dans les provinces du Nord et Sud-Kivu et de jeter les bases d’une paix et d’un développement durable. Le contexte de sa mise en place était lié à l'échec de la voie militaire pour éradiquer l'insurrection du général déchu Laurent Nkunda. Un acte d'engagement a été signé par tous les protagonistes « nationaux » des conflits du Kivu dont les Forces Armées de la RDC (FARDC), les groupes Mayi-Mayi ou le CNDP de Laurent Nkunda, alors qu'une série de déclarations et de résolutions étaient adoptées par plus d'un millier de participants à ces assises. Un site internet, créé à dessein, permet de s'informer sur les travaux et leurs suivis (www.amanileo.org).  

Les débats et les résolutions de la conférence ont été unanimes sur l'impératif sécuritaire. Celui-ci implique à la fois la mise en application de l'acte d'engagement et le retour au Rwanda des Forces de Libération du Rwanda (FDLR) ; ces militaires des ex-Forces Armées Rwandaises du gouvernement Habyarimana et des milices Interahamwe, sont présents au Kivu depuis 1994, après leur défaite face à l'Armée Patriotique Rwandaise (APR) de l'ex-rebelle Paul Kagame, aujourd'hui président du Rwanda. Les FDLR, bien que maillon essentiel de l'insécurité dans le Kivu, n'ont pas été impliqués dans la conférence. A l'issue de celle-ci,  ils se sont déclarés non concernés par les différents engagements et résolutions adoptés par les participants. Un processus différent, signé quelques mois plus tôt entre le Rwanda et la RDC en 2007 à Nairobi, devait organiser le rapatriement de ces forces.  Laurent Nkunda, pour sa part, justifie son « insurrection » en se présentant comme le protecteur de la communauté Tutsi du Kivu, menacée par la présence des FDLR qui pillent, violent et tuent aussi bien les Tutsi que les Nande, les Bashi ou les Barega... du Kivu.  

Les pièges qui menacent la paix sont nombreux dans cette région du Congo dont les relations pacifiques avec le Rwanda sont la condition de la stabilité de l'ensemble de la région des Grands Lacs. En raison du drame humainitaire qui touche des centaines de milliers de rfugiés, il est urgent que les armes se taisent, que les FDLR soient désarmés, puis rapatriés; mais la recherche de la paix, de la sécurité et du développement du Kivu dépasse le problème militaire qui n'est que la résultante d'une crise plus complexe.   

Quel rôle la RDC peut-elle jouer au niveau de la région des Grands Lacs et sur le plan international ? Répondre à cette question, c’est aborder la nature tridimensionnelle de la crise du Kivu, nationale, transfrontalière et internationale.


Questions foncières et minières  

Anciennes, elles ont commencé à opposer les communautés dans les années 1940. Le programme de migration organisé par les colons belges entre le Rwanda et le Kivu visait à apporter de la main d'oeuvre rwandaise dans les plantations congolaises de thé ou de café, afin de soutenir l'effort de guerre de la métropole belge durant la seconde guerre mondiale. Cette opposition a concerné l'enclave de Gishari, dans le Nord Kivu actuel, où les Belges avaient cantonné les migrants rwandais mais que ces derniers ont cherché à déborder.   

Les problèmes d'occupation de terre se sont envenimés dans les années 1959-60, car le Kivu accueillait une grande partie des réfugiés rwandais tutsi fuyant les massacres et les exactions de « la Révolution sociale » du président rwandais Grégoire Kayibanda. Ils ont pris une tournure dramatique avec les deux lois contradictoires sur la nationalité des populations du Kivu d'origine rwandaise entre 1973 et 1983. La nationalité permettant de jouir de la terre et d’acquérir de vastes fermes et domaines dans le contexte de la  « zaïrianisation ». Les conflits fonciers posent ainsi la question du pouvoir économique pour une province essentiellement agricole et au centre de stratégies internationales à cause de la richesse de son sous-sol.


Pouvoirs et leadership politiques

   La question de la nationalité, bien qu’on ne parle plus en terme d'exclusion ou avec véhémence de « Zaïrois de nationalité douteuse » dans les années 1990 lors de la désignation des délégués du Kivu aux travaux de la Conférence Nationale Souveraine, certains « Congolais » dont les Tutsi  se sentent « Congolais de seconde zone », marginalisés ou exclus du pouvoir. Mais des statistiques publiées par l'administration congolaise ont montré que les Congolais d'origine rwandaise (Tutsi et Hutu) étaient très bien représentés dans les instances dirigeantes de l'Etat.   En réalité, la question du contrôle du pouvoir politique au Kivu est la question centrale. Même si la gestion du pouvoir repose sur de savants calculs d'équilibrage ethnique, la tendance est de ne pas chercher à le partager, mais de le concevoir comme une ‘‘compétition’’ ou une domination du groupe auquel appartient le dirigeant qui l’exerce sur les autres. Ainsi les groupes ethniques se livrent à une compétition et à des rivalités souvent sanglantes pour le leadership politique, synonyme de domination économique.


Cohabitation difficile des "communautés"  au Nord Kivu

   Traditionnellement, on distingue les autochtones des allochtones ou étrangers.   

 Le premier groupe rassemblait les ethnies absentes dans les pays voisins (Hunde, Nande, Nyanga, Tembo entre autres) et une partie de « Banyarwanda » présents au Congo depuis la définition des frontières actuelles par le congrès de Berlin en 1884. Un siècle plus tard, lors des débats sur la nationalité ou la Conférence Nationale Souveraine, ce groupe de Banyarwanda se déclare « Zaïrois authentique » au même titre que les Hunde, Nande, Nyanga ou Tembo pour se faire distinguer des Banyarwanda : les  « Transplantés » (essentiellement des paysans Hutu, arrivés dans le cadre du programme de migration organisé par les colons belges dans les années 1940 pour travailler dans les plantations), les « Réfugiés » des années 1959 (Tutsi fuyant les massacres de la révolution sociale de Kayibanda) et de 1970-73 (Tutsi fuyant des massacres de Habyarimana), comme si tous ces communautés étaient restées hermétiquement étanches depuis toutes ces décennies.  

Mais la cohabitation de ces communautés devient un problème lorsqu’on aborde la question foncière (terre à usage communautaire pour les autochtones et terres à usage individuel pour les allochtones), et l’exercice du pouvoir politique local ou national. On l'a surtout remarqué à l'occasion des élections ou des recensements. Dans les années 1980, alors qu'un recensement était organisé sur toute l'étendue du territoire zaïrois, seul le Kivu (composé du Nord Kivu, Sud Kivu et Maniema actuels) n'a pas été recensé. En effet, le comptage de la population et donc la distinction les Zaïrois des étrangers risquait de déclencher des conflits sanglants.   

La cohabitation est conflictuelle parce qu’il y a une différence de conception de la terre : c’est un bien communautaire pour les uns, un objet aliénable en propriété privée pour les autres. Ainsi les grandes fermes privées, acquises soit au bénéfice de la loi de nationalité automatique de 1973, soit par clientélisme politique, ont privé de terres certaines communautés qui devaient chercher plus loin un espace agricole favorable. Les autochtones ont parfois été accusés de jalousie en raison de la prospérité des fermes des Banyarwanda, mais il faut souligner l’iniquité, l’injustice, la frustration et  la corruption qui marquent également cette prospérité. De plus, la présence de minerais dans le sous-sol de ces concessions a accentué les sentiments de frustration.


La militarisation des enjeux depuis les années 1990  

N’ayant pas été débattues d’une façon transparente, ces questions très sensibles ont été objet de militarisations successives. D’abord à travers des milices ethniques dirigées les unes contre les autres au début des années 1990 et visant les cheptels, les plantations ou les fermes. Ensuite, des groupes militarisés se sont constitués en rébellions armées rivales, contre le pouvoir provincial ou  le pouvoir central au cours des années 1990-2000 : l'Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL) de Laurent Désiré Kabila, les différents groupes Mai- Mai, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) avec ses différentes scissions, le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) de Laurent Nkunda et d'autres groupes. Dans ces sociétés militarisées, les jeunes et les enfants ont été une proie facile en raison d’un chômage écrasant ; sans perspective d’avenir, ils ont été instrumentalisés et recrutés de force.              

La création des emplois, c’est-à-dire le redémarrage de l’activité économique est intrinsèquement lié à toute piste de paix durable dans un espace où une poignée d'individus exhibent une opulence insultante face à la misère d’une jeunesse en guenille, livrée à elle- même.   La position frontalière et la configuration particulière du relief du Kivu (lacs, montages, forêts…) rendent cette région très propice à toutes sortes d’échanges et de trafics avec les pays voisins; les armes et les ressources minières circulent, en toute illégalité,  dans des espaces difficilement contrôlables.   

Par ailleurs, la réunion des différents groupes rebelles armés dans une armée nationale unie (FARDC) pose problème. Il est difficile de penser que les  nombreux officiers et soldats intégrés, anciens belligérants et ennemis, puissent devenir en quelques semaines d'instruction militaires des « collègues » formant un même corps d’armée. Des notables interrogés par Radio Okapi (la radio de l’ONU) en novembre 2007 dans l'émission « Dialogue Intercongolais » et des organisations de la société civile des deux Kivu ont parlé de services d’intelligence congolais « travaillant de connivence avec l’ennemi en leur donnant des informations stratégiques ». Ce qui, selon, expliquerait la débâcle  des FARDC face aux troupes de L. Nkunda (supposé bénéficier de complicités congolaises). Le sérieux de ces allégations reste à démontrer, mais de telles accusations posent un sérieux problème de confiance au sein de l’armée nationale.


L’onde de choc du génocide rwandais  

Le génocide des Tutsi et des Hutu modérés au Rwanda voisin en 1994 a introduit une nouvelle donne qui a fauusé les analyses des observateurs sur le Kivu aujourd’hui en les focalisant sur les FDLR et en oubliant les questions sensibles évoquées précédemment . L’afflux de réfugiés et fugitifs (armés) au Zaïre à partir de l'Ouest du Rwanda, zone de l’opération Turquoise, a créé un contexte nouveau, intensifiant la militarisation, les conflits de cohabitation, les compétitions politiques et les luttes foncières. La violence est désormais devenue une donnée constante de la gestion socio-politique et économique du Kivu.


Le Kivu, espace vital du Rwanda  

Le Kivu est très intégré dans l’espace socio-économique et culturel est-africain sans que les Kivutiens renient leur fraternité  avec les Congolais du Bas-Congo, de l'Equateur ou des autres provinces congolaises. Les importations et les exportations utilisent les deux pôles stratégiques de l'espace est-africain: les ports de Dar-es-Salaam et de Mombassa. Les violences du début de l’année 2008 au Kenya ont eu, par exemple, des répercussions économiques négatives sur le prix du carburant  et les importations à Beni, à Goma ou à Bukavu.   Dans cette dynamique d’intégration est-africaine, les Etats voisins les plus proches trouvent dans le Kivu leur exutoire et le prolongement de leur espace de développement. Ce qui justifie tous les échanges possibles, qu'il s'agisse du commerce ou de l'enseignement. Mais en étudiant l'histoire de ces échanges sur le long terme, on se rend compte que c’est le Rwanda qui a le plus besoin d’espace ou de prolongation d’espace vital, en raison principalement de la longue histoire migratoire (1940, 1959, 1973, 1994) des Rwandais vers le Kivu et de la présence d’une importante population banyarwanda congolaise.   

Les nombreuses études sur la région montrent que les destins du Rwanda et du Kivu sont liés. C'est un fait historique et l’actualité économique le confirme; plusieurs hommes d’affaires rwandais ont d’énormes intérêts dans le Kivu (commerces, banques, fermes, etc.) ; les petits commerçants, les transporteurs survivent grâce à leurs activités avec le Kivu. En contrepartie, des Congolais ont aussi des intérêts au Rwanda. Plusieurs mariages les ont rapprochés, même si les conflits de ces dernières années ont créé une zone de méfiance. Dans certaines zones frontalières, des Congolais et des Rwandais ont des papiers d’identité des deux pays et naviguent sur cette double appartenance. Cette tendance ira s’amplifiant. Cela implique donc que le Kivu et la RDC ont intérêt à anticiper, à être proactifs et créatifs pour savoir maîtriser ces relations et digérer la diversité de ses populations du Kivu. Depuis les années 1990, la RDC et le Kivu  vivent moins bien ce voisinage inévitable en raison des dégâts causés par les ex- Interahamwe et Forces Armées Rwandaises ainsi que par certains réseaux militaro-affairistes qui exacerbent les tensions rwando-congolaises pour en tirer des profits colossaux. Ces tensions  alimentent les discours d'exclusion. Comment sortir de ce cercle infernal  de la violence ?  

"Deux villes jumelles"

Dans la région des Grands Lacs, on dit que la ville congolaise de Goma  est un territoire rwandais et que sa « jumelle » rwandaise, Gisenyi, est un territoire congolais tant les deux villes sont collées l’une à l’autre et que les Rwandais et Congolais y entrent et en sortent continuellement. Si Goma et Gisenyi ne sont pas des villes modèles d’intégration et de coopération transfrontalières entre la RDC et le Rwanda, au moins leur mode de cohabitation pourrait inspirer la construction de la confiance mutuelle.   Le Rwanda et le Burundi – pays enclavés, plus petits mais plus peuplés et moins dotés en ressources que les provinces congolaises du Kivu -  s'engagent dans le développement des services pour leurs voisins, notamment le Kivu dont ils servent de  porte d’entrée et de sortie. Ces services (financiers, informatiques et nouvelles technologies,...) qui font cruellement défaut dans l’Est de la RDC, se mettent progressivement en place au Rwanda,  à l'intention des investisseurs opérant dans les Grands Lacs. Un industriel de Kigali observant cette évolution déclarait récemment : "Je réside et j’investis au Rwanda pendant que la matière première de mon entreprise se trouve dans les ressources du Kivu". Opinion confirmée par un autre homme d’affaires européen: « la prospérité actuelle d’une ville comme Kigali se crée en partie sur l’avantage comparatif sécuritaire et de service du Rwanda sur l’Est du Congo ».  

La construction d'un espace de paix commune exige que se dissipent certaines craintes tenaces.  L’annexion pure et simple du Kivu par le Rwanda, comme on le craint parfois, est une chimère. Mais la RDC doit être capable de prendre en charge l’administration, la sécurité, l’exploitation et le développement de son territoire, et en particulier les parties frontalières. C'est le défi de sa reconstruction post-conflit.


Un consulat américain à Goma ?  

Les villes de Bukavu, Uvira et  surtout  Goma ont assisté à un ballet diplomatique incessant : de l'envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies à celui de l'Union Européenne en passant par celui de l'Union Africaine et les ambassadeurs des grandes puissances (France, USA,  Grande-Bretagne, Canada  Belgique et Pays-Bas). Sans remettre en question l’appui politique, économique et logistique important déployé par la Communauté Internationale pour reconstruire  la RDC, certaines de ses décisions sont difficiles à comprendre. Par exemple, les Etats-Unis et d'autres pays envisagent l’ouverture de consulat à Goma : à quoi cela sert-il ? qu’est-ce que cela apporte de plus par rapport à leurs ambassades et consulats de Kinshasa ? Et pourquoi Goma et non Bukavu ou Beni, ou encore Uvira ?   

Dans le Kivu, les parlementaires et les chefs coutumiers reçoivent ces initiatives avec une grande méfiance car, dans le même temps, le Président américain G.W. Bush a inauguré en février 2008  la nouvelle ambassade américaine à Kigali, à 160 km de Goma. La décision d'implantation de ce consulat à Goma n'aurait fait objet d’aucun débat  ni de consultation nationale ou provinciale.   Les institutions locales mises en place avec l’aide de la communauté internationale n’ont pas été associées à cette décision.  Certaines ONG tirent la sonnette d'alarme devant ce qu'elles appellent « l'affaiblissement des institutions légitimes » nées après la fin de la guerre. D’autres parlent même d’une  « kosovoïsation programmée » du Nord Kivu, sous-entendant  un territoire autonome et indépendant comme le Kosovo afin d'y maintenir les Banyarwanda (communautés hutu et tutsi d'origine rwandaises), comme les Albanais au Kosovo.  

Par ailleurs, si la justification du consulat de Goma est l'observation de la sécurité et de la situation humanitaire, pourquoi ne pas renforcer les agences humanitaires (nationales, onusiennes et internationales) à l'oeuvre sur place ?  Ce n’est pas le travail d'un consulat de faire de l'humanitaire d'urgence.   Sur la question de la sécurité, les Etats-Unis coordonnent la Commission dite « Tripartite Plus » (RDC, Ouganda, Rwanda et Burundi) pour traiter de la sécurité commune entre l'Est de la RDC et ces pays. Ces doublons engendrent des inquiétudes et créent la confusion, alors même que selon des rapports des ONG des droits de l'homme, le trafic d'armes continue, les groupes armés sont toujours approvisionnés au nez et à la barbe de la  Communauté Internationale.
D'où viennent ces armes, qui viennent entretenir l’insécurité dans le Kivu enclavé ?  Et qui se cache derrière tous ces groupes armés et ces trafics ?


L’avenir incertain du Kivu   

Après moult débats et résolutions, la Conférence de Goma de janvier 2008 sur les Kivu a amorcé  la phase de mise en oeuvre. L'impact sur l'amélioration de la sécurité   pourra être mesurée, dès les prochains mois. Au-delà des mesures techniques que les différentes commissions de travail ont retenues pour rétablir la paix et la confiance, un aboutissement rationnel des assises de cette conférence nécessite quelques idées maîtresses. Certaines conditions préalables à tout processus de paix doivent être rappelées;

1. La construction ou la reconstruction d’un climat de confiance est  indispensable à toute avancée réelle de la paix. Si les questions de fond du dossier kivutien ne sont pas sincèrement et franchement  posées et débattues ( la question foncière,  la nationalité,  la relation avec les Etats voisins, les convoitises des ressources naturelles congolaises), alors le processus de paix fera du surplace. Les négociateurs disent souvent « oui » quand ils pensent « non ». La société kivutienne vit dans un climat de défiance totale. La solution se trouve peut-être dans un long et laborieux travail de dialogue, débats, rencontres, partenariats entre tous les acteurs locauxet régionaux sous l’égide de la Communauté internationale.    L’espace permanent de dialogue permet de créer un état de veille et un esprit de prévention. Sa mise en place, sur du concret et des engagements pour un avenir commun devrait nourrir la confiance mutuelle et la paix.

2. Le Kivu a connu dans le passé des assises (années 1980, 1990)  mais beaucoup moins médiatisées que celles de janvier 2008 et de novembre 2008. Des recommandations et des propositions ont été faites mais elles n’ont jamais été appliquées. Pourquoi ne pas les reprendre et les perfectionner, les actualiser plutôt que de toujours vouloir inventer de nouveaux remèdes ou solutions miracles bien improbables ? 

3. Au delà du Kivu, c’est l’ensemble de la RDC qui doit se faire entendre et exprimer son point de vue sur  la Région des Grands lacs; elle pourrait peut-être commencer par se mette à jour dans ses cotisations à l’Union Africaine et dans les institutions régionales où se prennent des décisions qui conditionnent son avenir. Ensuite, redynamiser sa diplomatie et sa communication pour sa reconstruction.



R. H.